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EuropeBelgrade et Zagreb peinent à tourner la page

Alors que les deux pays traversent une crise politique, la guerre des années 90 continue à détériorer les relations.

Le 4 août, une foule commémore les victimes de l'opération «Tempête» menée il y a 21 ans. Les forces croates avaient par la suite repris le contrôle de plusieurs territoires.

Le 4 août, une foule commémore les victimes de l'opération «Tempête» menée il y a 21 ans. Les forces croates avaient par la suite repris le contrôle de plusieurs territoires.

Archives, Keystone

Les relations entre Zagreb et Belgrade ne cessent de se détériorer depuis des semaines. L'âpreté des échanges témoigne de l'incapacité des anciens ennemis à tourner la page.

«Renaissance du nazisme» en Croatie, accuse Belgrade. Rhétorique «rappelant les années 1990», et l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, rétorque Zagreb. Plus de vingt ans après la guerre qui a opposé Croates et Serbes entre 1991 et 1995 faisant 20'000 morts, les deux pays, piliers de la stabilité régionale, entretiennent des relations exécrables.

Valeurs européennes

La Croatie, membre de l'UE depuis 2013, et la Serbie qui négocie son adhésion au club des 28, affirment être attachées aux valeurs européennes. Mais, dans la pratique, elles peinent à se défaire du passé.

«Les querelles sont utiles pour détourner l'attention». Belgrade et Zagreb sont «incapables de résoudre le moindre problème», note l'analyste politique serbe Dusan Janjic.

Crise politique

la Croatie traverse une crise politique sans précédent et retournera aux urnes en septembre après seulement cinq mois aux affaires de la droite nationaliste (HDZ). La Serbie n'a, quant à elle, toujours pas formé son nouveau gouvernement issu lui aussi d'élections anticipées.

Les célébrations vendredi en Croatie de sa victoire dans l'opération Tempête (août 1995), qui lui avait permis de reconquérir des territoires contrôlés par des sécessionnistes serbes, ont, comme de coutume, donné lieu à des échanges acerbes.

A Zagreb, plusieurs ministres ont salué l'«éclatante victoire de la Croatie, qui a libéré son territoire de l'occupant serbe». Un «pogrom», a rétorqué le premier ministre serbe Aleksandar Vucic.

Des centaines de Serbes - 667 personnes selon le comité Helsinki, et 2500 selon le gouvernement serbe - ont été tués pendant et après cette opération, et plus de 200'000 ont fui la Croatie. Les Serbes, qui représentaient 12% de la population de Croatie avant la guerre, ne constituent plus qu'environ 4% des quelque 4 millions d'habitants du pays.

«Solution finale»

Jeudi, lors d'un hommage aux victimes serbes, Aleksandar Vucic a même évoqué «une solution finale criminelle» et «le plus grand nettoyage ethnique de l'histoire de l'Europe moderne», dans une allusion au camp Jasenovac, l'«Auschwitz croate» créé par le régime des Oustachis pendant la seconde guerre mondiale.

Le musée du mémorial de l'holocauste à Washington évalue à 100'000 le nombre des victimes, serbes pour la plupart. Les estimations des historiens locaux vont de 82'000 morts, selon le musée de Jasenovac, à 700'000, selon les sources serbes.

Tensions

Avant même les commémorations de cette semaine, la tension était palpable entre les deux pays. Selon l'analyste croate Davor Gjenero, c'est la conséquence de la décision de Bruxelles d'ouvrir en juillet deux nouveaux chapitres de négociations avec la Serbie, en dépit de la ferme opposition de la Croatie.

La justice croate a depuis cassé la condamnation d'un ancien député reconnu coupable de crimes de guerre à l'encontre de civils serbes, et annulé la condamnation il y a 70 ans du cardinal Alojzije Stepinac pour collaboration avec le régime pronazi croate.

Dérive nationaliste

Ces décisions, qui ont été perçues à Belgrade comme une révision du passé, et ont amené la Serbie à dénoncer à Bruxelles ce qu'elle considère être une dérive nationaliste de la Croatie.

La goutte qui a fait déborder le vase a été, il y a une semaine, l'inauguration d'un monument en hommage à Miro Baresic, un nationaliste croate condamné à perpétuité en 1971 en Suède pour avoir participé à l'assassinat de l'ambassadeur de Yougoslavie à Stockholm.

«La complaisance du pouvoir envers les activités de l'extrême droite (...) a directement provoqué la détérioration des relations», estime l'analyste Ivo Rimac de l'université de Zagreb. La réaction de Belgrade est «logique», ajoute-t-il. Il rappelle que, l'an dernier, la réhabilitation par la Serbie du général royaliste Dragoljub Mihajlovic, dit «Draza», condamné à mort pour collaboration avec les nazis, avait, elle aussi, provoqué l'ire de Zagreb.

En juin, la présidente croate Kolinda Grabar Kitarovic et le premier ministre serbe Aleksandar Vucic avaient bien signé une déclaration conjointe sur «l'amélioration des relations», à l'occasion d'une rare rencontre entre responsables serbo-croates. Mais, souligne l'analyste serbe Aleksandar Popov, «aucune question litigieuse n'a été résolue» entre les deux capitales, alors que «les Balkans sont à la périphérie des problèmes de l'UE».

(ats)

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