Guerre en Ukraine - Berne compte sur les Suisses pour accueillir des réfugiés

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SuisseBerne compte sur la population pour accueillir des réfugiés d’Ukraine

Dans une interview à la «NZZ am Sonntag», Karin Keller-Sutter explique que la Suisse se prépare d’urgence à l’arrivée massive de réfugiés du pays attaqué par la Russie.

Pour Karin Keller-Sutter, la Suisse a pour tâche de se préparer, quoi qu’il arrive.

Pour Karin Keller-Sutter, la Suisse a pour tâche de se préparer, quoi qu’il arrive.

AFP

Le Conseil fédéral veut accorder le statut de protection aux réfugiés d’Ukraine. Mais pour l’heure, Berne ignore le nombre de réfugiés d’Ukraine qu’il pense accueillir en Suisse, note Karin Keller-Sutter dans une interview à la «NZZ am Sonntag». Lors de sa rencontre avec ses homologues de l’Union européenne (UE), on a estimé que cinq à sept millions de personnes pourraient fuir l’Ukraine - dont 1,3 qui l’ont déjà fait. Dans un premier temps, ils devraient rester dans les pays de l’Est où ils ont de la famille – Hongrie, Roumanie et Pologne, suppose la conseillère fédérale. Mais selon l’évolution de la guerre et avec le temps, ils pourraient se tourner vers d’autres pays. Or, pour l’heure, les pays d’Europe de l’Est ne veulent pas d’une répartition des réfugiés ukrainiens en Europe, telle que proposée par les pays de l’UE et de l’espace Schengen.

Karin Keller-Sutter leader dans la guerre d’Ukraine?

Selon la «SonntagsZeitung», dès le début de la guerre en Ukraine, la seule au Conseil fédéral «à avoir agi immédiatement et à avoir fait preuve d’empathie est la ministre de la Justice Karin Keller-Sutter. En effet, les larmes aux yeux, elle avait évoqué 1956 et l’invasion de la Hongrie par les Russes, et Prague en 1968, lorsque les chars soviétiques y ont écrasé le «socialisme à visage humain», et le fait que la Suisse avait alors généreusement accueilli des réfugiés. De plus, dans le dossier central du Département des affaires étrangères d’Ignazio Cassis, la politique européenne, «les ficelles sont également tirées par Keller-Sutter», note le journal dominical.

Comme Alain Berset pendant la pandémie

Selon la «SonntagsZeitung», si la conseillère fédérale parvient à faire en sorte «que les victimes de guerre échouées d’Ukraine ne soient pas chassées en Suisse sous des prétextes bureaucratiques, «elle pourrait devenir ce qu’Alain Berset a été pendant la pandémie: le leader au sein du Conseil fédéral qui, même s’il est loin d’être toujours parfait, permet à la Suisse de traverser la crise avec succès».

Berne doit se préparer quoi qu’il arrive

Selon la clé de répartition européenne, notre pays pourrait accueillir plusieurs dizaines de milliers de réfugiés d’Ukraine. Sans vouloir spéculer sur les chiffres, la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) explique que la Suisse a pour tâche de se préparer, quoi qu’il arrive. «Le Conseil fédéral a pris la décision de principe d’appliquer le statut de protection afin d’apporter une aide aussi rapide et non bureaucratique que possible», rappelle-t-elle. Et la planification d’urgence avec les cantons s’est accélérée afin d’être prêts pour l’arrivée d’un grand nombre d’Ukrainiens et Ukrainiennes. Or, pour l’heure, la bureaucratie est à la traîne (lire encadré) et le pays pas encore prêt pour mettre à leur disposition des milliers de lits. La Saint-Galloise en appelle d’ailleurs aussi à la population suisse pour un accueil temporaire des réfugiés. D’ailleurs, des milliers de personnes privées se sont déjà annoncées pour un tel accueil, indique le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM), cité par la «SonntagsZeitung».

Accueil de réfugiés encore trop bureaucratique

Comme le rapporte la «SonntagsZeitung» du jour, pour l’heure seuls 330 Ukrainiens ont réussi à arriver jusqu’à nous. Et quelque 200 ont déposé une demande d’asile, selon le Secrétariat d’État aux migrations (SEM). C’est peu au regard des 1,3 million de personnes qui ont déjà fui cette guerre. Et pourtant, il semble que la Suisse soit déjà dépassée par ce nombre, note le journal dominical qui a suivi des familles ukrainiennes qui ont fait l’expérience d’une bureaucratie «débordante et inutile».

Réfugiés envoyés à travers la Suisse

C’est le cas d’une famille de six personnes, dont quatre jeunes enfants, qui ont fui l’Ukraine un jour après le début de la guerre. À leur arrivée à Zurich, mercredi dernier, chez la sœur de la mère de famille – après avoir parcouru cinq jours et 1700 kilomètres à travers l’Europe - ils se sont annoncés au Centre des demandeurs d’asile où ils ont dû passer sept heures dans une salle d’attente à remplir des formulaires. Puis, la famille a été envoyée à 160 km de là, à Boudry (NE) «pour des raisons logistiques». Or là, ils ont rencontré d’autres réfugiés ukrainiens qui ont dû faire le chemin inverse: ils ont été renvoyés à Zurich, également «pour des raisons logistiques».

Interrogé à ce sujet, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a promis de s’améliorer: «Nous prenons désormais des mesures continues pour adapter nos procédures aux circonstances changeantes», a indiqué le SEM à la «SonntagsZeitung».

(ewe)

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