Pesticides - Bio Suisse: la demi-gaffe de Bernard Rappaz
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PesticidesBio Suisse: la demi-gaffe de Bernard Rappaz

Le chanvrier valaisan a dénoncé BioSuisse dans une tribune pour son refus des initiatives contre les pesticides. En réalité BioSuisse soutient celle pour l’interdiction des pesticides, mais pas celle sur la protection des eaux.

par
Eric Felley
Le chanvrier a eu des mots sévères contre ses anciens collèges de Bio Suisse.

Le chanvrier a eu des mots sévères contre ses anciens collèges de Bio Suisse.

DR/FB

«Sachant que la chimie se révèle très toxique également à dose homéopathique, il n’y a pas de demi-mesures, ni de compromis possible: nous devons voter oui aux deux initiatives environnementales le 13 juin. Or Bio Suisse, dont j’étais un membre actif fondateur, recommande de voter deux fois non. Pincez-moi, je cauchemarde». Pionnier de l’agriculture biologique en Suisse à la fin des années 70, le chanvrier valaisan Bernard Rappaz a publié une tribune dans «Le Nouvelliste» de lundi, qui n’est pas passée inaperçue.

Le cultivateur valaisan regrette que ces amis bios fassent preuve de vénalité: «En fait leur seule motivation est l’argent, car ils craignent que les prix des produits bios baissent avec un oui à ces initiatives». Sur sa page Facebook, certaines réactions lui font observer que BioSuisse en soutient une, celle sur l’interdiction des pesticides de synthèse, mais pas celle sur la protection des eaux, qui n’interdit pas formellement les pesticides de synthèse.

Deux initiatives similaires créent de la confusion

Porte-parole de l’initiative pour l’interdiction des pesticides de synthèse, Natalie Favre, avait remarqué ce courrier, mais n’en tient pas rigueur au chanvrier: «On ne va pas écrire une lettre de lecteur sur une lettre de lecteur… Mais cela illustre la difficulté de cette campagne, où l’on a deux initiatives citoyennes, qui demandent un changement des pratiques pour protéger la santé de la population, et que nos opposants ont tout fait pour amalgamer afin de les faire couler. Cela crée de la confusion et pas mal de malentendus. Les opposants peuvent s’offrir des pages entières dans les journaux avec de la propagande. De notre côté nous n’avons pas les mêmes moyens. L’initiative sur les pesticides compte sur le soutien de BioSuisse, de Demeter et de l’association des petits paysans. Il manque une information équilibrée».

La Suisse, pays bio, serait un formidable atout pour le tourisme

Bernard Rappaz, cultivateur

Bernard Rappaz reconnaît son erreur: «J’ai écrit surtout par rapport aux paysans que je croise en Valais et qui affichent des messages «deux fois non» aux initiatives». il constate que parmi les paysans bios dans le canton, un nombre important y est opposé: «Cela devient une guerre fratricide, les gens n’osent plus s’exprimer», regrette-t-il. Selon lui, il n’y a que les «purs et les irréductibles» qui vont voter deux fois oui: «Les autres se laissent influencer par la force des agriculteurs conventionnels. Comme je le dis dans ma tribune, ils ont peur que les prix baissent. Mais ces initiatives représentent un enjeu bien plus grand. La Suisse, pays bio, serait un formidable atout pour le tourisme. On y viendra de toute façon… Mais c’est dommage que l’on doive passer par tous ces scandales sur la pollution des eaux face à une agrochimie, qui a tous les pouvoirs pour faire valider ses produits».

Après bientôt 50 ans de lutte, Bernard Rappaz est intarissable sur le sujet, où il craint une fois encore que «les idéalistes qui lancent des initiatives n’ont pas ensuite les moyens financiers pour contrer leurs adversaires disposant de moyens quasi-illimités pour faire campagne contre».

Deux initiatives, deux états d’esprit

«L’initiative visant à l’interdiction des pesticides» demande:

  • L’utilisation de tout pesticide de synthèse dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire est interdite.

  • L’importation à des fins commerciales de denrées alimentaires contenant des pesticides de synthèse ou pour la production desquelles des pesticides de synthèse ont été utilisés est interdite.

  • Délai d’application: 10 ans pour repenser le système agricole et alimentaire et pour adapter la législation pertinente. En même temps la recherche peut développer une agriculture qui prend davantage en compte la biodiversité et la santé.

«L’initiative pour une eau portable propre et une alimentation saine» demande:

  • Les paysans ne peuvent toucher des paiements directs (subventions) que s’ils apportent la preuve qu’ils satisfont à des exigences de caractère écologique, qui comprennent la préservation de la biodiversité, une production sans pesticides et des effectifs d’animaux pouvant être nourris avec le fourrage produit dans l’exploitation.

  • Ceux qui ne satisfont pas à ces critères ne toucheront plus de paiements directs, mais pourront continuer de produire à leur façon.

  • Elle exclut aussi des paiements directs les exploitations agricoles qui administrent des antibiotiques à titre prophylactique aux animaux qu’elles détiennent ou dont le système de production requiert l’administration régulière d’antibiotiques.

  • Délai d’application: 8 ans.

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