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Football«Avec Maradona, le foot n’était plus un sport, c’était de l’art»

Ancien international suisse, aujourd’hui entraîneur du Servette FC, Alain Geiger a affronté Diego Maradona à trois reprises dans sa carrière. Il parle de «Dieu» avec une admiration sans borne.

par
Renaud Tschoumy
Trop tard! Alain Geiger a beau tacler, Diego Maradona est passé. «Cette photo du match de gala Servette – Barcelone de 1982 m’a toujours accompagné.»

Trop tard! Alain Geiger a beau tacler, Diego Maradona est passé. «Cette photo du match de gala Servette – Barcelone de 1982 m’a toujours accompagné.»

Alain Gassmann/Lafargue Photos Sport

Ancien international suisse, aujourd’hui entraîneur du Servette FC, Alain Geiger a célébré ses 60 ans le 5 novembre dernier. Soit… six jours après les 60 ans de Diego Maradona! Nés pratiquement en même temps, les deux joueurs se sont croisés à trois reprises sur les terrains. Au lendemain du décès de celui qu’on appelait le «gamin en or», Geiger parle de Maradona avec une émotion non feinte dans la voix, et aussi une admiration sans borne.

«La première fois que j’ai joué contre Maradona, c’était en décembre 1980, à Cordoba, avec l’équipe de Suisse de Leo Walker, se souvient-il. La deuxième, à l’occasion d’un match de gala Servette – Barcelone, en 1982. Et la troisième en 1990, avec la Suisse encore, à Berne (1-1)

«Son échauffement, c’était un spectacle de cirque»

Le 16 décembre 1980, la Suisse affronte donc l’Argentine à Cordoba. Geiger et Maradona n’ont que 20 ans, le défenseur central suisse honorant à cette occasion la… 2e de ses 112 sélections. «Je m’en souviens comme si c’était hier, commence-t-il par dire. J’ai encore l’odeur et l’atmosphère du stade en moi. Ce sera, je pense, le dernier souvenir de foot que j’aurai, le jour où il ne m’en restera plus qu’un. Quand j’y repense, j’ai presque les larmes aux yeux.»

Alain Geiger est littéralement subjugué par Diego Maradona, le jeune prodige argentin – qui n’avait pas été retenu pour le Mundial 78 remporté par l’Argentine à domicile. «Je me souviens particulièrement de son échauffement, c’était fou, image Geiger. Il dansait littéralement avec le ballon, c’était presque un spectacle de cirque. Il envoyait le ballon à quarante, cinquante mètres de hauteur, presque aussi haut que le jet d’eau de Genève (sic!), et lorsque le ballon retombait, il réalisait l’amorti parfait. Le ballon était scotché à son pied. C’était juste incroyable.»

Le spectacle proposé par Maradona ce soir-là ne s’était pas arrêté à l’échauffement. «En match, il nous avait tout fait, à Heinz Lüdi (ndlr: le stoppeur de l’époque) et à moi. Roulettes, sombreros, petits ponts, grands ponts, contrôles orientés, tout y était passé!» Et l’Argentine s’était imposée 5-0, Maradona ayant inscrit le quatrième but de l’Albiceleste juste avant la mi-temps.

Le 16 décembre 1980, pour sa 2e sélection en équipe de Suisse, Alain Geiger (à g.), se retrouve face à Diego Maradona (au centre), à Cordoba. «Il nous avait tout fait, à Heinz Lüdi (à dr.) et à moi.» La preuve par l’image.

Le 16 décembre 1980, pour sa 2e sélection en équipe de Suisse, Alain Geiger (à g.), se retrouve face à Diego Maradona (au centre), à Cordoba. «Il nous avait tout fait, à Heinz Lüdi (à dr.) et à moi.» La preuve par l’image.

KEYSTONE

La photo fétiche

Un peu moins de deux ans plus tard, la route d’Alain Geiger croise à nouveau celle de Diego Maradona. Cette fois, à l’occasion d’un match de gala Servette – Barcelone, organisé par les dirigeants servettiens de l’époque, Carlo Lavizzari et Didier Tornare.

14’000 personnes s’entassent aux Charmilles en ce 21 septembre 1982. Et, une nouvelle fois, Maradona danse sur l’eau et sur ses adversaires – dont Geiger: «Il était une nouvelle fois intenable et incroyable…» Résultat: 4-1 pour le Barça, grâce notamment à un but extraordinaire de l’Argentin.

«Maradona aux Charmilles!» Et tant pis pour le Danois Allan Simonsen et l’Allemand Bernd Schuster…

«Maradona aux Charmilles!» Et tant pis pour le Danois Allan Simonsen et l’Allemand Bernd Schuster…

DR

Ce soir-là, Alain Gassmann, photographe-reporter à La Suisse, immortalise un duel entre Maradona et Geiger (photo en tête d’article). «Cette photo, je l’ai sous cadre, note Geiger. Elle m’a toujours accompagné, et partout. C’est ma plus belle photo de footballeur. Peut-être que je me fais passer sur cette action. Mais Maradona représente tellement de choses pour moi.»

Le Valaisan d’origine étaie ses dires: «J’ai commencé ma carrière à la fin des années 70. C’était la fin des années Pelé, et le début des années Maradona. J’ai donc, à mon niveau, avancé en même temps que lui. C’est pour ce que je n’hésite pas à dire qu’il est le plus grand. Par sa classe, mais aussi par son aura, par ce qu’il dégageait. Il n’y a qu’à voir les scènes qui se produisent en Argentine depuis que sa mort a été annoncée…»

«Comme une toile de Picasso»

Pour Alain Geiger, Diego Maradona était «un génie». «Ce qu’on fait nous avec nos deux mains, il le faisait avec ses pieds. Il avait un toucher de balle incroyable. C’était extraordinaire de voir un petit bonhomme comme ça, avec ses quadriceps énormes, faire ce qu’il voulait du ballon. Il était très explosif, c’était carrément un slalomeur.» Les Anglais qui étaient sur le terrain lors du quart de finale du Mundial 1986 peuvent en témoigner.

Outre une technique hors norme – «Il était très habile des deux pieds, tu ne savais jamais de quel côté il allait partir» -, Maradona avait aussi un sens du jeu incroyable. «A croire qu’il avait des yeux derrière la tête, martèle Geiger. Il voyait tout avant tout le monde. Et comme il pouvait faire ce qu’il voulait du ballon.»

Et Geiger conclut: «Avec Maradona, le foot n’était plus un sport, c’était de l’art. Le regarder jouer, c’était comme admirer une grande toile de Picasso.»

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29 commentaires
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Yacht

27.11.2020 à 15:19

Ba heureusement qu'il ne l'a jamais fait. Au vu de ses exploits comme entraîneur...

Nono

27.11.2020 à 09:20

Maradona c'était et sera à jamais le meilleur joueur.... Adieu le génie

Etasseur

27.11.2020 à 08:48

Maradona n'avait rien d'une rock star et je  sais de quoi je parle pour en avoir, contrairement au prof de balles jaunes, rencontré des centaines dans ma carrière, c'était  un homme simple, très sensible et torturé. Quand au dopage certains confondent avec leur photo de profil, Maradona se droguait, ça n'a rien à voir avec améliorer ses performances, c'est même exactement le contraire