Publié

CocasseBillets CFF moins chers à l'étranger

Acheter son billet de train suisse sur le site de la SNCF ou de son homologue allemand permet d’économiser 10 à 15% du prix. Cela en raison du taux de change.

par
Anne-Florence Pasquier
Pour économiser sur son billet de train, il faut jeter un œil sur les sites des compagnies étrangères, ou sur les offres dégriffées.

Pour économiser sur son billet de train, il faut jeter un œil sur les sites des compagnies étrangères, ou sur les offres dégriffées.

Keystone

Voyager futé, c’est prendre son billet de train suisse… à l’étranger. Avec le taux de change et la force du franc, acheter un billet de train reliant deux gares suisses sur le site Web de compagnies européennes revient moins cher que de l’acheter chez les CFF. Comme l’a détaillé Blick, sur un aller-retour Saint-Gall - Genève, 2e classe, il en coûte 212 fr. en Suisse alors que sur la SNCF ou la DB, le prix est de 189 fr., soit une économie de 23 francs.

Aubaine passagère

Mais l’aubaine risque bien de n’être que passagère. Selon Monsieur Prix, Stefan Meierhans, «les entreprises françaises ou allemandes n’ont pas encore adapté leur tarif au taux de change. Combien de temps cela va durer, je ne sais pas. C’est un problème systémique», reconnaît-il. Selon lui, ce serait donc aux compagnies étrangères d’augmenter leur prix et non pas aux CFF de s’adapter, car les coûts, eux, restent suisses. En attendant, ceux qui auront compris la combine peuvent se réjouir. Andrea Eggli, présidente de l’association citoyenne pour la défense des usagers des transports publics doute toutefois que tous les consommateurs vont se précipiter. «Cette situation n’est pas normale. Mais je défends aussi le service public: si ce gain est bon pour le consommateur, il ne l’est pas pour l’usager, car s’il veut une offre de qualité il doit y mettre le prix.» Pour elle, c’est aux CFF de trouver une solution adéquate.

Billets dégriffés mal connus

Reste qu’acheter un billet CFF à l’étranger n’est pas illégal. Mieux, l’ex-régie n’est pas prétéritée. Frédéric Revaz, porte-parole, assure que «les CFF sont payés pour leurs prestations». Mais il tient à relever que les billets les moins chers ne s’achètent selon lui pas à l’étranger. «Nos clients ont la possibilité d’acheter des billets dégriffés, bien moins chers que les prix des compagnies étrangères. C’est un bon plan que ne connaissent pas tous les voyageurs», concède-t-il. Une solution qui peut faire gagner jusqu’à 50%, encore faut-il que des places soient disponibles.

L'EDITO

A ce jeu-là, il en devient légitime de tricher

Il y a de quoi se sentir lésé. Surtout si on fait partie de la catégorie dite des «gens honnêtes». De ces consommateurs responsables qui sont prêts à payer de leur poche ce que le rail suisse mérite: un juste prix pour son efficacité et sa densité. De ceux aussi qui s’ébahissent à chaque voyage en train surplombant Lavaux. De ceux qui se disent que cette vue imprenable vaut bien le prix que l’on paie, même s’il est un peu cher.

Alors forcément, quand on apprend que sur ce même trajet, des petits malins ont flairé la bonne combine et paient moins en achetant leur billet suisse sur le site français de la SNCF, la vue est un peu gâchée. Du coup, on se dit qu’on va arrêter de jouer le brave usager et faire place à l’Homo œconomicus qui sommeille en nous. Penser opportunité.

Car c’est bien un problème économique. Les fluctuations des taux de change font voyager l’usager dans un vrai brouillard. Et l’opacité qui règne autour des tarifs européens ou suisses grignote assurément le portefeuille des voyageurs. Ces écarts de prix ne devraient pas subsister longtemps. L’on aurait tort toutefois de penser que les CFF baisseront leurs tarifs. Les entreprises étrangères vont gonfler leurs prix pour coller au franc fort.

En attendant, il est légitime de vouloir en profiter. D’autant qu’au final les CFF n’enregistrent pas de manque à gagner. Pas de risque donc de vider les caisses de l’ex-régie ni de mettre à mal son réseau, le plus dense d’Europe. Pas de quoi se culpabiliser non plus sur le plan moral. En la matière, les CFF n’ont de leçon à donner à personne. On apprenait il y a peu qu’ils gardent pour eux l’argent trouvé dans les trains et les gares. Charité bien ordonnée…

ANNE-FLORENCE PASQUIER, Journaliste

Votre opinion