Festival: Black Movie fête ses 20 ans en grande pompe
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FestivalBlack Movie fête ses 20 ans en grande pompe

Pour cette édition anniversaire, le festival le plus éclectique de Suisse se lâche, entre films très attendus, fêtes endiablées et projections virtuelles.

par
Christophe Pinol
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«Your Face», dernier Tsai Ming-liang. La figure de proue du cinéma taïwanais filme ici une succession de portraits intimes en gros plan, sublimés par la musique du talentueux Ryuichi Sakamoto.

«Your Face», dernier Tsai Ming-liang. La figure de proue du cinéma taïwanais filme ici une succession de portraits intimes en gros plan, sublimés par la musique du talentueux Ryuichi Sakamoto.

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«Grass», , variation inventive sur le pouvoir de création.

«Grass», , variation inventive sur le pouvoir de création.

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«Dare to Stop us», , biopic consacré au sulfureux réalisateur Koji Wakamatsu, un mini hommage à ce trublion des 70's, qui tournait des films érotiques très politisés.

«Dare to Stop us», , biopic consacré au sulfureux réalisateur Koji Wakamatsu, un mini hommage à ce trublion des 70's, qui tournait des films érotiques très politisés.

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On dit que 20 ans, c’est le plus bel âge de la vie… Entre moments d’insouciance et épanouissement. Question insouciance, c’est tout le mal que l’on souhaite à la nouvelle édition du Black Movie, qui prendra place à Genève du 18 au 27 janvier. Depuis deux décennies, le festival défriche le meilleur du cinéma indépendant, amenant sur les écrans du bout du lac des films passés sous le radar des distributeurs, et son épanouissement n’est plus à prouver.

Cette XXe édition va donc nous permettre de faire le plein de cinéma avec une programmation riche de 106 films issus de Chine, de Russie, des Philippines, du Mexique, du Brésil, d’Argentine ou encore du Japon. On pourra notamment cette année compter sur pas moins de deux films du stakhanoviste Hong Sangsoo. Le sud-coréen qui filme plus vite que son ombre, grand habitué du festival, sera de retour avec «Grass», variation inventive sur le pouvoir de création, et «Hotel by the River», joli conte hivernal romantique. On y verra aussi «Your Face», le dernier Tsai Ming-liang. La figure de proue du cinéma taïwanais filme ici une succession de portraits intimes en gros plan, sublimés par la musique du talentueux Ryuichi Sakamoto.

Notons aussi, autour de «Dare to Stop us», biopic consacré au sulfureux réalisateur Koji Wakamatsu, un mini hommage à ce trublion des 70’s, qui tournait des films érotiques très politisés; ou encore le documentaire de 8 heures, «Les âmes mortes», où l’immense Wang Bing délivre le témoignage des rescapés d’un camp de rééducation chinois. «Mais on n’en oublie pas pour autant les films populaires, précise Maria Watzlawick, co-directrice du festival avec Kate Reidy. Prenez «A Taxi Driver», énorme succès en Corée du Sud: interprété par le génial Song Kang-ho, le film raconte un évènement historique grave survenu dans le pays il y a quelques années mais abordé sous le prisme d’une comédie dramatique. Un film spectaculaire, à la fois triste, drôle et angoissant… Bref, un beau film grand public».

Un anniversaire fastueux

20 ans, surtout, ça se fête! D’abord avec une carte blanche donnée à toute une flopée de cinéastes choyés par le festival depuis leurs débuts. Chacun d’eux a ainsi pu proposer un coup de cœur. «Ça donne une section très hétéroclite, continue Maria Watzlawick: de la première mondiale, comme avec le long métrage philippin «Gino and Marie», choisi par son compatriote Brillante Mendoza, à un film culte expérimental érotico-pop des années 70, «Quick Billy», plébiscité par le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, en passant par «La Marque du Tueur», film de chevet de Quentin Tarantino et Jim Jarmush, sélectionné par l’autre Thaïlandais, Pen-ek Ratanaruang».

Quelques expositions seront également là pour marquer l’événement, comme celle consacrée aux clichés de Mehdi Benkler. Également photographe attitré du Montreux Jazz Festival, il immortalise depuis 2014 les cinéastes invités du Black Movie. Ses portraits, tirés en 1m par 1m, seront exposés jusqu’au 3 février près du pont Hans-Wilsdorf. Quant à Edouard Waintrop, ex-Délégué de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes pendant 7 ans, et directeur des Cinémas du Grutli à Genève, il présentera une sélection de ses films préférés sélectionnés à la Quinzaine. On y verra notamment une superbe fable animée japonaise, «Le conte de la princesse Kaguya», un polar coréen à l’humour très noir, «Hard Day», et un splendide trip amazonien, «L’étreinte du serpent».

