31.01.2020 à 05:08

Bataille des témoins avant un vote-clé

Destitution de Trump

Il faudrait que quatre sénateurs républicains joignent les démocrates pour qu'une motion sur la convocation de témoins passe vendredi.

John Roberts, le président de la Cour suprême.

John Roberts, le président de la Cour suprême.

Keystone

L'accusation et la défense ont croisé le fer jeudi au procès en destitution de Donald Trump sur la possibilité de convoquer des témoins devant les sénateurs chargés de juger le président américain, à la veille d'un vote sur la question qui s'annonce très serré.

Les procureurs démocrates «ont dit qu'ils avaient un dossier accablant», a relevé l'avocat de la Maison Blanche Patrick Philbin dans le cadre d'une séance de questions-réponses tendue. «Pourquoi ont-ils besoin de plus de preuves et de témoins? C'est totalement contradictoire», a-t-il assené, en appelant les cent sénateurs à rejeter la requête de l'accusation qui souhaite entendre plusieurs conseillers et anciens conseillers de la Maison Blanche.

John Bolton

«Pourquoi ne veulent-ils pas appeler à la barre» des membres de leur propre administration?, a rétorqué l'élu démocrate Adam Schiff, qui mène l'équipe de procureurs: «parce qu'ils vont incriminer le président!».

Les démocrates s'intéressent particulièrement à John Bolton, qui fut conseiller à la sécurité nationale jusqu'à son départ de la Maison Blanche en septembre suite à de profonds désaccords avec Donald Trump.

Ce néoconservateur affirme dans un livre à paraître prochainement que le président lui avait dit en août ne pas vouloir débloquer une aide militaire destinée à l'Ukraine, tant que ce pays n'enquêterait pas sur le démocrate Joe Biden, son adversaire potentiel à la prochaine présidentielle. Ce «donnant-donnant» est au coeur du procès de Donald Trump, jugé depuis deux semaines pour abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès.

Incertitude

Les démocrates savent qu'ils n'ont quasi aucune chance d'obtenir la destitution du milliardaire new-yorkais, la Constitution imposant une majorité des deux tiers, soit 67 voix, pour le déclarer coupable.

À moins de 300 jours du scrutin présidentiel, ils espèrent toutefois faire émerger de nouvelles informations embarrassantes pour le locataire de la Maison Blanche. Ils soumettront donc, vendredi en fin d'après midi, une motion pour obtenir le droit de convoquer des témoins. S'ils obtiennent les 51 voix nécessaires, ce qui implique de rallier quatre élus républicains à leur cause, le procès se prolongera encore un moment.

Dans le cas contraire, les cent élus de la chambre haute pourrait passer très rapidement au vote sur le verdict, peut-être dans la soirée ou samedi. Selon un de ses proches, Donald Trump aimerait être blanchi pour prononcer son traditionnel discours sur l'État de l'Union, mardi.

L'issue du scrutin est incertaine: la sénatrice républicaine modérée Susan Collins a fait savoir jeudi soir qu'elle soutiendrait la demande de témoins, mais son confrère Lamar Alexander ne le fera pas. Deux autres républicains sont encore hésitants.

Sans certitude les spéculations allaient bon train dans les couloirs du Capitole. Et dans l'hémicycle, Adam Schiff a courtisé le chef de la Cour suprême, John Roberts, qui préside le procès. Si le scrutin s'achevait sur une égalité (50-50), les démocrates lui demanderont d'apporter sa voix en soutien à leur motion. Le magistrat, très sourcilleux sur l'indépendance de la justice, pourrait toutefois refuser et la motion échouerait.

«La meilleure chose»

Conciliant, Adam Schiff a également proposé aux élus qui craignent que les débats ne s'éternisent, de tenir toutes les dépositions sur une semaine. «Prenons une semaine pour avoir un procès équitable, est-ce trop demander?», a-t-il lancé.

Si les démocrates perdent cette bataille, les sénateurs passeront au vote sur la culpabilité du président. Un acquittement serait «la meilleure chose pour le pays», a plaidé l'avocat de la Maison Blanche président Pat Cipollone, en présentant Donald Trump comme la victime d'une manoeuvre politique nuisible pour la démocratie. «Ils essaient de retirer le nom du président sur les bulletins de vote, à quelques mois du scrutin», s'est-il indigné.

Mais pour Adam Schiff, le blanchir serait «la normalisation du non-respect de la loi». On ne peut pas «accepter qu'un président fasse ce qu'il veut pour être réélu», a-t-il déclaré. Alors que les deux parties s'affrontaient dans le cadre feutré du Sénat, Donald Trump se déchaînait contre les démocrates lors d'un meeting électrique dans l'Iowa. «Ils veulent annuler vos votes», a-t-il lancé à une foule acquise. «Mais ça ne va pas marcher. Vous allez voir.»

(AFP)

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