Ski alpin: Besse: «Un ski qui passe en dessous de l'autre, c'est rare»
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Ski alpinBesse: «Un ski qui passe en dessous de l'autre, c'est rare»

L'ancien descendeur William Besse analyse la terrible cabriole de Marc Gisin à Val Gardena.

par
Renaud Tschoumy
William Besse s'était imposé à Val Gardena en 1993, il y a tout juste 25 ans.

William Besse s'était imposé à Val Gardena en 1993, il y a tout juste 25 ans.

Keystone

La chute de Marc Gisin, samedi lors de la descente Val Gardena, a fait froid dans le dos à tous ceux qui l'ont vue en direct à la télévision. Parmi ceux-ci, l'ancien descendeur William Besse (aujourd'hui 50 ans). Le skieur de Bruson, qui compte quatre victoires en Coupe du monde à son actif - dont Val Gardena en 1993, il y a tout juste 25 ans -, livre ses impressions sur les raisons qui ont pu conduire à cette terrible envolée de l'Obwaldien.

William Besse, cette chute de Marc Gisin...

Terrible! Heureusement, les nouvelles semblent plutôt rassurantes.

A quoi est-elle due selon vous?

Si l'on regarde bien les images au ralenti, on a l'impression qu'après avoir amorti un mouvement de terrain, le poids de son corps bascule sur le ski intérieur. La pression change de ski, et l'extérieur semble prendre une fausse trace avant de passer sous l'intérieur. En course, il arrive souvent que les skis se touchent, mais que l'un passe en dessous de l'autre, c'est hyper-rare. A cette vitesse-là, c'est comme si tu te chopes un caillou.

Et en plus, ce coup du sort survient juste avant le saut qui précède les «bosses du chameau». Le commentateur d'Eurosport a dit en direct que, s'il y a un endroit où il ne faut pas tomber sur la Saslong, c'est bien celui-là. C'est aussi votre avis?

Tout à fait. Marc a doublement la poisse. D'abord, il se plante juste avant un saut de 50 à 60 mètres qu'on prend à plus de 100 km/h. Ensuite, il y a une deuxième bosse juste après, sur laquelle il rebondit. Le 99% des fois, rien ne se passe. Mais là, il a fallu qu'un ski passe sous l'autre... Il y a une part de fatalité, c'est sûr.

Cette chute a relancé le débat sur le port de l'airbag, puisque Marc Gisin n'en avait pas...

Mais je peux comprendre les athlètes qui ne souhaitent pas en porter. J'étais encore en activité quand les premières protections dorsales sont arrivées. Je n'étais pas à l'aise, je ne ressentais plus mon corps de la même manière et j'ai vraiment eu de la peine à m'adapter. L'airbag, ça doit être un peu la même chose. À ce niveau-là, c'est tellement précis, tu es tellement dans le détail, que si en plus tu n'es pas à l'aise, cela ne va pas la faire. Donc je comprends qu'on puisse ne pas vouloir mettre d'airbag.

Même chez les descendeurs, qui prennent forcément plus de risques que des slalomeurs?

Oui. Les descendeurs, on sait ce que c'est. Il y a la vitesse, les mouvements de terrain, les sauts, et quand on tombe, on ne s'arrête pas en quelques mètres. Mais d'un autre côté, personne ne nous met le pistolet sur la tempe pour nous forcer à descendre une piste tout droit et le plus vite possible. Aussi dramatiques soient-elles, les chutes appartiennent aux risques de notre métier. Il faut donc accepter que cela puisse vous arriver à vous aussi, et pas seulement aux autres.

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