Actualisé 11.05.2016 à 17:51

IrakBagdad frappée par trois attentats de l'EI

Au moins 86 personnes ont été tuées et une centaine blessées mercredi dans trois attentats à la voiture piégée à Bagdad, dont l'un a visé un marché bondé.

L'attaque la plus sanglante a eu lieu dans une zone de marché dans le quartier chiite de Sadr City, au nord de Bagdad. (11 mai 2016)

L'attaque la plus sanglante a eu lieu dans une zone de marché dans le quartier chiite de Sadr City, au nord de Bagdad. (11 mai 2016)

AFP

Les trois attentats ont été revendiqués dans des communiqués mis en ligne par le groupe djihadiste sunnite Etat islamique (EI) qui a affirmé que trois kamikazes les avaient perpétrés.

L'attaque la plus sanglante a eu lieu à une heure d'affluence, à 10h (9h), dans une zone de marché dans le quartier chiite de Sadr City, dans le nord de Bagdad. Au moins 64 personnes ont péri et 82 ont été blessées, selon des sources médicales et de sécurité.

L'incendie s'est rapidement propagé à des échoppes, dont les devantures ont volé en éclats.

Des civils innocents

«Un camion a tenté d'abord de pénétrer dans le marché mais les policiers lui ont interdit de s'approcher et ont demandé au conducteur de rebrousser chemin. Mais le camion a trouvé une autre entrée et a explosé», a indiqué un témoin, Abou Ali.

«Les gens et les vendeurs ici sont des civils innocents», a-t-il lancé en exprimant sa colère.

Quelques heures plus tard, deux nouveaux attentats à la voiture piégée ont frappé le quartier chiite de Kazimiyah et celui mixte (sunnite-chiite) de Jamea à Bagdad, selon la police.

A l'entrée de Kazimiyah, un quartier sous haute sécurité dans le nord-ouest de la capitale, l'attaque a coûté la vie à au moins 14 personnes, selon des sources hospitalières. Plusieurs membres des forces de sécurité font partie des victimes.

Dans celui de Jamea, dans l'ouest de Bagdad, huit personnes ont péri et 21 blessées par l'explosion de la voiture piégée, selon un responsable du ministère de l'Intérieur.

Grave crise politique

Le groupe EI, qui occupe de vastes pans du territoire irakien, prend fréquemment pour cible la communauté chiite, majoritaire en Irak, accusée d'être hérétique.

A Sadr City, des dizaines d'Irakiens ont manifesté leur colère et leur exaspération après l'attentat en dénonçant l'inaction du gouvernement et des politiciens face à l'EI.

«Les politiciens sont responsables de l'explosion et les gens sont les victimes de leurs querelles. Les politiciens disent que l'armée et les forces de l'ordre ne font pas leur travail suffisamment bien, mais en fait ce sont eux les responsables», s'est insurgé Abou Ali.

L'Etat est «responsable» de cette situation et les hommes politiques «doivent partir», a renchéri un autre habitant, Abou Mountazar.

L'Irak est secoué depuis des semaines par une grave crise politique. Plusieurs partis s'opposent aux plans du Premier ministre Haider al-Abadi de mettre en place un gouvernement de technocrates par peur de perdre certains de leurs privilèges.

Excédés par ce blocage politique, des milliers d'Irakiens -partisans du dignitaire chiite Moqtada Sadr pour la plupart- ont organisé ces dernières semaines des sit-in et des manifestations antigouvernementales qui ont culminé avec l'entrée par la force dans la Zone verte ultrasécurisée de Bagdad et l'occupation durant plusieurs heures du Parlement.

Soutien militaire US

Les postes clés au gouvernement sont depuis des années partagés sur la base de quotas politiques et confessionnels et Moqtada Sadr, comme le Premier ministre, souhaite une nouvelle équipe gouvernementale composée de technocrates, capable de mener de manière plus efficace des réformes cruciales contre la corruption.

La crise est suivie avec inquiétude par les Etats-Unis qui craignent qu'elle «ne détourne» les autorités irakiennes de la lutte contre l'EI.

Washington a accru son soutien militaire à Bagdad pour aider l'armée irakienne à reconquérir les vastes territoires tombés aux mains des djihadistes depuis 2014.

L'EI a perdu plusieurs villes, dont Tikrit et Ramadi, reprises par les forces irakiennes soutenues par les frappes aériennes de la coalition internationale sous commandement américain.

Mais les djihadistes conservent des places fortes, dont Mossoul, la deuxième ville du pays, et gardent la capacité de frapper à Bagdad ou dans les régions majoritairement chiites.

La dernière attaque revendiquée par l'EI en Irak remontait à lundi quand une voiture piégée avait explosé dans la ville de Baqouba (nord-est de Bagdad), faisant 10 morts.‹›

(ats/afp)

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