Actualisé 06.12.2019 à 06:55

BDBlueberry se remet en selle pour une folle chevauchée

Le cow-boy imaginé par Giraud et Charlier est de retour dans un album signé par Christophe Blain et Joann Sfar. Un hommage qui sent la poudre.

par
lematin.ch
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Si Jean Giraud s'était clairement inspiré de Jean-Paul Belmondo à l'époque pour les traits de Blueberry, Christophe Blain a également puisé dans le cinéma pour dessiner ses personnages. Même si l'on peut tout à fait lire l'album sans se soucier de savoir qui est qui, voilà un petit test de reconnaissance faciale.

Si Jean Giraud s'était clairement inspiré de Jean-Paul Belmondo à l'époque pour les traits de Blueberry, Christophe Blain a également puisé dans le cinéma pour dessiner ses personnages. Même si l'on peut tout à fait lire l'album sans se soucier de savoir qui est qui, voilà un petit test de reconnaissance faciale.

Blain-Sfar/Dargaud
Dans le rôle de Ruth, la femme du commandant du fort, nous avons...

Dans le rôle de Ruth, la femme du commandant du fort, nous avons...

Blain-Sfar/Dargaud
Claudia Cardinale, bien sûr, ici dans «Il était une fois dans l'ouest».

Claudia Cardinale, bien sûr, ici dans «Il était une fois dans l'ouest».

Paramount

Créée en 1963 par le scénariste Jean-Michel Charlier et le dessinateur Jean Giraud, Blueberry est entré dans la légende des westerns BD et de la BD tout court. Ceci jusqu'en 2012, année de la mort du dernier de ses deux papas, Giraud/Moebius. Si le personnage a déjà vécu sous d'autres signatures dans les séries parallèles «La jeunesse de Blueberry »et «Marshall Blueberry», qui pouvait être assez fou pour s'immiscer dans la saga principale?

Réponse: Christophe Blain («Quai d'Orsay», «Gus») et Joann Sfar («Le chat du rabbin», «Donjon»). Même si ces deux-là sont des pointures, rien ne garantissait le succès de l'entreprise. À notre avis, la mission est parfaitement remplie avec un album qui est totalement dans l'esprit de la série, sans en être une imitation, le dessin et le scénario n'était pas calqués sur ceux de Giraud et Charlier. Christophe Blain nous explique comment est née cette nouvelle aventure du lieutenant Blueberry.

Les souvenirs d'enfance

Christophe Blain: J'ai lu mon premier Blueberry en 1982, à 12 ans. C'était l'album qui est sorti cette année-là, «La longue marche». Cela a été à un choc esthétique. Je n'ai pas tout compris car c'était la suite d'une histoire, mais ensuite je suis allé emprunter les autres albums à la bibliothèque. Lorsque je devais rendre un Blueberry, j'attendais une heure afin qu'il soit remis en rayon et je le réempruntais. Je pouvais passer une demi-heure à regarder une seule case.

La genèse de la renaissance

Mon éditeur (Dargaud) m'a tout simplement proposé de reprendre Blueberry, connaissant ma passion pour le western et pour cette série. Mais je ne me voyais pas écrire le scénario, j'ai trop de proximité avec ce héros et j'étais déjà sur une série western à l'époque, «Gus», donc je ne voulais pas tout mélanger. J'ai pensé à un scénariste avec qui j'aime travailler, Joann Sfar, mais il m'a d'abord dit non. Et puis, comme il a ensuite vu beaucoup de séries télé western, il s'est dit: «Je ne vois pas pourquoi je n'essaierais pas».

Le processus de création

Joann ma écrit une histoire très tragique, dans laquelle les personnages allaient vers leur propre mort en riant. Son scénario était assez littéraire, avec beaucoup de récitatifs. J'ai retravaillé sa trame, je me suis rapproché des personnages, j'ai paufiné les scènes de traque, j'ai inventé les scènes de fort... Bref, cela reste l'histoire de Joann mais à ma sauce. Dans ce récit, tous les personnages sont prisonniers de leur condition, de leur rôle et toutes les femmes sont ce qu'on pourrait appeler des «badass».

