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Votations du 18 maiBerne ne laissera pas l'argent du Gripen à l'armée

Les 800 millions de francs qui auraient dû aller à l'achat des avions de combat Gripen iront à d'autres projets. Le Conseil fédéral a décidé de ne pas laisser ces fonds à l'armée, contrairement aux voeux d'Ueli Maurer.

Lors des votations du 18 mai dernier, les Suisses ont rejeté l'achat des avions Gripen. (Photo d'illustration)

Lors des votations du 18 mai dernier, les Suisses ont rejeté l'achat des avions Gripen. (Photo d'illustration)

Keystone

Le ministre de la défense espérait maintenir le budget annuel de l'armée à 5 milliards de francs, malgré l'échec de l'achat de 22 avions de combat. Mais le gouvernement ne l'entend pas de cette oreille. Pour lui, il n'est pas «possible, à court terme, d'engager pleinement les moyens initialement prévus».

Le plafond budgétaire de l'armée devra donc être réduit jusqu'en 2016 afin d'éviter les soldes de crédits prévisibles. Normalement, 300 millions de francs auraient dû être affectés annuellement à un fonds pour l'acquisition du Gripen censé atteindre un plafond de plus de 3,1 milliards.

Dès lors, 800 millions offriront la possibilité aux autres départements de «faire avancer d'autres projets prioritaires». Le Conseil fédéral n'a pas donné davantage de précisions.

Il n'est pas vrai que 100 millions resteront aux mains du Département de la défense, a précisé son porte-parole Reto Kalbermatten. Les montants annuels ne correspondent pas exactement à 300 millions par an, le calcul n'est donc pas exact. M. Kalbermatten n'a pas voulu chiffrer le montant qui finalement restera.

Co-rapport

Le texte spécifiait que «si le fonds d«acquisition du Gripen n«entre pas en vigueur en 2014, le DDPS pourra, en accord avec le DFF (finances), utiliser le crédit «Apport au fonds d«acquisition du Gripen» pour acquérir du matériel d«armement».

Eveline Widmer-Schlumpf ne semble donc pas avoir fait grand cas des velléités de son collègue UDC. La presse a fait état d'un co-rapport de la ministre des finances rejetant une proposition de compromis du ministre de la défense qui voulait conserver la majeure partie des moyens.

Copie à l'automne

Pour les années après 2016, Ueli Maurer a été prié de présenter le «profil de ses besoins», en même temps que sa réforme de l'armée et ses autres projets d'ici cet automne.

Le ministre de la défense a décidé d'attendre avant de rendre sa copie pour éviter d'essuyer un nouveau refus. Critiquée lors de la consultation, la réforme prévoit une réduction des effectifs de 180'000 à 100'000 militaires. Les écoles de recrue ne seraient plus qu'au nombre de deux par année au lieu de trois et elles seraient raccourcies de 21 à 18 semaines.

Les partis se battent depuis la votation du 18 mai pour savoir que faire du budget de l'armée. Le parti socialiste a exigé encore mardi le retranchement de 300 millions de l'enveloppe du DDPS.

Réactions des partis

Pour le PLR, cette décision est logique; pour le PDC, il s'agit d'une erreur; l'UDC craint que l'armée en sorte affaiblie tandis que le PS est ravi.

Le PDC est d'avis que «c'est une erreur de priver l'armée de moyens», a réagi à brûle-pourpoint le président de ce parti, Christophe Darbellay. Il a qualifié cette décision de «concession faite à la gauche».

«Le budget alloué à l'armée n'a jamais été aussi bas. De plus, pendant la campagne, les lacunes sécuritaires aériennes ont été pointées du doigt, aussi par la gauche», a-t-il poursuivi en rappelant le détournement d'avion à Genève.

«Ueli Maurer ne pouvait pas décider seul d'affecter l'argent destiné à l'achat des Gripen à l'achat de chars par exemple», a relevé pour sa part Isabelle Moret, vice-présidente du PLR. «Il me semble normal que le Conseil fédéral, puis le Parlement décident de l'affectation de ce fonds.»

La Vaudoise n'exclut pas qu'une partie pourrait revenir à l'armée, à l'issue des débats. «Mais d'autres projets pourraient aussi avoir besoin de cet argent», a-t-elle analysé.

A l'UDC, le conseiller national vaudois Guy Parmelin se dit surpris de «cette décision qui ne dit rien de l'affection de ces 800 millions de francs». Il s'attend désormais à «un grand marchandage politique où chacune va vouloir obtenir ce montant». L'armée, qui a «des carences», risque d'être «le dindon de la farce», selon lui.

«C'est une très bonne nouvelle», a réagi de son côté le PS par la bouche de son porte-parole Gaël Bourgeois. «Tant que les missions de l'armée ne sont pas redéfinies, on ne sait pas de quel matériel elle aura besoin», a-t-il relevé. «A quoi servent 5 milliards de francs si on ne sait pas à quels buts les affecter?», s'est-il interrogé.

(ats)

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