États-Unis: Kamala Harris et Barack Obama s’en prennent à Donald Trump
Publié

États-UnisKamala Harris et Barack Obama s’en prennent à Donald Trump

L’ancien président américain et la colistière de Joe Biden ont attaqué Donald Trump, mercredi soir lors de la convention démocrate.

Kamala Harris s’est exprimée lors du troisième jour de la convention démocrate, depuis la ville Wilmington, dans le Delaware, le 19 août  2020.

Kamala Harris s’est exprimée lors du troisième jour de la convention démocrate, depuis la ville Wilmington, dans le Delaware, le 19 août 2020.

AFP

Officiellement investie mercredi par les démocrates comme colistière de Joe Biden, Kamala Harris a appelé l'Amérique à vaincre Donald Trump lors d'une élection où, selon Barack Obama, la démocratie est en jeu.

«Nous méritons beaucoup mieux!», a lancé, déterminée, la sénatrice de Californie, 55 ans, qui pourrait le 3 novembre écrire un nouveau chapitre de l'histoire américaine en devenant la première femme à accéder à la vice-présidence. Dénonçant «le chaos permanent», l'«incompétence» et la «cruauté", cette ancienne procureure générale, fille d'un père jamaïcain et d'une mère indienne, a appelé à la mobilisation pour éviter un nouveau revers, après celui – inattendu – d'Hillary Clinton en 2016.

«L'absence de leadership de Donald Trump a coûté des vies» au pays, a-t-elle lancé, évoquant la pandémie de Covid-19 qui a fait plus de 170’000 morts aux Etats-Unis. «Il n'y pas de vaccin pour le racisme, nous devons faire le travail», a-t-elle ajouté dans un discours truffé d'anecdotes personnelles, avant qu'un Joe Biden tout sourire ne vienne la rejoindre sur scène – en respectant la distanciation physique.

La convention démocrate, organisée cette année totalement en ligne en raison du Covid-19, doit s'achever jeudi avec le discours de Joe Biden, qui, à 77 ans, près d'un demi-siècle après son entrée politique, brigue la présidence de la première puissance mondiale.

«Graves conséquences»

Le visage grave, Barack Obama a prononcé, à 75 jours du scrutin, un sévère réquisitoire contre le milliardaire républicain qui lui a succédé à la Maison Blanche le 20 janvier 2017. «J'ai espéré, pour le bien de notre pays, que Donald Trump puisse montrer l'envie de prendre son rôle au sérieux, qu'il puisse ressentir le poids de la fonction», a affirmé Barack Obama, nettement plus jeune que les deux candidats en lice mais déjà retraité de la politique.

«Mais il ne l'a jamais fait», a ajouté Barack Obama, troisième ex-président à soutenir Joe Biden à la convention après Bill Clinton et Jimmy Carter. «Les conséquences de cet échec sont graves: 170’000 Américains morts, des millions d'emplois perdus, nos pires instincts libérés», a-t-il ajouté depuis Philadelphie, accusant son successeur d'avoir utilisé la présidence comme «un show de télé-réalité de plus».

Pendant le discours de Barack Obama, Donald Trump a multiplié les tweets colériques, en lettres capitales, accusant en particulier son prédécesseur de l'avoir espionné pendant sa campagne. Quelques heures plus tôt, après la diffusion d'extraits du discours, il avait déjà répliqué avec force.

«Quand j'entends cela et que je vois l'horreur qu'il nous a laissée, la stupidité des accords qu'il a conclus...», avait-il réagi. «Regardez comme il était mauvais, à quel point il fut un président inefficace". Le locataire de la Maison Blanche a aussi ironisé sur «Hillary la crapule», surnom moqueur dont il affuble Hillary Clinton, avant même la diffusion de son discours.

