25.09.2017 à 04:32

Bilinguisme exigé sur l'autoroute

Colère

Les panneaux d’un tronçon national bientôt ouvert font de Bienne une ville alémanique, au motif qu’une traduction alourdirait la lecture. Francophones lésés.

par
Vincent Donzé
Secrétaire général du Conseil des affaires francophones, David Gaffino veut pouvoir lire «Bienne-Est».

Secrétaire général du Conseil des affaires francophones, David Gaffino veut pouvoir lire «Bienne-Est».

Laurent Crottet/LMS

Un panneau autoroutier marqué «Biel-Ost» et omettant «Bienne-Est», c’est la faute de goût commise par l’Office fédéral des routes (OFROU). Une faute de goût? Un crime de lèse-majesté. «Bienne est la seule ville du pays dont le nom est officiellement bilingue: Biel-Bienne», gronde David Gaffino, secrétaire général du Conseil des affaires francophones (CAF).

Des omissions, il y en a à la pelle: un panneau indique «Bözingenfeld», mais pas «Champs-de-Boujean»; un autre mentionne «Brüggmoos», mais par «Marais-de-Brügg». Pourquoi ne pas signaler les échangeurs pour les partisans de Goethe et Molière? «Des panneaux en deux langues demandent davantage de concentration de la part des automobilistes», a expliqué l’OFROU au Journal du Jura.

Ce qui parle en faveur de l’allemand, c’est la sécurité. «Nous privilégions des écrits courts et lisibles pour éviter les baisses d’attention». «Biel-Ost Bienne-Est», c’est trop long. «Ah bon? Moi j’ai vu «Schaffhausen Schweizersbild» à l’autre bout du pays. Ça attire moins l’attention?» s’interroge David Gaffino.

Le français absent de l’autoroute, pour lui, c’est grave. «On donne l’impression que la Romandie s’arrête aux portes de Bienne, ce qui est faux», s’insurge le secrétaire du CAF. Présidente du Forum du bilinguisme, Virginie Borel n’est pas moins remontée. «Il n’y a pas Biel d’un côté de la ville et Bienne de l’autre: il y a Biel-Bienne!»

C’est légal, circulez!

L’OFROU maintient que sa signalisation est «conforme à la législation», mais David Gaffino réplique en pointant l’ordonnance sur la circulation routière: «Les deux langues doivent figurer sur un panneau dans la mesure où la minorité linguistique représente au moins 30% des habitants». À Bienne, 42% de la population et francophone. Maintenant que le mal est fait, les panneaux ne seront pas changés sur le tronçon déjà construit; l’appellation affichée est aussi celle utilisé par les secours: policiers, pompiers, ambulanciers. L’attention se porte désormais sur le contournement Ouest, contesté samedi par 3500 manifestants.

Y aura-t-il une autre réflexion? «Je ne peux a priori pas répondre à cette question», indique Olivier Floc’hic, porte-parole de l’OFROU. Mais il y aura à coup sûr une sortie «Bienne Centre». À condition que le projet survive à la manifestation de samedi et à 650 oppositions... «traitées uniquement en allemand jusqu’à notre intervention», relève Virginie Borel.

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