S’il ne fallait en garder qu’un? «Gangs of Wasseypur», lâche Edouard Waintrop. J’adore le cinéma indien, mais celui-ci appartient au Mumbaï Noir, un courant que j’affectionne encore plus que les autres. C’est un film totalement fou, qui nous tient en haleine 5h40 durant. On y sent une forte inspiration du «Parrain», mais à la mode indienne c’est extraordinaire».

Le retour de Second Life

Les jeunes cinéphiles, eux, ne sont pas oubliés. Le Petit Black Movie se chargera de biberonner les 3-12 ans avec une sélection de courts et moyens métrages d’animation, cette année essentiellement tournés vers la stop motion, l’animation traditionnelle de marionnettes. A ce titre, ces cinéphiles en herbes pourront se faire une idée de la façon dont ces films se tournent grâce à des ateliers d’initiation à la réalisation ou encore avec une exposition où l’on retrouvera certaines des poupées utilisées dans les films présentés. Attention, toutefois, à ne pas confondre avec le Petit Black Movie pour Adultes qui rassemble, lui aussi des courts métrages d’animation, mais cette fois à ne pas mettre entre toutes les mains…

Dans un genre plus conceptuel, les organisateurs se sont amusés à créer une salle de cinéma, véritable extension du festival, dans Second Life, ce fameux univers 3D qui proposait à ses utilisateurs, à partir de 2003, d’incarner un avatar personnalisable à volonté en se livrant à toutes sortes d’activités dans un monde virtuel. La plateforme avait beaucoup fait parler d’elle pendant 3 ou 4 ans et depuis, on la croyait désertée, des toiles d’araignées dans tous les coins. Erreur: il semblerait que près de 900 000 personnes y transitent encore chaque mois et durant le festival, y seront justement proposées des projections de vrais films (des courts métrages issus des éditions précédentes).

Une façon pour les organisateurs de se tirer une balle dans le pied en montrant que l’on peut organiser un festival entièrement virtuel? «Non, nous rassure Maria Watzlawick, notre intention n’est pas d’ouvrir des multiplexes dans Second Life pour y programmer notre prochaine édition. Ce qui nous amusait, c’est d’amener du réel – en l’occurrence de vrais films – dans un monde virtuel. On imagine notre salle pleine d’avatars un peu extravagants, de la peluche géante au nain de jardin, et on mettra trois ordinateurs à disposition dans l’enceinte du festival pour les gens qui seraient intéressés à s’y plonger depuis chez nous».

Et les nuits blanches, bien sûr

Enfin, n’oublions pas les célèbres nuits blanches Black Movie. Il n’est cette fois plus question de cinéma mais de noubas endiablées bercées aux rythmes d’une zik à plein tube, alors que chauffent les dancefloors. Entre de la house qui tabasse, du rock exotique et des DJs en folie, en passant par l’incontournable Karaoke Night, il y a aura de quoi se déhancher. «A l’origine, nous explique la directrice, l’idée était de se retrouver après les projections pour que les réalisateurs puissent avoir un espace de discussion informel avec le public. Mais qui dit nuit, dit musique. Et qui dit musique, dit danse… Depuis, ces moments sont devenus des incontournables du festival.

Les réalisateurs les premiers restent d’ailleurs jusqu’à point d’heure pour boire des coups et danser. Pour eux, c’est aussi le versant du côté souvent très stressant des rencontres avec le public à l’issu des projections».

Trois films à ne pas manquer

Une sélection suggérée par la co-directrice Maria Watzlawick.

«Head. Two Ears», de Vitaly Suslin (Russie). «On a découvert son film il y a deux ans et depuis, on attend que le réalisateur ait fini de le montrer dans les grands festivals. C’est magnifiquement filmé, avec un casting impeccable… Un de ces films où on a l’impression que tout est juste et harmonieux».

«An Elephant Sitting Still», de Hu Bo (Chine). «Sur près de 4h, le film met en scène, au cours d’une même journée, différentes personnages vivant dans de grands immeubles d’un quartier défavorisé. Mais tous ont en commun une volonté extraordinaire de vouloir s’en sortir. C’est un film assez sombre mais avec des interprètes qui transpercent l’écran. Ce qui est terrible, c’est qu’il restera comme l’unique de ce jeune cinéaste qui s’est suicidé au moment de la sortie».

«TOC: Transtornada Obsessiva Compulsiva», de Paulinho Caruso et Teodoro Poppovic (Brésil). «Un film extrêmement drôle qui décrit la vie d’une jeune comédienne à succès entourée d’une productrice sadique et d’un petit ami un peu bébête mais bien membré. Le comique naît de la juxtaposition entre le côté très sincère de la jeune femme, avec une volonté de rester fidèle à elle-même, et ce qu’elle doit se résoudre à faire pour entretenir sa célébrité».

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