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ReportageBienvenue au «bordoll», où l'amour se fait avec des femmes en plastique

Les robots sexuels sont pour demain, mais déjà, une maison close a ouvert en Allemagne avec des prostituées artificielles. À quoi tient le succès de ces «sexdolls»? Notre journaliste a tenté l'expérience.

par
Frédéric Vormus
Les poupées sont louées 50 euros la demi-heure et 80 euros l'heure. Elles attendent que les clients les transportent dans les chambres.

Les poupées sont louées 50 euros la demi-heure et 80 euros l'heure. Elles attendent que les clients les transportent dans les chambres.

Michael Englert/LMD

J'ai parcouru 800 kilomètres pour rejoindre une poupée. La mienne s'appelle Naomi. Le genre pour lequel on passe huit heures dans un train: métisse, une chevelure brune ondulée, une bouche pulpeuse, des yeux noisette, 1 mètre 60, des proportions à faire pâlir d'envie un mannequin de Victoria's Secret. Durant le trajet entre Lausanne et Dortmund, où elle se trouve, je regarde quelques photos. Sur l'une d'elles, Naomi a le regard vague. Absente, elle fait la moue. Ses cheveux sont attachés. Ses boucles d'oreilles créoles et le châle à gros pois blancs posé sur ses épaules surlignent son érotisme exotique. Plus explicites, les autres images sont trop vulgaires. Je n'arrive pourtant pas à me réjouir. Je ne suis même pas très sûr de vouloir la rencontrer.

Je ne connais de Naomi que ces trois photos. Je n'en saurai d'ailleurs jamais plus. Elle ne pourra pas me raconter d'où elle vient, ce qu'elle aime, à quoi elle pense le soir en s'endormant: les poupées rêvent-elles de moutons en latex?

Naomi est l'une des quinze sexdolls du premier bordel d'Allemagne sans femmes, du premier claque de prostituées en plastiques, de proplastituées. Evelyne Schwartz a lancé Bordoll en octobre. Maîtresse dominatrice, elle avait de la peine à recruter du personnel pour sa maison close. Dans le SM, la maîtrise de la langue est essentielle. Elle s'est alors tournée vers ces figurines muettes. Bordoll se trouve au fond d'une impasse, dans une banlieue de Dortmund, où la petite industrie côtoie la maisonnette de la classe moyenne. Dans cette région, la grise Ruhr, l'usine n'est jamais loin des habitations.

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