Actualisé 06.06.2018 à 11:53

FribourgBlessé par un chien, le cycliste a eu gain de cause

Le tribunal de Bulle (FR) a tranché: la propriétaire du labrador à l’origine de la lourde chute d’un VTTiste senior devra verser un total de 12'700 fr. au lésé.

par
Benjamin Pillard
Le plaignant de 74 ans (à g. ci-contre) a été soutenu au tribunal par des membres du club de cyclistes seniors de la Gruyère.

Le plaignant de 74 ans (à g. ci-contre) a été soutenu au tribunal par des membres du club de cyclistes seniors de la Gruyère.

Laurent Crottet

«C’est un miracle si je me trouve debout devant vous: on m’a dit à l’hôpital qu’à 5 cm, j’étais paralysé» Après avoir suivi plus de 90 séances de physiothérapie, Alain* (74 ans) était en mesure, hier, de plaider sa propre cause au procès de Mireille*. Cette Fribourgeoise de 40 ans a comparu au tribunal de Bulle avec la ferme intention de faire annuler sa condamnation pour lésions corporelles graves par négligence, prononcée par le Ministère public.

En cause: le comportement de son chien un samedi ensoleillé d’octobre 2016, le long d’une route des Monts de Riaz (hauts de Bulle). Le labrador n’était pas tenu en laisse. Si bien qu’il a pu librement s’élancer sur la chaussée, au moment même où un groupe de cyclistes – dont Alain – dévalait la colline («Le Matin» de lundi).

Main droite handicapée

«Je n’ai pas juste fait une chute, mais deux soleils, avant de me retrouver sur les épaules, 5,40 m plus bas!» a poursuivi le VTTiste. «Malgré 40 séances d’ergothérapie, j’aurai indéfiniment mal à une main. Des douleurs qui continuent de me réveiller la nuit, en fonction de ma position. Je ne parviens plus à serrer le poing, j’ai des tremblements, et mon médecin dit qu’il ne peut plus rien faire.»

Violoniste à ses heures, le retraité n’a plus pu tenir son archet pendant un an. Aujourd’hui, il doit se limiter à des sessions de 15 à 30 minutes maximum. Et ses cauchemars subsistent: «En tout cas une fois par mois, je sursaute après la vision d’un chien surgissant devant mon vélo…»

De l’autre côté de la barre, Mireille jure avoir tenu son labrador en laisse au début de sa balade, dans la forêt voisine de Marsens: «Je l’avais lâché à partir des champs, et venais justement de le rappeler à l’approche du croisement avec cette route.» Son avocat, Me Hervé Bovet, a argué que la vitesse de 25 à 30 km/h, estimée par les cyclistes, était largement inadaptée: «Cela signifie 15,4 m pour s’arrêter. Comment fait-on si un enfant venait à sortir de la maison située à cet endroit, qui plus est en pente? On doit être sur les freins, à 5 km/h.»

«La loi cantonale sur la détention des chiens impose au maître d’avoir son animal en tout temps sous contrôle», a déclaré le juge unique, Michel Morel, à l’heure du verdict. Un élément qui semble avoir suffi à lui seul à confirmer la condamnation de la promeneuse. Soit 600 fr. d’amende, des frais de justice augmentés à 755 fr., en plus d’une peine pécuniaire avec sursis. Ainsi qu’une indemnité due à Alain pour l’ensemble de ses frais liés à l’accident, arrêtée à 12'700 fr. (dont 5000 fr. de tort moral). Un montant que l’assurance RC de Mireille pourrait bien couvrir dans son intégralité.

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