Actualisé 30.10.2018 à 20:27

France voisineBébés sans bras ou sans main: onze nouveaux cas

Les enfants, nés avec cette même anomalie aux portes de Genève, ne sont plus sept, mais 18! Des chiffres révélés par l'agence Santé publique France, qui reniait les premiers cas.

par
Evelyne Emeri
Désormais, ils ne sont plus sept bébés à être nés sans bras ou sans main non loin de la frontière suisse, mais 18. Plus précisément dans le village de Druillat (Ain) et dans un rayon de 17 km (photo prétexte).

Désormais, ils ne sont plus sept bébés à être nés sans bras ou sans main non loin de la frontière suisse, mais 18. Plus précisément dans le village de Druillat (Ain) et dans un rayon de 17 km (photo prétexte).

Keystone

Ils étaient sept. Puis, huit. Ce mardi soir, ils sont 18. Le nombre de bébés nés dans l'Ain (France voisine) avec une agénésie des membres supérieurs ne cesse d'augmenter. C'est l'agence Santé publique France (SpF) qui l'a révélé. Cette communication de SpF intervient au lendemain de la suspension du licenciement de la directrice du Registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera), Emmanuelle Amar, et de son équipe, basés à Lyon.

Le Remera est à couteaux tirés depuis des semaines avec les autorités sanitaires pour avoir dénoncé les sept premiers cas de nouveau-nés, qui ont vu le jour sans bras ou sans main entre 2009 et 2014. L'agence française de santé publique avait officiellement reconnu des regroupements de cas (ndlr. clusters) dans deux villages, quatre en Bretagne et trois en Pays-de-Loire, sans pour autant pouvoir déterminer l'origine de ces anomalies. A l'inverse, les petits de Druillat (Ain) et ses environs avaient été écartés. Pire, niés.

18 enfants touchés en 15 ans

La colère – et la persistance – des six chercheurs du Remera, renforcée par celle des parents des jeunes oubliés de l'Ain, a fait plier les instances sanitaires de l'Hexagone jusqu'aux ministères de la Santé et de l'Environnement. «Comme Santé publique France s’y était engagée, des analyses complémentaires ont été initiées à partir des données hospitalières (Programme de médicalisation des systèmes d'information/PMSI). Ce travail est actuellement en cours. SpF annonce d’ores et déjà avoir identifié dans le département de l’Ain: 7 cas suspects entre 2000 et 2008; 4 cas suspects supplémentaires entre 2009 et 2014. Ces 4 cas s’ajoutent aux 7 cas identifiés et transmis par le Registre», indique SpF dans son communiqué. Au total et à ce stade, 18 enfants sont touchés par ce mal mystérieux.

En clair, dans le département de l’Ain, sur une période de quinze ans (2000-2014), Santé publique France a donc identifié 11 cas suspects supplémentaires aux 7 cas signalés par le registre Remera. «Il convient d’abord d’évaluer, parmi ces 11 cas suspects de réductions de membres supérieurs, ceux qui correspondent réellement à des agénésies transverses des membres supérieurs», note prudemment SpF. La répartition spatiale et temporelle des cas confirmés est également analysée de très près cette fois-ci, promet l'agence.

Enquêtes rétrospectives complexes

Les mamans des sept premiers enfants, répertoriés par le Registre des malformations dans la région Rhône-Alpes, vivaient toutes en zone rurale au milieu des champs, ce qui tend à mettre le focus sur les pesticides. Les perturbateurs endocriniens ont également été évoqués par l'endocrinologue Emmanuelle Amar et ses collaborateurs. Santé publique France rappelle aussi que la réalisation d’enquêtes rétrospectives, plusieurs années après la naissance, sera complexe. Et, comme une énième pique à l'endroit du Remera et de sa patronne en sursis, SpF insiste enfin sur l'importance de disposer d’un registre fiable, rigoureux, scientifique, adossé à des équipes hospitalo-universitaires et au système européen de surveillance Eurocat, qui couvre 1,5 million de naissances dans 20 pays d'Europe.

evelyne.emeri@lematin.ch

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!