Vols de ligne: Bientôt plus de copilote dans l'avion?
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Vols de ligneBientôt plus de copilote dans l'avion?

D’ici peu, le commandant pourrait être seul dans le cockpit. C’est faisable technologiquement. Reste à voir quand les compagnies suivront.

par
Pascale Bieri
Supprimer le copilote au profit de la seule technologie sera difficile à faire avaler aux passagers.

Supprimer le copilote au profit de la seule technologie sera difficile à faire avaler aux passagers.

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Alors que l’heure des grandes vacances approche, les propos tenus tout récemment par un des grands acteurs du monde aéronautique, Patrice Caine, font froid dans le dos.

Le PDG de Thales, multinationale spécialisée dans l’électronique aérospatiale, et notamment la conception d’équipements pour les cabines de pilotage, assure en effet que d’ici peu – deux à trois ans, selon lui –, il pourrait n’y avoir plus qu’un seul commandant à bord des vols de ligne. Autrement dit, sans copilote pour assister le chef à bord ou, pire, prendre le relais en cas de malaise ou de défaillance.

«On en est à des échanges de solutions techniques, de stimulation. L’échéance de 2020-2022 n’est pas irréaliste dès lors que l’on y met l’énergie et les moyens», dit Patrice Caine.

Cela étant, l’idée de supprimer les copilotes était déjà dans l’air. Le patron de Ryanair (la compagnie irlandaise) l’avait lancée en 2010, en assurant que les copilotes n’étaient plus vraiment indispensables dans les avions modernes, car «c’est l’ordinateur qui fait presque tout le travail». Et, en 2011, Clayton Jones, PDG de l’équipementier Rockwell, affirmait de son côté que les technologies de communication et du guidage par satellite allaient sonner le glas du pilotage à deux.

Vraiment? Peut-on sans autre se passer d’un numéro deux dans un vol commercial? En tout cas, toujours selon Patrice Caine, ce qu’il appelle la «révolution du single pilot operation» aurait le vent en poupe auprès de grands avionneurs, tel qu’Airbus. Et le mouvement semblerait s’accélérer.

Alors, est-on à deux marches de devoir monter dans des engins où l’humain s’effacerait au profit de la machine? Porte-parole d’Aeropers – le syndicat suisse des pilotes –, Marc Vionnet n’y croit pas: «Sur un plan purement technologique, il n’y a aucun doute qu’on puisse concevoir un jour des avions de ligne ne nécessitant qu’un seul pilote à bord. En revanche, une telle évolution n’est pas pour demain, ni pour dans cinq ans car, sur le plan de la légalité et de la sécurité, c’est autre chose!»

Car le copilote n’a rien d’un faire-valoir. S’il est sous les ordres du commandant, il a les mêmes compétences que lui, en termes de pilotage. Et peut, en tout temps, prendre le relais. «Les machines sont plus fiables que l’humain. Mais en cas de défaillance, ou d’imprévu, seul l’humain est capable d’intervenir, poursuit Marc Vionnet, en ajoutant: «S’il n’y a pas eu de graves catastrophes aériennes dans l’aviation civile en 2017, c’est parce qu’on a amélioré la gestion à l’intérieur du cockpit. Il n’y a pas eu de nouvelles révolutions technologiques. Et comme on n’est pas non plus à l’abri d’une défaillance humaine, c’est uniquement en doublant le personnel dans le cockpit qu’on peut garantir la sécurité.»

Passagers pas prêts

Même s’il est envisageable d’assurer un contrôle au sol, comme avec un drone. «La différence, c’est qu’il n’y a pas 200 personnes à bord d’un drone! Psychologiquement, je ne pense pas que les gens soient prêts à monter dans des engins téléguidés… Et à ma connaissance, ce n’est pas à l’ordre du jour, pour les compagnies.»

Pour sa part, Meike Fuhlrott, porte-parole de Swiss, confie: «Nous observons bien sûr l’évolution. Aujourd’hui, cependant, les vols avec un seul pilote ne sont pas d’actualité chez nous.» Quant au big boss de Ryanair, il n’a pas encore réussi à concrétiser un tel projet. Mais jusqu’à quand?

Plus d’ordinateur à bord!

Si vous vous envolez pour les États-Unis, cet été, ce ne sera pas (encore) sans copilote dans le cockpit, mais sûrement sans votre ordinateur ou tablette en cabine. À moins qu’aujourd’hui, à Bruxelles, représentants américains et européens parviennent à s’entendre pour bloquer cette décision, tout écran «plus grand qu’un smartphone» sera interdit à bord des vols à destination des États-Unis.

La décision, annoncée la semaine dernière par l’administration trumpienne, n’est toutefois pas totalement inédite. Elle s’applique déjà pour les passagers de et en provenance de huit pays (Turquie, Égypte, Koweït, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Maroc, Qatar et Jordanie). Une précaution présentée comme nécessaire pour faire face aux menaces de l’État islamique.

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