Votations: Bataille pour le deuxième tube

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VotationsBataille pour le deuxième tube

Tout le monde est d'accord pour remettre à neuf le plus célèbre tunnel de Suisse. Mais faut-il creuser pour cela un deuxième tube à 2,8 milliards? Rendez-vous aux urnes le 28 février.

par
Eric Felley
Keystone

1. TOUS VEULENT UNE MEILLEURE SÉCURITÉ

Faut-il construire un deuxième tube au Gothard? Le Conseil fédéral ainsi que la majorité des Chambres fédérales estiment qu'il est temps, 35 ans après sa construction, de le remettre à neuf.

Mieux, l'autorité fédérale préconise d'en construire un deuxième juste à côté, de même longueur (16,9 km). Cela permettrait de restaurer le premier sans devoir en couper la circulation.

D'autre part, dès 2027 selon les prévisions optimistes, la circulation serait unidirectionnelle dans chacun des tubes, contrairement au trafic bidirectionnel d'aujourd'hui.

Personne à Berne ne conteste que le tunnel actuel doit être assaini. Depuis son ouverture en septembre 1980, 36 utilisateurs y ont trouvé la mort. L'accident le plus terrible a été, en 2011, la collision entre deux poids lourds, suivie d'un incendie, causant 11 morts.

Depuis, la circulation des poids lourds est alternée et la vitesse limitée à 80 km/h. Une distance de 50?m entre chaque véhicule et 150?m entre chaque camion est exigée.

Pour la Confédération, la meilleure solution est la construction du deuxième tunnel et la réfection du premier pour un total de 2,8 milliards. L'Administration fédérale a étudié une variante, qui consiste à refaire le tunnel actuel, avec un transbordement des marchandises sur le rail durant une période pour un coût de 1,4 à 1,8 milliard. Mais cette solution est jugée moins bonne sur la durée.

2. (CONTRE) ILS NE VEULENT PAS SATURER LES ALPES

Après la décision des Chambres en faveur du deuxième tube, l'association de l'Initiative des Alpes a aussitôt réagi. C'est elle qui avait lancé avec succès en 1994 l'initiative «Pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit». Avec ses quelque 50 000 membres sympathisants, elle n'a eu aucune peine à faire aboutir un référendum contre le deuxième tube.

Elle rappelle qu'en 1994 les Suisses ont inscrit dans la Constitution une interdiction d'étendre le trafic dans les Alpes pour protéger son environnement. Il y a une semaine, l'ancien conseiller fédéral Moritz Leuenberger est venu rappeler que, selon lui, construire un second tube viole la Constitution. Mais pour l'actuelle cheffe des Transports, Doris Leuthard, ce ne serait pas le cas, car une fois les deux tubes en fonction, la circulation ne se fera que sur une voie.

Les opposants se méfient de cette promesse fragile. Ils estiment que doubler les tubes revient à doubler le trafic. 900 000 camions par année aujourd'hui, deux millions demain.

Les cantons riverains, principaux concernés, sont aussi dans le doute. Certes, le gouvernement du Tessin défend le deuxième tunnel, mais les Tessinois restent divisés sur l'épineuse question de la pollution.

Au nord, le canton d'Uri est aussi partagé. Son gouvernement est opposé, mais une majorité de son Grand Conseil est favorable.

3. (POUR) ILS VEULENT INVESTIR POUR LE LIEN NORD-SUD

Les partis bourgeois ont soutenu aux Chambres la solution du deuxième tube. Ils sont rejoints dans la campagne du 28 février par les milieux économiques, en tête l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et EconomieSuisse.

Les partisans défendent la pérennité de l'axe du Gothard «principale liaison nord-sud du pays, importante aussi bien pour le commerce intérieur que pour le

commerce extérieur», selon EconomieSuisse.

La solution du second tube évite que le Tessin soit isolé de la Suisse alémanique durant la période d'entretien du tunnel, qui nécessitera sa fermeture sur de longues périodes. Les partisans du second tube avancent entre 980 et 1050 jours de fermeture au total. Durant cette période, le transbordement provisoire du transit de la route au rail (solution dite de «l'autoroute ferroviaire») causerait de plus un impact important sur le paysage avec la création d'aires spécifiques.

Toutefois, la droite n'est pas homogène sur ce sujet. Un comité pour le non a été formé autour de Thomas Minder (Ind./SH) et de la Vaudoise Isabelle Chevalley (VL/VD). Selon eux, ce deuxième tube est du «gaspillage», car il fera concurrence aux NLFA. La Suisse a investi plus de 20 milliards de francs dans ces projets. Sa réalisation phare, le nouveau tunnel ferroviaire du Gothard (57 km, le plus long du monde), sera inauguré le 1er juin.

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