23.07.2020 à 06:48

ArméeAvions de combat: «Bien sûr qu’il existe un plan B moins coûteux»

Réagissant aux propos du chef des Forces aériennes sur l’achat des avions de combat, Pierre-Alain Fridez est persuadé qu’une alternative crédible est envisageable.

par
Eric Felley
Le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU) a fait de la sécurité nationale son cheval de bataille à Berne. Il est favorable à une défense nationale capable de se remettre en question face aux nouvelles menaces.

Le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU) a fait de la sécurité nationale son cheval de bataille à Berne. Il est favorable à une défense nationale capable de se remettre en question face aux nouvelles menaces.

KEYSTONE/Gaetan Bally

Dans la presse dominicale, le commandant des forces aériennes suisses, Bernhard Müller, a déclaré qu’il «n’existe pas de plan B», si le peuple suisse refuse les avions de combat lors de la votation du 27 septembre prochain. Cette affirmation fait réagir aujourd’hui le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU), qui vient de sortir un ouvrage intitulé «Sécurité et défense de la Suisse». Selon lui, il existe bel et bien un plan B, ou une autre solution que l’achat d’avions de combat pour 6 milliards de francs.

Pour Pierre-Alain Fridez, les propos du commandant sont de «bonne guerre» dans cette campagne: «L’objectif est de faire peur aux gens en disant que si on ne choisit pas ces avions de combat, il n’existera aucune autre solution pour la sécurité de la Suisse. Mais il en existe une qui est moins coûteuse et que je démontre dans mon livre».

Un droit fondamental

Pierre-Alain Fridez, simple soldat et médecin de famille à Fontenais (JU), s’est spécialisé à Berne dans le domaine de la sécurité nationale et siège à la commission ad hoc au National. En tant que socialiste, il ne suit pas les thèses abolitionnistes qui circulaient ou circulent encore à gauche. Pour lui, «la sécurité est un droit fondamental». Dans son analyse de la situation de la Suisse dans le monde, en particulier géographique au centre de l’Europe, il en arrive à cette conclusion: «Équiper lourdement notre armée avec des armements conventionnels pour se préparer à un conflit traditionnel contre un État voisin ou un envahisseur potentiel n’a aujourd’hui aucun sens».

Le «combat aérien» inutile

Dans le contexte actuel, le Jurassien propose de renforcer d’abord les corps de police, les gardes-frontières, la police des transports ou la protection civile, toutes des institutions qui jouent un rôle proximité. Il recommande ensuite de renforcer les moyens de défense sol-air pour parer à des attaques de missiles ou de drones ou encore de renforcer la flotte d’hélicoptères: «Nous disposons à ce jour de 50 hélicoptères, ce qui est peu…» Par contre, il ne voit pas l’utilité de maintenir une capacité de défense aérienne relevant «du combat aérien»: «Il faudrait dans ce cas opter pour un nombre sensiblement plus élevé d’avions de chasse ultra-performants, ce qui dépasserait nos moyens financiers et serait dénué de sens dans le contexte de notre situation géostratégique au centre d’une Europe pacifiée et sous protection du bouclier de l’OTAN»

Un avion pour la police du ciel suffit

Et le plan B alors? Pour le Jurassien, la Suisse a bel et bien besoin d’une police du ciel. Les socialistes ont commandé une étude à l’organisme indépendant ACAMAR, qui conclut que la Suisse doit adapter son armement aux «risques potentiels et plausibles» qu’encourt le pays. Ainsi, l’armée pourrait acquérir l’avion militaire italien, l’Aermacchi M-346, qui sert déjà dans ce pays pour la police du ciel: «C’est un avion un peu moins rapide, mais il a l’avantage de pouvoir décoller après deux minutes de chauffe, précise Pierre-Alain Fridez, tandis qu’il faut environ quinze minutes aux jets de combat. Pour un petit pays comme la Suisse, cela suffit largement.»

Des coûts sensiblement différents

Le plan B est aussi avantageux en termes de coûts. Le M-346 FA, dans sa version de combat, coûte entre 25 et 30 millions de francs à l’achat, contre environ 100 millions de francs pour les modèles retenus par le Conseil fédéral. C’est aussi à l’entretien que les différences sont sensibles. Le M-346 FA coûte 2000 francs par heure de vol, contre 40 000 francs pour le F-35 de Lockheed Martin ou 18 000 francs pour l’Eurofighter. Le 27 septembre, le peuple suisse dira s’il est sensible à l’argument économique et dans quel sens…

Paru aux Éditions Favre à Lausanne (170 p.), l’ouvrage de Pierre-Alain Fridez passe en revue les enjeux présents et futurs de la sécurité nationale helvétique.

Paru aux Éditions Favre à Lausanne (170 p.), l’ouvrage de Pierre-Alain Fridez passe en revue les enjeux présents et futurs de la sécurité nationale helvétique.

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11 commentaires
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Faiscommejedis

23.07.2020 à 08:46

Le Dr Fridez qui disait au Gouvernement Jurassien qu’il n’y connaissait rien en médecine lors du nouveau plan hospitalier et que c’était lui le médecin. Il devrait suivre ses conseils et laisser les spécialistes en sécurité militaire s’occuper des affaires militaires

Guillaume

23.07.2020 à 08:28

J’étais pour le rachat de nouveaux avions jusqu’à maintenant, les arguments de Monsieur Fridez son solides. Pour moi, sa solution est la meilleure!

BUCO

23.07.2020 à 08:20

Ce qui nous menace le plus, ce ne sont pas les guerres, ni les virus de toutes sortes, ni les catastrophes naturelles, ni le réchauffement climatique; non, ce qui est infiniment plus dangereux, c'est le "POLITIQUEMENT CORRECT"