Le choix de l'époque

Le choix a été très rapide, notre Blueberry devait évoluer au temps où il était militaire. Cela nous laissait une plus grande marge de manœuvre, car si on le retrouvait à une autre époque, il aurait fallu expliquer pourquoi il en était là, le rattacher à un album existant. Nous voulions absolument éviter de faire une histoire qui aurait servi à éclairer un épisode existant de la saga. Quand il est au fort, on peut tout raconter. Et faire intervenir son copain Jim McClure, qui est un personnage passionnant. Parce la vraie amitié qui existe entre lui et Blueberry fait que ces deux-là peuvent tout se dire. Du coup, c'est un album très sentimental, autant pour eux que pour nous, les auteurs. En fait, alors que Charlier et Giraud ont souvent été eux-mêmes iconoclastes avec leur héros, nous avons essayé de l'être le moins possible. Sinon, nous aurions fait de la flotte.

Le casting de cinéma

Oui, tous mes personnages sont inspirés physiquement par des acteurs. C'est mon plaisir et la BD me permet de m'offrir le casting de mes rêves. Sfar avait un peu peur que cela fasse sortir le lecteur de l'histoire, mais je me sers de cet artifice pour faire vivre mes personnages. Attention, je ne me contente pas de prendre la photo d'un acteur et de la recopier. Je me repasse ses films, mais aussi ses interviews, je m'intéresse à toute sa vie. J'appréhende ainsi mieux ses mouvements, ses expressions. Je suis assez content de mon Woody Strode, je trouve que je l'ai bien rendu.

La couverture

Le lecteur peut avoir l'impression qu'elle lui rappelle une autre couverture de Blueberry, mais non. Même le bleu, qui fait penser à «La mine de l'Allemand perdu», n'est pas le même. On voit mon Blueberry, de loin, qui regarde quelque chose, il est lui-même saisi, y a une tension dramatique. C'est lui, on le reconnaît, mais c'est fugace, je n'en montre pas trop. Une partie de son visage est dans l'ombre parce que je ne veux pas dévoiler à quoi ressemble dans l'abum mon Blueberry, qui n'est pas le même que celui de Giraud. En fait, ce qui fait qu'on reconnaît Blueberry sur cette couverture, c'est un détail: ses cheveux qui dépassent et qui sont si caractéristiques du personnage.

Le dessin

J'ai dû tirer mon graphisme vers plus de réalisme, mais sans aucunement chercher à imiter Giraud. Le résultat aurait été plat. Pour les décors, je les connais, j'ai fait plusieurs voyages dans l'Ouest, vu mon amour des westerns. Mais j'ai eu besoin d'y retourner, alors que l'album était déjà bien avancé. Je suis allé dans les canyons, toucher les rochers, les buissons. Giraud est le plus grand dessinateur de rochers et de buissons. Et le fait d'avoir effectué ce voyage a modifié le graphisme des 20 dernières pages d'«Amertume apache».

La suite?

L'histoire est prévue en deux tomes. Le prochain album «Les hommes de non-justice», j'espère pouvoir le sortir en 2020. Pour l'instant, c'est tout ce qui est prévu, mais on ne sait jamais. C'est sans doute l'album le plus personnel que j'aie jamais fait, alors que je m'empare d'un héros créé par d'autres. Mais Blueberry représente tellement de choses pour moi. Je me suis très investi émotionnellement dans cette aventure. Et j'ai un peu plus le trac que d'habitude pour la réception de l'album. Même si les premiers retours, notamment de mes collègues, m'a plutôt rassuré. Steve Cuzor, qui dessine si bien les chevaux, m'a dit que j'avais plutôt réussi les miens. C'est déjà ça!

Interview par Michel Pralong

Découvrez deux extraits d'une autre interview, que Christophe Blain a donnée pour la promotion de l'album. La suite sera dévoilée dans les jours à venir sur YouTube par l'éditeur.

Le rapport à Giraud. Vidéo YouTube/Dargaud

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