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ÉLECTRONIQUEBatteries au lithium: danger

Les deux récentes explosions de smartphone en Suisse montrent que la technologie des batteries au lithium n’est pas maîtrisée, selon un expert de l’EPFL.

par
Cléa Favre
«Le lithium est une substance qui peut réagir très violemment», explique Michael Graetzel, professeur à l’EPFL. Pour mémoire: le 1er juillet, le smartphone de Fanny Schlatter, de La Chaux-de-Fonds, explosait dans sa poche. Deux semaines plus tard, celui d’Erhat Kurtishi, de Saint-Gall, a pris feu dans son sac.

«Le lithium est une substance qui peut réagir très violemment», explique Michael Graetzel, professeur à l’EPFL. Pour mémoire: le 1er juillet, le smartphone de Fanny Schlatter, de La Chaux-de-Fonds, explosait dans sa poche. Deux semaines plus tard, celui d’Erhat Kurtishi, de Saint-Gall, a pris feu dans son sac.

Au début du mois, Fanny Schlatter, apprentie de 18 ans résidant à La Chaux-de-Fonds, était brûlée à la cuisse au troisième degré. En cause: l’explosion de son Samsung Galaxy S3. Dimanche, un natel de la même marque a également pris feu. Selon 20 minutes, la victime saint-galloise doit son salut à la crème solaire qui était aussi dans son sac: c’est elle qui a éteint les flammes. Ces deux explosions en l’espace de 15 jours inquiètent. L’appareil accompagne en effet son propriétaire partout et est souvent gardé précieusement près du corps, dans une poche ou encore près de la tête quand le téléphone passe, par exemple, la nuit sur la table de chevet.

Conséquences dramatiques

Le phénomène de l’explosion des batteries semble cependant exceptionnel. «On ne nous a apporté aucun cas de ce genre», affirme Christophe Inaebnit, codirecteur du magasin de réparation La Bonne Combine, à Lausanne. «Les explosions restent rares sur les millions d’unités de smartphones vendues. Mais il est vrai que les conséquences sont dramatiques pour l’utilisateur.» D’autant plus que ce phénomène d’explosion n’existait pas auparavant, selon le spécialiste: «Avec l’ancienne génération de batteries, on ne risquait qu’une surchauffe.» Aujourd’hui, ce sont des batteries au lithium qui équipent les smartphones. «Elles sont très performantes, mais potentiellement dangereuses», explique Michael Graetzel, directeur du Laboratoire de photonique et interfaces à l’EPFL. Selon lui, les risques sont bien connus. En janvier déjà, un Boeing 787 Dreamliner atterrissait en urgence, alors que de la fumée envahissait la cabine de l’avion. La faute de batteries au lithium qui avaient surchauffé avant de prendre feu. «Le lithium est une substance qui peut réagir très violemment», poursuit Michael Graetzel. «C’est pourquoi on tente de le stabiliser, en l’intercalant dans du graphite. Il se forme alors une couche protectrice qui empêche la réaction du lithium avec l’électrolyte organique (ndlr: un conducteur liquide). Toutefois, si cette couche protectrice disparaît et que la batterie chauffe, il y a un gros problème.» Le professeur de l’EPFL a lui-même vécu une mauvaise expérience. Alors qu’il voyageait en avion, son ordinateur est devenu très chaud. Il a alors eu le réflexe de démonter la pile et de la refroidir avec de l’eau glacée. «J’ai ainsi pu contenir la réaction. La batterie avait en fait un défaut.»

Plus légères et performantes

Sauf que tout le monde ne réagit pas aussi promptement. Donc pourquoi utiliser ces batteries? «Elles sont beaucoup plus légères que les batteries au plomb. Elles ont aussi une capacité de stockage cinq fois plus importante», répond Michael Graetzel. Mais, pour lui, les derniers événements montrent que cette technologie n’est pas encore suffisamment maîtrisée. «C’est pour cette raison que les batteries au plomb n’ont pas disparu: elles sont sûres», déclare-t-il.

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