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FootballBielsa et les Coupes, une histoire contrariée

Excepté Bilbao en 2012, les équipes d’«El Loco» n’ont jamais fait long feu dans les Coupes nationales. De quoi craindre pour Leeds face à Crawley Town, ce dimanche (14h30).

par
Brice Cheneval
Marcelo Bielsa est habitué aux expériences malheureuses en Coupe.

Marcelo Bielsa est habitué aux expériences malheureuses en Coupe.

AFP

On le sait depuis le temps, Marcelo Bielsa est un être déroutant. Capable, pêle-mêle, de démissionner dans la foulée du premier match de la saison (à l’OM) ou deux jours après la signature de son contrat (à la Lazio Rome), de dévoiler de précieuses données aux journalistes pour se justifier d’avoir espionné un adversaire (à Leeds) et d’ordonner à ses joueurs d’inscrire un but contre leur camp après en avoir marqué un de manière litigieuse (à Leeds toujours).

«El Loco» présente aussi un curieux paradoxe: ses équipes, dont l’ADN semble parfaitement se marier à l’esprit des compétitions à élimination directe (imprévisibilité, dépassement de soi, collectif sublimé), se trouvent incapables de briller en Coupe.

Dans toute sa carrière européenne, entre Bilbao, Marseille, Lille et Leeds, Bielsa a participé à dix campagnes de Coupe. Bilan: six éliminations dès l’entrée en lice et deux au deuxième tour. Pour le reste, il a qualifié Lille lors du premier match de Coupe de France en 2015, avant d’être démis de ses fonctions.

Seule exception à ce triste tableau, son Athletic Bilbao de 2012, qui s’était hissé en finale de la Coupe du Roi face au Barça de Pep Guardiola, avec une nette défaite au bout (0-3). Un parcours qui paraît bien lointain au vu des désillusions auxquelles l’entraîneur argentin a habitué ses supporters, depuis.

Davantage que les résultats, ce sont les performances qui étonnent. Les équipes de Bielsa se montrent aussi pétillantes et entreprenantes en championnat qu’atones et sans solution en Coupe.

Revers de la méthode

La clé de ce problème réside probablement dans les compositions. «El Loco» n’est pas un adepte du turnover. Soucieux d’obtenir le meilleur résultat à chaque match, il aligne, dans la mesure du possible, les joueurs qu’il considère les plus à même de remplir cet objectif. «Il assume de ne pas avoir de plan B car pour lui, cette notion signifie ne pas croire totalement en son équipe», résume le journaliste Christophe Kuchly, observateur attentif de l’Argentin.

Durant les fêtes, période éprouvante où les entraîneurs préservent au maximum leurs protégés, Leeds s’est présenté avec le même onze titulaire face à Burnley, West Bromwich et Tottenham, en l’espace d’une semaine.

Les matches de Coupe font ainsi figure d'exception puisqu’il s’agit des rares instants où Bielsa accorde du répit à ses cadres. Mais, privés d’un temps de jeu conséquent, les remplaçants se retrouvent en manque de repères. D’où des prestations brouillonnes. «Le jeu de Bielsa est assez répétitif, il s’appuie sur des automatismes travaillés à l’entraînement, constate Christophe Kuchly. Du coup, quand tu es joueur et que tu découvres la moitié de tes partenaires sur un match, cela pose problème. Par conséquent, tu te retrouves avec une équipe qui se repose davantage sur ses individualités alors qu’en temps normal, elle brille par son collectif.»

«Les équipes de Bielsa sont prévisibles car on sait les joueurs sur lesquels il s’appuie. Les adversaires savent donc assez vite comment les faire déjouer»

Christophe Kuchly, journaliste spécialiste de la tactique

Autre souci inhérent à la méthode: quels que soient les titulaires, consignes et circuits de jeu restent les mêmes. Or, la réussite de ses formations s’appuie sur des joueurs et profils clairement identifiés - notamment le gardien, la sentinelle, le meneur et l’attaquant de pointe. Leurs suppléants n’ont donc d’autre choix que de se mettre au même niveau, un pari qui échoue régulièrement. «Certains postes sont plus difficiles à remplacer, corrobore Christophe Kuchly. Les équipes de Bielsa sont prévisibles car on sait les joueurs sur lesquels il s’appuie. Les adversaires savent donc assez vite comment les faire déjouer.»

Un passé compliqué avec les «petits»

D’autre part, les joueurs paient sûrement l’exigence démesurée de leur entraîneur. «Il en demande tellement au quotidien que son équipe ne semble pas pouvoir donner ce supplément en Coupe, quand les adversaires arrivent préparés et prêts à jouer le match de leur vie», théorise notre interlocuteur.

Le déplacement de ce dimanche à Crawley Town, modeste pensionnaire de quatrième division, semble pouvoir réconcilier Bielsa avec la Coupe. Mais ses expériences passées face aux «petit ne sont pas de nature à rassurer. En 2012, Bilbao avait baissé pavillon devant Eibar (D3), tandis que Marseille a sombré en 2015 contre Grenoble (D4). Dernier échec en date cette saison, avec l’élimination en Coupe de la League par Hull City (D3).

Mais Marcelo Bielsa n’est jamais là où on l’attend. Son match de Coupe le plus abouti est probablement celui face à Arsenal l’année dernière, en FA Cup. Alors en Championship, les Peacocks s’étaient plus que défendus à l’Emirates Stadium, s’inclinant d’un rien (0-1). Leeds est donc peut-être à l’orée d’une épopée, allez savoir...

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