20.12.2019 à 16:36

Etats-UnisBoeing subit un nouveau revers... dans l'espace

Lancée vendredi vers la station spatiale internationale par la NASA, la capsule Starliner du constructeur Boeing a rencontré un problème en vol.

Premier vol en orbite de Starliner, prochain taxi de la Nasa.

Le lancement de la nouvelle capsule spatiale de Boeing, Starliner, a subi un échec vendredi lors d'une mission d'essai cruciale pour la NASA. Peu après le lancement, un problème a affecté la trajectoire initiale de l'engin, qui va revenir sur terre dans 48 heures.

Il n'accomplira pas son objectif de rallier la station spatiale internationale (ISS), a annoncé Boeing peu après le lancement de la mission de Cap Canaveral, en Floride. La mission non habitée devait durer huit jours, pour un aller-retour vers l'ISS. Elle devait être une répétition générale pour la reprise des vols habités depuis les États-Unis, interrompus depuis l'abandon des navettes spatiales en 2011.

Le décollage s'est déroulé normalement et la capsule s'est détachée sans problème de la fusée Atlas V environ un quart d'heure après le lancement. Mais une anomalie informatique s'est produite après sa séparation de la fusée.

Problème de «temps écoulé»

Le patron de la NASA, Jim Bridenstine, a expliqué dans plusieurs tweets qu'une anomalie s'était produite dans le système de compteur de «temps écoulé» à bord du véhicule et avait fait croire à Starliner qu'elle avait réalisé la poussée nécessaire pour se placer sur la bonne orbite.

«À cause de cette anomalie, le véhicule avait une heure différente de l'heure réelle», a-t-il expliqué. Le pilote automatique de Starliner l'a conduite à tenter de se repositionner, et le vaisseau a, dans la procédure, consommé trop de carburant, selon lui.

Les ingénieurs de Boeing ont placé l'engin sur une orbite nouvelle. «Cela nous permettra de revenir à White Sands dans 48 heures», a déclaré Jim Chilton, vice-président pour l'espace de Boeing, lors d'une conférence de presse au centre spatial Kennedy. White Sands est un désert au Nouveau-Mexique.

L'atterrissage de la capsule est prévu dimanche à 05h57 (12h57 GMT, 13h57 en Suisse).

La capsule est actuellement en orbite basse à 250 km d'altitude. Les ingénieurs de Boeing programmeront ses propulseurs pour la faire rentrer dans l'atmosphère au-dessus du Pacifique, puis des parachutes ralentiront la fin de sa descente. De grands airbags amortiront l'atterrissage dans le désert.

Starliner a pour seul passager un mannequin baptisé Rosie en l'honneur de «Rosie la riveteuse», la jeune ouvrière au biceps gonflé symbole des femmes engagées dans l'effort de guerre. Une peluche Snoopy a été ajoutée, non sanglée pour qu'elle puisse flotter lorsque le vaisseau arrive en apesanteur.

«Made in USA»

La NASA n'a plus de moyens de transport pour ses astronautes depuis qu'elle a remisé ses navettes spatiales en 2011 après trente ans de service. Elle dépend des fusées russes Soyouz pour les allers-retours avec l'ISS, une dépendance dont Washington est pressé de s'émanciper, même si la coopération américano-russe dans l'espace est restée excellente au fil des années.

Sous la présidence de Barack Obama, l'agence spatiale a passé des contrats de milliards de dollars avec Boeing et SpaceX pour qu'elles mettent au point des capsules «made in USA». Après deux ans de retard, le programme aboutit enfin et l'homologation des véhicules ne dépend plus que des derniers tests de vols non habités.

«Au début de l'année prochaine, nous lancerons des astronautes américains à bord de fusées américaines à partir du territoire américain pour la première fois depuis la fin des navettes spatiales en 2011», a réaffirmé jeudi l'administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine.

Huit milliards

SpaceX a déjà passé l'étape que Boeing va tenter de franchir avec cette mission. En mars, la société d'Elon Musk a envoyé sa capsule Crew Dragon vers l'ISS et l'a fait revenir sur Terre sans problème, avec le mannequin Ripley à son bord. Ces mannequins sont équipés de quinze capteurs afin de vérifier que le voyage sera sûr pour les futurs équipages humains.

Ces programmes sont distincts du projet Artémis de retour sur la Lune d'ici à 2024, qui se fera avec une troisième capsule adaptée à des voyages plus profonds dans l'espace, Orion, construite par Lockheed Martin.

Contrairement à ce qui se passait précédemment, la Nasa paiera les sociétés au service, au lieu d'être propriétaire des capsules. Au total, la Nasa a engagé plus de huit milliards de dollars dans les deux sociétés, qui devront assurer six voyages chacune de quatre astronautes jusqu'en 2024.

Le patron de la Nasa a au passage renouvelé sa confiance en Boeing, englué dans la crise de son avion vedette 737 MAX. «Les gens qui mettent au point le vaisseau spatial sont différents de ceux qui font les avions», a noté Jim Bridenstine.

(ats)

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