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FootballBédia: «J’avais bien commencé avec Servette. Et j’ai eu un coup de mou»

Le buteur ivoirien de Servette, après des débuts très prometteurs, cherche le second souffle. Il s’explique avant la venue de Saint-Gall, ce samedi à 20h30.

par
Daniel Visentini
Un baiser aux supporters après son seul but marqué avec Servette, c’était 20 février contre Lucerne. Chris Bédia a subi ensuite le contrecoup de son transfert, il court maintenant pour retrouver tout son mordant.

Un baiser aux supporters après son seul but marqué avec Servette, c’était 20 février contre Lucerne. Chris Bédia a subi ensuite le contrecoup de son transfert, il court maintenant pour retrouver tout son mordant.

ERIC LAFARGUE

C’est son style. Chris Bédia arrive tranquille, le sourire en coin, désarmant de naturel. On lui demande tout simplement comment cela va? L’œil s’allume: on jurerait qu’il hésite entre une bonne blague, un trait d’humour saupoudré d’ironie, et puis il se reprend, grimace un peu en souriant toujours. «Comment ça va?, s’interroge-t-il à haute voix. Je ne sais pas, disons que j’ai eu un petit coup de mou ces derniers temps…»

Chris Bédia ne tourne pas autour du pot. C’est vrai, ses premières apparitions sous le maillot servettien ont été autant de promesses. On avait là un attaquant puissant et rapide à la fois, capable de peser sur une défense et de la surprendre, apte à jouer dos au but aussi. Et puis tout cela s’est un peu émoussé par la suite. Il le sait. Il sait même pourquoi.

Les raisons du coup de mou

«Pas de préparation, peu de matches joués dans la première partie de saison avant de venir ici, le Covid la première semaine de mon arrivée à Genève, une blessure au mois de mars: oui, je sais un peu pourquoi il y a eu ce coup de mou. Tu peux t’entraîner, c’est très bien, mais rien ne remplace le rythme d’un match, ce n’est pas pareil. Et puis même si cela a très bien commencé avec Servette, je savais que j’allais sans doute payer tout ça. D’ailleurs, Gaël (ndlr: Clichy) m’avait averti. Il m’avait dit que ce serait compliqué de continuer sur la lancée de mes débuts ici, compte tenu de tout ça, le manque de rythme, le Covid, la blessure…»

Sa première épreuve est là. Chris Bédia a 26 ans, un beau potentiel, mais il doit digérer ce transfert hivernal pour devenir le buteur incontournable dont Servette a grand besoin. Cette fin de championnat existe pour lui permettre de tout remettre en place, dans le droit chemin, en vue de la saison prochaine. Facile à accepter?

«Non, mais je n’ai pas le choix, relève-t-il. Ça m’énerve de ne pas marquer. Parfois, cela peut tourner à l’obsession et je sais que ce n’est pas bon. En fait, il faut toujours penser à l’équipe, avant de penser à soi. Gaël m’en a fait la remarque. Il m’a dit: quand tu veux trop quelque chose, cela n’arrive pas. Il faut que cela se passe naturellement. Il a raison.»

L’importance de Clichy

Encore Gaël Clichy au cœur de la réflexion. Monstre de professionnalisme, le Français de 36 ans, qui fera son retour contre Saint-Gall ce samedi soir à la Praille, est l’exemple à suivre pour tous. Les jeunes comme les plus expérimentés. Cette semaine, qui marquait le retour de Clichy dans le groupe après une maladie qui l’a affaibli, a été celle d’une implication au quotidien. Avec l’accord d’Alain Geiger bien sûr, Clichy a pris avec lui plusieurs coéquipiers, plusieurs fois aux Cherpines en fin d’entraînement, pour une masterclass: placement minutieux, explications limpides, corrections en cours d’exercice. Il encadre, il entoure, il corrige, il encourage. L’homme est un entraîneur en devenir, c’est une évidence.

Bédia est conscient de sa chance de le côtoyer. «Gaël Clichy, il a tout de plus que tout le monde, tranche-t-il. Regardez son placement: il ne fait presque jamais d’erreur dans son positionnement, il anticipe tout et il fait tout cela sans y penser, avec son expérience. C’est précieux de faire ces exercices avec lui à la fin des entraînements, parce que c’est exactement ce qui va se passer durant le match. En fait, il fait dans la prévention.»

Parfois, Clichy hausse le ton aussi. Que son coup de gueule soit poussé ici dans ces colonnes ou sur le terrain, cela ne change rien au but recherché, et Chris Bédia, comme tous les Servettiens, l’a également compris. Il est seulement question d’exigence, rien d’autre. «Oui, il crie beaucoup, rigole Bédia, mais c’est normal, cela fait partie du jeu, on en a besoin! Il nous réveille quand c’est nécessaire, il donne un coup de boost. Et c’est très très très bien comme ça.»

Bien dans le groupe

Retour à Chris Bédia. Toujours un peu pince-sans-rire. «C’est toujours mieux d’avoir le sourire que de faire la tête, non, s’exclame-t-il. En fait, c’est plutôt bon signe que je sois comme cela: cela veut dire que je me sens bien dans ce groupe. C’est pour cela que j’ai un peu la tchatche, que je branche un peu mes coéquipiers, que je leur fais des blagues, parfois. Je crois que c’est bien pour le collectif aussi.»

Et sur un plan individuel? Quels sont les objectifs de Chris Bédia? «J’en ai, des objectifs personnels très précis, dit-il. Mais je n’aime pas en parler. Alors disons que je veux être décisif pour Servette: marquer ou faire marquer, peu m’importe, Je veux que Servette gagne. Je veux être satisfait de mes performances. Et je sais que c’est la performance de l’équipe en entier qui me permettra d’avoir les récompenses individuelles que je vise.»

Rendez-vous ce samedi soir, avec ce Servette - Saint-Gall, pour voir Bédia à l’œuvre.

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