Tennis: Belinda Bencic: «Je rêve de respirer de l’air frais»
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TennisBelinda Bencic: «Je rêve de respirer de l’air frais»

Après une semaine de quarantaine stricte à Melbourne, Belinda Bencic raconte son entraînement dans vingt mètres carrés et salue les efforts de Novak Djokovic. Interview.

par
Mathieu Aeschmann
Belinda Bencic est confinée dans une chambre de 20 mètres carrés.

Belinda Bencic est confinée dans une chambre de 20 mètres carrés.

Freshfocus

Belinda Bencic, voilà une semaine que vous êtes en quarantaine dans votre chambre à Melbourne. Comment le vivez-vous?

J’ai eu un coup de mou durant quelques jours après l’annonce du cas positif dans notre avion. Quand tu apprends que tu vas passer 14 jours dans une chambre de 20 mètres carrés, tu te dis d’abord que cet Open d’Australie est foutu, que toute la bonne préparation réalisée en décembre n’a servi à rien. Il y avait beaucoup de frustration. Heureusement, je partage ma chambre avec Martin (Hromkovic), mon petit ami et préparateur physique. C’est une personne très positive, il m’aide à voir le bon côté des choses. En plus, je comprends tout à fait la prudence des Australiens. Ils ont beaucoup souffert en traversant notamment un confinement strict de cinq semaines. Aujourd’hui, il y a beaucoup de citoyens qui ne peuvent pas rentrer en Australie voir leur famille. Donc nos soucis de joueurs de tennis sont à mettre en perspective. Et je vais beaucoup mieux depuis quelques jours.

Est-ce que vous arrivez à vous entretenir physiquement dans une chambre de 20 mètres carrés?

Oui. On travaille quatre à cinq heures par jour. Pas avec une intensité folle, évidemment. Mais on m’a livré un vélo, des poids et un «medicine-ball». Donc je pédale le matin. Puis l’après-midi, on colle le lit contre le mur pour mettre en place des petits exercices de «stop and go» ou du travail d’agilité. Parfois je tape la balle dix minutes contre le mur, pour la mémoire musculaire, puis on enchaîne sur du renforcement ou des «side steps».

Qu’est-ce qui est le plus compliqué?

Franchement, c’est de ne pas pouvoir ouvrir la fenêtre. Je me réjouis de rejouer au tennis, bien sûr. Mais je rêve surtout d’une grande respiration, de l’air frais. Surtout que notre chambre est très poussiéreuse. On y fait du sport, on y mange, on y dort. Et on ne peut ni l’aérer, ni la nettoyer. J’aimerais bien avoir droit à un aspirateur. Pour l’instant, on fait bouillir de l’eau pour créer de l’humidité. Et sinon, c’est aussi compliqué d’entendre ses voisins de chambre se faire appeler pour partir à l'entraînement. Cette inégalité de traitement à deux semaines d’un Grand Chelem - même si j’en comprends la raison - est difficile à accepter.

Beaucoup de joueurs ont déclaré que vous n’étiez pas au courant que tout l’avion serait mis à l’isolement dans le cas d’un test positif. Est-ce vrai?

C’est vrai que cette règle n’a jamais été explicitement exprimée dans tous les e-mails que nous avons reçus. Pour nous, il était clair que nous étions responsables de notre état de santé, de celui de notre équipe, de celui de notre partenaire d’entraînement et de son équipe. Et que les avions, remplis à 20% de leur capacité, étaient séparés en sections. Mais en arrivant à Melbourne, nous avons trouvé une mention dans le règlement des joueurs qui précisait que les autorités sanitaires avaient le dernier mot pour gérer ce genre de situations. Au final, la communication n’a pas été parfaite. Je me suis aussi rendu compte que l’ATP avait averti les joueurs et non la WTA. Tout cela a ajouté à la frustration et provoqué certaines des réactions publiées sur les réseaux sociaux dans les premières heures.

Faites-vous partie de celles et ceux qui vivent mal le traitement de faveur accordé aux meilleurs, lesquels sont à Adélaïde dans des conditions bien plus agréables?

Concernant le groupe qui est à Adélaïde, je peux comprendre. Ce sont les meilleurs, ceux qui font le plus pour notre sport (ndlr: Djokovic, Nadal, Thiem, Serena Williams, Halep et Osaka vont y disputer une exhibition). Craig Tiley a d’ailleurs défendu cette position comme quoi ils ont gagné le droit d’être traités ainsi. Ça me va. Mais à condition d’arrêter de proclamer partout que l’on soutient l’égalité de traitement. Par contre, j’ai plus de mal à vivre le fait que dans les hôtels officiels, certains ont des grandes chambres, d’autres des petites. Moi, j’ai reçu un vélo, d’autres pas. Tout ceci n’est pas équitable. Et à ce sujet, j’aimerais saluer la prise de position de Novak Djokovic. Même s’il s’est fait tomber dessus, il est le seul des privilégiés à avoir bougé pour nous.

Paula Badosa a été testée positive à son septième jour de quarantaine. Avez-vous peur d’être infectée?

La nouvelle m’a choquée. Je pensais qu’après une semaine, on serait à l’abri. Mais non, je me sens bien. Je suis testée tous les jours. Et je me dis que normalement, il n’y a pas de raison de croire que j’ai été infectée.

Le tournoi de préparation avant l’Open d’Australie va débuter deux jours après la fin de votre quarantaine. Est-ce possible de bien jouer après 14 jours d’arrêt?

Ça va être très compliqué. Il ne faudra pas s’attendre à du haut niveau. J’ai d’ailleurs réfléchi à l'éventualité de me retirer de ce tournoi pour m’entraîner à la place. Mais je me suis dit finalement qu’un match, même perdu, était utile avant d’attaquer un Grand Chelem. Le plus compliqué dans tout ça, c’est le risque de blessure. Le public ne se rend peut-être pas compte que, pour jouer à haut niveau, nos muscles et nos tendons doivent être conditionnés. Quatorze jours d’arrêt, c’est énorme. Moi, je ne m’accorde une pause aussi longue qu’une seule fois dans l’année, en vacances. Et quand je reprends, j’ai l’impression de devoir recommencer à zéro. Voilà pourquoi il faudra vraiment faire attention de ne pas se blesser.

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