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OriginalBienne tient son Wimbledon

Le vieux stade de football de la Gurzelen revit sous une forme alternative: un terrain de tennis sur gazon est aménagé à côté d’un champ de patates.

par
Vincent Donzé
Jouer sur gazon, c’est impossible en Suisse, sauf sur des courts privés. Matthias Rutishauser, coordinateur du projet «Tennis Champagne»

Jouer sur gazon, c’est impossible en Suisse, sauf sur des courts privés. Matthias Rutishauser, coordinateur du projet «Tennis Champagne»

Laurent Crottet

Deux courts de tennis façon Wimbledon, c’est le projet totalement débridé qui se concrétise à Bienne, sur l’ancien terrain de football de la Gurzelen, abandonné au profit de la Tissot Arena et voué à la démolition. Mais pas question, ici, de recycler le gazon du football: celui du tennis a d’autres critères, chic et très cher. «La terre battue, c’est trop banal, mais le gazon, c’est délicat à l’entretien, avec la mousse, les champignons, les corbeaux, les inondations…» sourit Matthias Rutishauser, coordinateur du projet. Première opération réalisée la semaine dernière: découper 40 m2 de pelouse, niveler le terrain et y déverser 40 tonnes de sable volcanique. Les racines de l’ancien gazon s’y imbriqueront.

L’aménagement de la surface a coûté 17 000 francs. L’entretien aura son coût et la pérennité du projet dépendra des donations. La nouvelle vie du stade de la Gurzelen n’est pas assurée au-delà de trois ans, le terrain étant promis à un projet résidentiel.

L’utopie devenue réalité

Le projet s’appelle «Tennis Champagne», du nom du quartier. Matthias Rutishauser est sûr de son coup. La preuve? Il s’est procuré 350 bouteilles de champagne en prévision du tournoi d’ouverture prévu cet automne! Si le champagne sied bien au microcosme huppé du tennis, c’est toutefois un pied de nez: les deux courts sont promis aux démunis et aux immigrés, pour qui «adhérer à un club peut constituer un obstacle», selon les propos tenus en février par Matthias Rutishauser, joueur amateur.

À côté d’un champ de patates, le terrain de tennis est un luxe budgétisé à 35 000 francs. Personne n’y croyait, sauf l’initiateur du projet, Harald Strub, star locale en catégorie senior, qui prévoyait un tournoi exhibition du 5 au 9 juillet…

C’était un brin optimiste, mais Matthias Rutishauser a su transformer l’utopie en réalité en démarchant sponsors et donateurs par le biais d’un financement participatif. L’infrastructure est déjà là. Un car d’une clique de carnaval servira de club house! Si la météo répond présent, les deux courts seront prêts dans un mois. «Jouer sur gazon, c’est impossible en Suisse, sauf sur des courts privés et sélects», insiste Matthias Rutishauser. À Bienne, celui qui viendra avec sa raquette aura la possibilité de jouer sans bourse délier. Des cours gratuits pour débutants sont même envisagés.

Établi à Bienne, Swiss Tennis – l’association nationale faîtière – louche sur cette réalisation permettant un entraînement sur gazon. Sponsor de Roger Federer, avec des ateliers sis à Bienne, Rolex ne s’est pas encore manifesté…

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