Politique: Barbosa renonce à la présidentielle au Brésil

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PolitiqueBarbosa renonce à la présidentielle au Brésil

Joaquim Barbosa ne sera pas candidat en octobre pour diriger le pays. Une décision qu'il qualifie de «personnelle».

Keystone

Joaquim Barbosa, ex-président de la cour suprême vu par certains comme l'homme providentiel, a décidé de ne pas se présenter à la présidentielle d'octobre au Brésil, renforçant encore l'incertitude autour du scrutin.

Cette annonce a pris de court et probablement soulagé la douzaine de candidats potentiels à l'election qui se retrouvaient, mardi également, à Niteroi, près de Rio de Janeiro.

Joaquim Barbosa, qui, s'il avait élu, aurait été le premier Noir à la tête du Brésil moderne, a annoncé son renoncement dans un tweet «après des semaines de mûres réflexions».

«C'est décidé», a-t-il tweeté. «Je ne serai pas candidat à la présidence de la république. Cette décision est strictement personnelle».

Joaquim Barbosa, 63 ans, était crédité de 10% des intentions de vote pour la présidentielle la plus incertaine de l'Histoire moderne du Brésil, dans le dernier sondage Datafolha. Il se trouvait en 3e position, sans pour autant avoir annoncé être candidat et sans jouir d'aucune expérience politique.

Sa réputation d'homme intègre dans un pays où la classe politique est totalement déconsidérée en raison d'une avalanche de scandales de corruption, en avait fait pour certains l'homme providentiel pouvant panser les plaies du Brésil.

A la Cour suprême, son principal fait d'armes a été sa croisade anticorruption entamée en 2005 et qui a fait tomber, avec le scandale du «mensalao», des proches de l'ex-président Lula au sein du Parti des travailleurs (PT, gauche), accusés d'achats de voix.

Joaquim Barbosa s'était récemment affilé au Parti socialiste brésilien (PSB), laissant entrevoir une candidature à la présidentielle où il aurait pu ratisser largement dans l'électorat centriste.

Mais il n'avait pas caché ses états d'âme. «Je n'ai pas encore réussi à me convaincre d'être candidat», avait-il déclaré le mois dernier, ajoutant que sa famille était défavorable à ce qu'il se présente.

Espace ouvert au centre

Outre la défection de Joaquim Barbosa, la situation du favori des sondages, l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, en prison depuis un mois pour corruption, contribue à laisser planer un épais brouillard autour du scrutin. Lula, qui reste le numéro un dans les intentions de vote, sera très probablement déclaré inéligible.

Le numéro deux, le député d'extrême droite Jair Bolsonaro, est un nostalgique de la dictature militaire du Brésil (1964-85), connu pour ses déclarations homophobes et misogynes.

Reste un immense espace ouvert au centre et à gauche.

Présente à un rassemblement à Niteroi avec une douzaine d'autres candidats pouvant potentiellement occuper cet espace, l'écologiste évangélique Marina Silva, 3e dans les sondages derrière Lula et Bolsonaro, a répondu avec prudence lorsqu'on l'interrogeait sur le retrait de Joaquim Barbosa.

«Nous vivons des moments difficiles, de crise profonde, économique, politique et morale», a-t-elle dit. «Nous devons réformer la république pour que ce soit un pays socialement juste, économiquement prospère, responsable par rapport à l'environnement, démocratique politiquement et divers sur le plan culturel».

Ciro Gomes (PDT) qui pourrait occuper l'espace à gauche, a déclaré de son côté que «le Brésil a(vait) besoin de changement».

Il a appelé le PT à «un dialogue» tout en assurant ne pas négocier avec ce parti, qui maintient contre vents et marées Lula comme son candidat. «Cela suffit, les intrigues», a-t-il dit à ce sujet.

Le principal candidat centriste, l'ancien gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, a estimé pour sa part que «le Brésil n'a(vait) aucune solution sauf s'il est en croissance». «Nous devons avoir le courage de mettre en oeuvre des réformes et des changements», a-t-il dit.

Geraldo Alckmin a du mal à faire décoller sa pré-campagne - la campagne officielle démarre en août. Il est lui-même objet d'une enquête pour corruption et prône la poursuite de réformes d'austérité très impopulaires.

(AFP)

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