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VoileBernard Stamm: «Ce n’est pas normal qu’un bateau se casse en deux»

De la terre ferme, le skipper morgien établi à Brest livre son analyse après l’accident survenu à Kevin Escoffier sur le Vendée Globe. Et salue la solidarité des marins, qui font passer la vie avant le résultat.

par
Renaud Tschoumy
Bernard Stamm, photographié ici en 2017.

Bernard Stamm, photographié ici en 2017.

AFP

Kevin Escoffier a donc été secouru dans la nuit de lundi à mardi par Jean Le Cam, dans les mers du Sud, alors qu’on en était au 23e jour du Vendée Globe. Alors troisième de la course autour du monde en solitaire, Escoffier a littéralement vu son bateau «PRB» se casser en deux. Il n’a eu que le temps d’activer ses balises de détresse avant de sauter dans son radeau de survie et d’attendre l’arrivée providentielle de Le Cam, quatrième, qui a été dérouté par la direction de course.

De la terre ferme, le skipper morgien établi à Brest Bernard Stamm (57 ans) livre son regard de spécialiste. Ce d’autant plus que la même mésaventure lui était arrivée en 2013, alors qu’il était en convoyage après la Transat Jacques Vabre. Frappés par la tempête «Dirk» dans la Manche, son coéquipier Damien Guillou et lui avaient été secourus par un navire norvégien. Leur bateau «Cheminées Poujoulat» s’était également cassé en deux…

Bernard Stamm, comment analysez-vous, depuis la terre ferme, ce qui est arrivée à Kevin Escoffier?

Sans connaître tous les détails de l’accident de Kevin, je me pose des questions quant au fait qu’une nouvelle fois, un bateau se soit cassé en deux. Ce n’est pas normal. Je peux comprendre qu’un voilier démâte, oui, mais pas qu’il se fissure. Il y a un truc qui devrait pouvoir exister pour éviter que la caisse d’un bateau ne se brise. Une nouvelle fois, on s’aperçoit que la mer n’est pas faite pour les êtres humains, mais plutôt pour les baleines…

Que voulez-vous dire par là?

Que la mer sera toujours la plus forte, que c’est elle qui nous tolère, nous, les marins. Si elle décide de ne pas nous laisser passer, on ne passera pas. C’est la loi de la nature, un peu similaire à celle qui prévaut en montagne.

Pourtant, tous les participants du Vendée Globe, dont vous avez pris le départ à deux reprises, sont conscients des dangers qu’ils encourent au moment du départ…

Peut-être, oui, mais on peut aussi se dire que ce genre de casse peut arriver à d’autres marins qui ne sont pas en compétition. C’est pour cette raison que je vous dis que les bateaux ne devraient pas pouvoir se briser. Ils sont conçus par des ingénieurs qui sont à la pointe de la technologie, on devrait donc réussir à prendre plus de marge et à faire en sorte que tout le monde rentre au port. Le problème, c’est qu’on veut aller toujours plus loin. Il n’existe aucun sport qui se développe aussi vite que la voile.

Pas même la Formule 1?

Non, dans la mesure où les avancées technologiques sont faites dans un carcan bien précis en Formule 1. Les bolides n’ont pas le même gain de performance que nos bateaux, ils ne progressent pas de 20% à chaque amélioration. Tenez, il y a 20 ou 25 ans, Bruno Peyron s’était fixé comme objectif de réaliser le tour du monde en 80 jours. Et en 2017, nous avions battu le record en équipage en 40 jours: ce n’était pas du 20% de gain, c’était du 50%!

Pour en revenir au sauvetage de Kevin Escoffier, avez-vous eu peur pour lui?

De la terre, on n’est que spectateur, c’est donc difficile de se faire une idée. Mais quand j’ai appris qu’il avait réussi à sauter dans son radeau de survie et qu’il y avait un peu de monde autour (sic!), je me suis dit que son sauvetage ne tarderait pas. Kevin est un bon marin. S’il a choisi de quitter son bateau, c’est que la situation était très grave et qu’il n’y avait pas d’autre solution.

On sait pourtant que les marins n’aiment pas abandonner leur bateau…

Peut-être, oui. Mais dans ces moments-là, on pense à sa peau, et à rien d’autre. Ce n’est qu’après qu’on réalise qu’on a perdu un bateau.

Un mot sur Jean Le Cam, qui est allé secourir son concurrent direct du moment pour la troisième place?

Il a fait ce qui devait être fait, tout simplement. Aller porter secours à un concurrent, c’est un devoir. Pas seulement en mer, d’ailleurs: non-assistance à personne en danger, c’est un délit sur la terre ferme aussi. Dans ce genre de situations, les millions engagés et le classement ne comptent plus. La vie d’un homme passe avant tout. Heureusement!

Le «PRB» de Kevin Escoffier, ici le jour du départ du Vendée Globe, ne reverra pas le chenal des Sables d’Olonne…

Le «PRB» de Kevin Escoffier, ici le jour du départ du Vendée Globe, ne reverra pas le chenal des Sables d’Olonne…

AFP

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16 commentaires
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Moyenne géométrique

02.12.2020 à 12:09

Etrange son exemple. Pour illustrer que les gains performance en voile sont plus spécatculaire que la Formule 1 (qui "eux" ne font pas +20% à chaque ammélioration), il l'illustre avec un gains de performance de 50% (de 80 jours à 40 jours) ...en 20 ou 25 ans. Soit 2.73% à 3.41% de gain annuel (selon que l'on calcule avec 25 ou 20 ans). On est bien loin des 20% annoncés! Ou alors c'est 20% de gain à chaque amélioration, mais seulement 2 améliorations en 20-25 ans...

stop dons

02.12.2020 à 11:40

Le WWF, sponsor du bateau, a utilisé l'argent des dons pours se faire de la pub, comme toute bonne entreprise commerciale. Stop dons. ( respect pour le skipper et pour ce merveilleux sport à part ça ).

Gymkana

02.12.2020 à 11:18

Alors arrete de naviguer si la mer n est pas faite pour l etre humain mais pour les baleines !