L'ex-candidate malheureuse, qui a échoué il y a quatre ans à devenir la première présidente des Etats-Unis, a elle aussi pris la parole lors de cette étrange convention sans public. «Depuis quatre ans, les gens me disent ‘‘Je n'avais pas réalisé combien il était dangereux’’ (...) ou pire ‘‘J'aurais dû voter’’, a-t-elle déclaré, appelant à un sursaut pour éviter que les lendemains de l'élection ne soient, une nouvelle fois, ceux de la déception et des regrets.

Dichotomie

En face, Donald Trump continue à jouer l'effet de contraste avec celui qu'il surnomme «Sleepy Joe» en multipliant les déplacements, du Wisconsin à l'Arizona. L’effacement de Joe Biden, la rareté de ses sorties de son domicile et le fait qu’il n’organise pas de conférences de presse sont devenus l’un des principaux arguments des républicains pour tenter d’affaiblir ce grognard de la politique, qui caracole pourtant en tête des sondages.

1 / 21
Joe Biden a été rejoint par sa vice-présidente, la sénatrice de Californie Kamala Harris à l'extérieur du Chase Center de Wilmington (Delaware) pour saluer leurs partisans présents. (Vendredi 21 août 2020)

Joe Biden a été rejoint par sa vice-présidente, la sénatrice de Californie Kamala Harris à l'extérieur du Chase Center de Wilmington (Delaware) pour saluer leurs partisans présents. (Vendredi 21 août 2020)

AFP
Des partisans de Joe Biden, regroupés hors du Chase Center, ont pu regarder un feu d'artifice à la fin du discours du candidat à l'élection présidentielle, en clôture de la convention d'investiture démocrate. (Vendredi 21 août 2020)

Des partisans de Joe Biden, regroupés hors du Chase Center, ont pu regarder un feu d'artifice à la fin du discours du candidat à l'élection présidentielle, en clôture de la convention d'investiture démocrate. (Vendredi 21 août 2020)

AFP
Le candidat démocrate à la Maison-Blanche, Joe Biden, a promis jeudi soir une stratégie nationale au «premier jour» de son mandat pour combattre la pandémie de coronavirus. (Vendredi 21 août 2020)

Le candidat démocrate à la Maison-Blanche, Joe Biden, a promis jeudi soir une stratégie nationale au «premier jour» de son mandat pour combattre la pandémie de coronavirus. (Vendredi 21 août 2020)

AFP

Cette dichotomie reflète le point de déchirement actuel de la société américaine: celle-ci est tiraillée entre l’appel du camp Trump à reprendre les activités dans un pays qui serait de nouveau en plein essor économique et de l’autre l’écoute du camp démocrate qui décrit un exécutif dépassé par la crise sanitaire et dont la précipitation supposée aggraverait le chaos.

Familier des gaffes et suscitant des interrogations sur sa forme physique, Joe Biden sera donc attendu au tournant pour son discours jeudi soir. Juste avant lui s’exprimera Pete Buttigieg, un ex-candidat à la primaire démocrate et étoile montante incarnant la relève.

L’«empathie» de Joe Biden

La convention nationale républicaine, très largement virtuelle et revue à la baisse, se tiendra elle la semaine prochaine, du 24 au 27 août. Donald Trump sera officiellement désigné candidat pour un second mandat. Il prononcera son discours d’acceptation en direct depuis la Maison Blanche, un édifice fédéral, ses adversaires lui reprochant de brouiller à l’occasion les lignes entre ce qui relève de sa fonction et ce qui s’inscrit dans sa campagne.

Reste la question, qui revient tous les quatre ans, de l'impact de cette avalanche de discours des deux camps sur quelques jours. Dans une Amérique scindée en deux où le discours politique atteint parfois un niveau d'agressivité inouï, Barack Obama a lui-même reconnu les limites de l'exercice.

«Je suis bien conscient du fait que, dans une époque marquée par autant de division, la plupart d'entre vous ont déjà fait leur choix», a-t-il admis. Avant de s'adresser à ceux qui seraient tentés de s'abstenir, ou qui auraient un doute. Et de faire l'éloge de Joe Biden, louant longuement son «empathie».

(AFP/NXP)

Votre opinion