Armée - Bataille autour du futur avion de combat suisse
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ArméeBataille autour du futur avion de combat suisse

Les spéculations vont bon train et les fabricants des quatre avions de combat en lice se livrent une âpre bataille, alors que le F-35 américain semble avoir les faveurs de Viola Amherd.

La cheffe du Département fédéral de la défense, Viola Amherd (image d’archives). 

La cheffe du Département fédéral de la défense, Viola Amherd (image d’archives).

AFP

Le «SonntagsBlick», citant des sources anonymes «les mieux informées», rapporte qu’une offre de 700 pages pour l'Eurofighter, l'avion de combat du consortium européen (D, E, GB, I) avec la participation d'Airbus, aurait été envoyé à Viola Amherd. Un envoi accompagné d'une lettre à la cheffe du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), signée par les ministres de la Défense d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Espagne et d’Italie. Ils y proposeraient un partenariat transfrontalier dans les domaines de la coopération militaire, de l'énergie, de la coopération économique, des réseaux scientifiques, de la politique de l'environnement et des transports, des technologies numériques, de la cybersécurité et des projets d'infrastructure. «Les expéditeurs les plus en vue courtisent les Suisses avec une offre qui pourrait idéalement amortir la rupture imminente des négociations avec l’Europe», commentent ces mêmes sources.

Ce courrier est arrivé à Berne alors que divers médias avaient annoncé la semaine passée que Viola Amherd allait soumettre prochainement au gouvernement une proposition visant à acquérir le F-35 américain de Lockheed Martin, le préféré de l’Armée suisse, comme le rapporte la «SonntagsZeitung». L’avion serait en effet sorti vainqueur des évaluations complexes, selon divers médias. Il serait en tout cas meilleur que la concurrence, qui se compose du Rafale (F), de l'Eurofighter (GB, I, E, D) et du Super Hornet (USA).

Entre coûts, efficacité et stratégie politique

«Les sept membres du Conseil fédéral doivent évaluer le paquet global», réagit pour sa part Bernhard Brenner, responsable des ventes chez Airbus Défense et Espace (le fabricant de l'Eurofighter), dans le «SonntagsZeitung». Selon lui, il ne faudrait pas que la décision concernant le nouvel avion de combat suisse soit prise uniquement sur la base de critères militaires: «Les éléments économiques et politiques sont tout aussi importants.»

Et la «NZZ am Sonntag» du jour évoque de tels éléments économiques, indiquant que les experts et les politiciens spéculent que le constructeur du F-35 aurait réduit les coûts d'exploitation de son offre en remplaçant partiellement les heures de vol coûteuses par une formation en simulateur. Or, chez les trois autres prétendants, on doute que les coûts d'exploitation ont été calculés de la même manière partout. Un représentant de Boeing, qui propose le Super Hornet (successeur du F/A-18), a indiqué se méfier des calculs de coûts pour le F-35. Réaction d’un porte-parole de Lockheed Marin: «Le F-35 est le jet le plus avancé, le plus performant et le plus abordable pour l'armée de l'air suisse.» Franziska Roth, conseillère nationale socialiste (SO), est d’avis contraire. Elle a indiqué à la «NZZ am Sonntag» ne pas croire que le F-35 puisse donner à la Suisse une Ferrari pour le prix d'une Fiat. Pour elle, il s’agirait plutôt d’un «puits sans fond», le F-35 étant considéré «comme un avion de pannes, dont les défauts et la technologie complexe font augmenter les coûts de maintenance».

Initiative populaire annoncée contre les avions américains

Le Conseil fédéral devrait soumette l'acquisition du jet au Parlement en février prochain avec le prochain programme d'armement. Le parlement devrait débattre de la question à l'été et à l'automne 2022. Le contrat d'achat sera ensuite signé. Mais déjà, le Groupe pour une Suisse sans armée ainsi que le PS et les Verts ont annoncé vouloir lancer une initiative populaire au cas où le Conseil fédéral se prononcerait en faveur d'un avion de combat américain, note la «NZZ am Sonntag». Outre la crainte de coûts immenses, les initiateurs y voient un risque pour la neutralité de la Suisse.

Si le Conseil fédéral optait pour le F-35, l’initiative serait lancée rapidement, selon la conseillère nationale zurichoise Marionna Schlatter, membre des Verts. Car, selon elle, avec une initiative populaire en suspens, il serait politiquement délicat que le Conseil fédéral et le Parlement se hâtent de passer des marchés.

(ewe)

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