Cinéma - Belmondo ou l’itinéraire d’un acteur gaté

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CinémaBelmondo ou l’itinéraire d’un acteur gâté

Retour sur les films qui ont marqué la carrière du comédien et le public, qui les a tant aimés. Bébel était vraiment le Magnifique!

par
Michel Pralong
À la fois espion play-boy et écrivain minable dans «Le magnifique», preuve que Belmondo pouvait tout jouer.

À la fois espion play-boy et écrivain minable dans «Le magnifique», preuve que Belmondo pouvait tout jouer.

Les films Ariane

Plus de 50 ans de carrière, des dizaines de films, dont la grande majorité a été de gros succès populaires. Mais Jean-Paul Belmondo n’a pas été le héros que de divertissantes comédies ou de rebondissants longs-métrages d’action. Il a aussi tourné avec des cinéastes célèbres. Rappelons que c’est Jean-Luc Godard qui l’a révélé dans «À bout de souffle». Retour sur ses rôles les plus marquants.

À sa sortie du Conservatoire, le jeune acteur décroche quelques rôles sur les planches, mais rêve de cinéma. Il joue dans son premier long-métrage en 1957, alors qu’il a 24 ans. C’est une apparition, dans un divertissement gentillet, mais il y côtoie Noël-Noël, Denise Grey ou Darry Cowl. Un autre jeune acteur fait ses débuts avec lui dans «À pied, à cheval et en voiture»: Jean-Pierre Cassel.

En 1958 il tourne sous la direction de Marcel Carné dans «Les tricheurs» et dans deux films de Marc Allégret, «Sois belle et tais-toi» et «Un drôle de dimanche». Dans ce dernier, il croisera un acteur qu’il retrouvera plus tard dans «Le cerveau»: Bourvil.

Dans «Mademoiselle Ange», en 1959, il croise deux des plus belles actrices de l’époque, Romy Schneider et Michèle Mercier, la future Angélique. Cela reste un petit film, alors que dans «À double tour», de Claude Chabrol, il partage la vedette avec Madeleine Robinson et Antonella Lualdi et termine l’année en incarnant tout de même d’Artagnan dans un téléfilm signé Claude Barma.

Il aime les Lausannoises et Genevoises

Mais c’est en 1960 qu’il explose dans «A bout de souffle», premier long-métrage de Jean-Luc Godard. Film dans lequel il dit à Jean Seberg: «Les seules villes où toutes les filles que l’on croise dans la rue sont assez jolies, pas sublimes d’accord, mais comme toi, charmantes, des filles à qui l’on peut mettre, je ne sais pas moi, quinze sur vingt parce qu’elles ont toutes quelque chose, ce n’est ni Rome, ni Paris ni Rio de Janeiro, c’est Lausanne et Genève».

Et depuis là, il enchaîne, avec d’abord «Classe tous risques», de Claude Sautet, avec Lino Ventura, «Moderato Cantabile» avec Jeanne Moreau ou «Les distractions» avec Claude Brasseur. Mais Belmondo ne se contente pas d’être le nouveau jeune premier du cinéma français, il tourne aussi en Italie, avec les plus grandes actrices d’alors, notamment dans «La Ciociara», avec Sophia Loren et «Le mauvais chemin» avec Claudia Cardinale.

Mais son prochain rôle marquant, il le doit à Jean-Pierre Melville, dans «Léon Morin, prêtre», en 1961, où Belmondo est présenté dans la bande-annonce comme l’un des deux plus grands interprètes français, avec Emmanuelle Riva.

C’est un tout autre rôle qu’il endosse en 1962, dans un film qui reste comme l’un des grands classiques de cape et d’épée: «Cartouche» de Philipe de Broca. Il y retrouve d’ailleurs Claudia Cardinale et joue pour la première fois avec son pote du Conservatoire, Jean Rochefort. Indémodable!

Belmondo est déjà une star, deux ans seulement après «À bout de souffle». Et voilà qu’après «Cartouche» il enchaîne avec un film d’un tout autre genre, aux côtés pour la première et unique fois du monstre sacré du cinéma français, Jean Gabin. Un duo d’ivresse époustouflant. C’est «Un singe en hiver», l’un des plus beaux rôles de Belmondo, à notre avis.

