Actualisé 23.10.2018 à 17:28

InterviewBastian Baker: «J'ai du mal à gérer un premier regard»

En pleine tournée avec Shania Twain, le Vaudois s'apprête à conquérir les États-Unis avec un album qui surprend.

von
Fabio Dell'Anna
1 / 5
Bastian Baker sur une Harley-Davidson à Nashville. Une ville qu'il a particulièrement appréciée aux États-Unis.

Bastian Baker sur une Harley-Davidson à Nashville. Une ville qu'il a particulièrement appréciée aux États-Unis.

© Sebastian Smith
Bastian Baker avec Shania Twain durant la tournée de cette dernière.

Bastian Baker avec Shania Twain durant la tournée de cette dernière.

Bastian Baker à Nashville. L'une des dates les plus importantes à ses yeux.

Bastian Baker à Nashville. L'une des dates les plus importantes à ses yeux.

«C'est ma première incursion aux États-Unis et ça se passe plutôt bien.» Plutôt bien? Plutôt très bien, même. Bastian Baker a réussi à charmer le public américain depuis qu'il chante en première partie des concerts de Shania Twain – la tournée compte 80 dates à travers le monde et s'arrêtera le 22 décembre. La presse locale semble unanime. Va-t-elle adhérer aussi à son quatrième album éponyme dont la sortie est prévue vendredi 26 octobre? Le Lausannois de 27 ans peut y croire. «C'est le disque le plus complet, le plus éclectique», nous confie-t-il lors de son passage chez Alain Morisod, samedi dernier. Country, pop, hip-hop ou encore électro, le chanteur s'aventure vers la nouveauté sans flancher. Il s'entoure des meilleurs, il bosse et, surtout, il s'éclate.

Dans ce nouveau disque, vous laissez tomber le folk pour toucher à plusieurs styles. Pourquoi?

Il y a beaucoup de mélanges parce que c'est le résultat de presque deux ans de travail dans les quatre coins du monde. J'ai écrit une soixantaine de chansons qui ont été le fruit de plein de collaborations. Les nouveautés au niveau des sons, ce sont ces rencontres. Tout le côté electro-pop, je le dois à des mecs que j'ai connus à New York. La country vient du côté de Nashville, où j'ai passé beaucoup de temps.

Qu'est-ce qui s'est passé à Nashville?

Plein de choses. C'est le berceau de la country. Je n'ai jamais travaillé avec des musiciens aussi talentueux. Du coup, c'est très facile. Tu rentres en studio, il y a une sorte de magie, d'alchimie. C'est inexplicable.

Il y a comme un air de The Weeknd sur votre titre «Yokko».

C'est un artiste que j'ai beaucoup écouté l'année passée. D'ailleurs, j'ai écrit cette chanson à Toronto, sa ville. J'ai eu aussi la chance de le voir à Coachella et j'ai été bluffé par sa voix, ses mélodies et son style très urbain. Concernant le texte, on a voulu parler d'un thème qui touche pas mal de monde: un pote qui coupe les ponts avec son entourage car sa copine ne s'entend avec personne. Le meilleur exemple qu'on a trouvé c'est Yoko Ono et John Lennon.

On vous entend nettement plus dans les aigus. Vous vouliez explorer votre voix?

J'ai essayé d'explorer tous les extrêmes. J'ai bossé avec Jacquire King, qui est un producteur de légende ( ndlr: il a gagné des Grammys et travaillé notamment avec Kings of Leon et James Bay). Je lui ai dit: «J'ai envie de pousser ma voix dans des univers dans lesquels on ne m'a pas entendu.» Il m'a dit: «D'accord, il va falloir bosser car je ne pourrai pas le faire pour toi.» J'aurais pu me contenter de quelque chose de plus simpliste pour ne pas trop me compliquer la tâche durant les concerts mais j'ai préféré chercher quelque chose de plus élaboré.

Le texte de «Stage Fright» parle du trac d'aborder une fille. Vous l'avez toujours?

Je ne suis pas l'exemple du mec qui a eu de longues relations. Ce premier regard, ce premier coup de foudre, cette première attirance qu'on a déjà tous vécus, c'est un sentiment que j'ai du mal à gérer. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à cette femme pour attirer son attention? Cette sensation m'habite assez souvent.

Bastian Baker se prend des vents?

Des vents, des râteaux, tout ce que vous voulez. (Rires.) J'ai plein d'anecdotes car la célébrité me met dans des situations délicates. Il y a deux extrêmes. Une fille qui peut être désorientée par le fait que je fais de la musique et que l'on voit ma gueule dans les médias de temps en temps. Et il y a l'opposé, un côté plutôt provocateur. Je me souviens d'un soir en boîte à Lausanne, j'étais au bar. La fille à côté de moi était ravissante et je lui ai dit: «Bonsoir.» Elle m'a regardé et m'a dit: «Euh... Ce n'est pas parce que tu es Bastian Baker que tu peux me dire bonsoir.» (Il éclate de rire.) Je n'ai pas su comment réagir.

La presse américaine vous adore. «Vogue», «Billboard» ou encore «Hollywood Life» ont eu un commentaire positif sur vos performances en première partie de Shania Twain...

C'est vraiment chouette car on sait que c'est un univers sans langue de bois. Surtout aux États-Unis. Ils n'essaient pas d'être sympas avec moi juste parce que je suis Suisse. D'avoir été en promo dans ces différents médias et de ne pas être ridicule, forcément cela me motive. J'ai toujours eu l'envie d'aller plus loin que Lausanne ou Morges. Ces huit dernières années, on a joué plus de 800 concerts dans 45 pays différents. Avant la tournée de Shania Twain, j'étais déjà parti en Asie, en Afrique du Nord... Aujourd'hui, tous les efforts fournis les années précédentes prennent du sens.

Revenons à cette tournée avec Shania Twain. Comment définiriez-vous votre relation avec elle?

Il y a des rencontres dans la vie qui vous changent et qui vous complètent. Avec Shania Twain ainsi que son mari et son fils quelque chose de magique s'est créé. Il y a très peu de gens avec qui tu peux rester debout trois nuit de suite jusqu'à 6h du matin à refaire le monde avec un plateau de fromages et du vin rouge. Elle est fascinante. Très intelligente, humble, elle a beaucoup de facilité: c'est un modèle. Je suis heureux de la considérer comme une amie proche. Et elle m'apprend énormément en musique. Elle prend toujours le temps de m'écouter lorsque je joue une chanson et me conseille.

Qu'a-t-elle pensé de ce nouvel album?

Elle a joué un rôle dans les chansons que j'ai gardées. «Blame it on me» et «All around us» font partie de ces titres préférés. Je l'ai aussi aidée pour son album qui vient de sortir. On a une relation honnête où l'on sait que l'on peut se faire confiance.

Pourquoi vous a-t-elle choisi pour cette tournée?

Elle m'a choisi parce qu'elle aime le fait que je puisse monter sur scène en guitare voix et faire de l'entertainment dans un stade. J'ai eu la chance que cela se passe bien dès le début. Normalement la direction décide qui joue en première partie. Et Shania a reçu pas mal de pression mais elle a réussi à la convaincre qu'il fallait le petit Suisse en tournée.

Vous venez d'annoncer une tournée qui s'arrêtera au Kaufleuten à Zurich le 20 mars 2019 et aux Docks de Lausanne le 22 mars. Que faut-il en attendre?

On s'est dit que ce serait intéressant de tester le show avant de partir pour les festivals et pour une tournée plus conséquente en automne 2019. On a choisi quelques villes où l'on sait qu'on a une fan base comme Amsterdam, Paris, Lausanne ou Zurich. On verra ainsi quels titres marchent le mieux et on veut surtout se faire plaisir. Cela fait longtemps que je ne suis pas revenu en Suisse et j'attends ça avec impatience.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!