En 1963, Belmondo joue avec un autre grand ancien du cinéma français, Charles Vanel, dans «L’aîné des Ferchaux», de Melville, dans lequel il retrouve Michèle Mercier. Mais le film de cette année qui reste en mémoire, c’est une comédie dans laquelle l’acteur ne cesse de courir, sauter, rebondir, signée une nouvelle fois par Philippe de Broca: «L’homme de Rio». Avec pour partenaire la délicieuse et regrettée Françoise Dorléac, sœur de Catherine Deneuve, qui mourra dans un accident de la route quatre ans plus tard.

Cela ne fait que sept ans que Belmondo a fait ses débuts au cinéma, pourtant les classiques s’enchaînent en 1964, dont deux films de Verneuil: «Cent mille dollars au soleil», avec Ventura et «Week-end à Zuydcoote». En 1965, l’acteur retrouve une nouvelle fois Godard dans «Pierrot le fou» puis va rencontrer l’une des femmes de sa vie dans une autre comédie de de Broca, «Les tribulations d’un Chinois en Chine». Comment ne pas craquer devant l’affolante Ursula Andress avec qui il restera pendant sept ans.

Belmondo participe ensuite à quelques grosses productions comme «Paris brûle-t-il» (où il recroise Alain Delon; la première fois, c’était dans l’un de ses premiers films, «Sois belle et tais-toi») puis dans le James Bond loufoque «Casino Royale», aussi avec Ursula Andress.

En 1969, il retrouve Bourvil pour l’un des classiques de la comédie signé Gérard Oury: «Le cerveau», qui sera le film le plus vu en France cette année-là. Belmondo tournera dans trois autres champions du box-office français, «Peur sur la ville» (1975), «L’animal» (1977) et «L’as des as», (1982).

Ils ne s’étaient que croisés, cette fois ils partagent la vedette: les deux stars du cinéma français Alain Delon et Jean-Paul Belmondo sont dans «Borsalino» de Jacques Deray en 1970. Avec la célèbre musique de Claude Bolling. Mais les deux acteurs se brouillent parce que Delon a deux fois son nom sur l’affiche, étant producteur, une histoire qui les mènera au tribunal où Belmondo l’emportera.

«Le casse», «Les mariés de l’an II», «La scoumoune», les années 1970 sont un festival Belmondo, au sommet de sa popularité. Avec encore une merveille de comédie signée de Broca, dans laquelle l’acteur tourne avec l’envoûtante Jacqueline Bisset: «Le magnifique», délicieuse parodie de James Bond.

En 1974, l’accueil critique médiocre de «Stavisky», réalisé par Alain Resnais mais produit par Belmondo serait l’une des raisons pour laquelle l’acteur se serait ensuite cantonné au cinéma de divertissement. Souvent avec succès, comme «Peur sur la ville» en 1975 avec ses cascades spectaculaires.

Polars carrés, comédies et films d’aventures se succèdent jusqu’au milieu des années 1980, de «Flic ou voyou» au «Marginal», en passant par «L’as des as». Le public aime toujours, les critiques nettement moins, reprochant à l’acteur de faire toujours la même chose. Ce qui n’est pas tout faux. Blessé sur le tournage de «Hold-up» d’Alexandre Arcady en 1985, Belmondo arrête de faire ses cascades lui-même. Mais refait un polar «Le solitaire», en 1987, qui fonctionnera moins bien que ses autres films. L’acteur le dira, cela a été le polar de trop, le public et lui-même en avaient marre.

Un César refusé

Retour dès lors l’année suivante au cinéma d’auteur: il tourne sous la direction de Claude Lelouch avec Richard Anconina dans «Itinéraire d’un enfant gâté». Ce qui lui vaut son seul César (meilleur acteur) en 1989. Une récompense qu’il refuse puisque le sculpteur du trophée, César, avait dit du mal de son père, le sculpteur Paul Belmondo.

Pour le même réalisateur, il sera Jean Valjean dans «Les misérables» en 1995. Et Patrice Leconte lui permettra enfin de retrouver Alain Delon dans «Une chance sur deux» en 1998, les deux hommes se disputant cette fois la paternité de Vanessa Paradis, mais pour le bien du film.

En 2000 sort sa dernière comédie signée Philippe de Broca, «Amazone», avec Arielle Dombasle, mais qui n’a pas le brio des précédentes et qui, d’ailleurs, fait un bide. Son AVC en 2001 mettra un terme à la carrière de Belmondo, si l’on excepte «Un homme et son chien» en 2008, film dans lequel il s’efforce de jouer malgré sa paralysie faciale partielle. Le point final mélancolique d’une très belle et unique filmographie. On devrait d’ailleurs dire une «Bébel filmographie», pour lui rendre l’hommage qu’il mérite.

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