Tennis - Bohli sur Simona Waltert: «Ce serait bien qu’elle croie autant en elle que moi»
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TennisBohli sur Simona Waltert: «Ce serait bien qu’elle croie autant en elle que moi»

Voilà trois ans que Stéphane Bohli entraîne la joueuse grisonne de 20 ans, qui a remporté le tournoi de double à Lausanne au mois de juillet. Le Genevois estime qu’elle doit avancer pas à pas.

par
Christian Maillard
Stéphane Bohli est depuis trois ans l’entraîneur de Simona Waltert, victorieuse à Lausanne du double avec la Tessinoise Susan Bandecchi.

Stéphane Bohli est depuis trois ans l’entraîneur de Simona Waltert, victorieuse à Lausanne du double avec la Tessinoise Susan Bandecchi.

VANESSA CARDOSO

À 20 ans, on a forcément des rêves plein la tête. Mais il y a parfois comme un sentiment de vertige, la peur du vide, quand on vous attend trop vite dans la lumière. Le bagage d’une athlète de cet âge est souvent trop léger pour s’installer très tôt en altitude. Simona Waltert fait partie de ces joueuses de tennis à qui on prédit un bel avenir, mais pour avancer, la Grisonne a besoin d’entreprendre ce long chemin «pas à pas».

Simona Waltert (à droite) a remporté en double, avec Susan Bandecchi, son premier tournoi sur le circuit WTA à Lausanne. Un bon début pour elle.

Simona Waltert (à droite) a remporté en double, avec Susan Bandecchi, son premier tournoi sur le circuit WTA à Lausanne. Un bon début pour elle.

FRESHFOCUS

Après son beau succès en double avec la Tessinoise Susan Bandecchi, le dimanche 18 juillet à Vidy, la joueuse, qui figure désormais au 209e rang de la WTA, progresse au contact de Stéphane Bohli, l’ancien joueur, son entraîneur, qui l’aide à gravir petit à petit les échelons depuis bientôt trois ans. «Je suis quelquun qui croit beaucoup à ce qu’elle est capable de faire sur un terrain, mais ce serait bien qu’elle croie autant en elle que moi, sourit le Genevois de 38 ans. Pour moi, il y a un potentiel mais pour l’exploiter il y a encore beaucoup de travail.»

Prendre de l’expérience, s’habituer un peu plus à gérer émotionnellement les événements un peu plus grands, c’est ce qu’apprend Simona, qui va tenter de se qualifier à fin août pour le premier tour de l’US Open. «C’est une fille qui est très jeune, dans sa tête aussi, précise son coach. Il y a plein de gens qui attendent plus d’elle, mais elle est là où elle doit être aujourd’hui. Cela ne sert à rien de se projeter trop loin. On ne peut pas aller plus vite que son rythme à elle.»

«Il y a plein de gens qui attendent plus d’elle, mais elle est là où elle doit être aujourd’hui.»

Stéphane Bohli, coach de Simona Waltert

Avancer «à petits pas». C’est ce qu’elle fait, Simona. Après un match, à Lausanne, l’ancien joueur n’a pas seulement insisté avec elle sur son «retour de coup droit» qu’elle doit améliorer. Il y avait aussi un travail psychologique à répéter sans cesse, pour que son espoir prenne davantage confiance en elle.

«La tête, le mental, on pourrait en parler des heures, soupire Stéphane Bohli. Mais ça veut dire quoi mental? C’est une fille qui a encore trop peu de confiance par rapport à ce quelle est déjà capable de faire sur un court. Si elle était convaincue dêtre plus forte que son adversaire, elle gagnerait d’autres matches.» Comme celui qu’elle a laissé filer à Vidy, lors du premier tour, face à la Kazakhe Zarina Diyas (WTA 102) alors qu’elle avait tout dans sa raquette pour simposer.

«Si l’un de nous doit se mettre en quarantaine, tu casses la dynamique et toute une organisation.»

Stéphane Bohli à propos du Covid

Dans cette période compliquée du Covid, le rôle de l’entraîneur a aussi changé par rapport à l’enchaînement des tournois. «On est tout le temps sous stress, car les conséquences d’un test positif, que ce soit pour moi ou Simona, seraient gigantesques, renchérit l’un des bons camarades de Roger Federer. Car si l’un de nous doit se mettre en quarantaine, tu casses la dynamique et toute une organisation. C’est comme après une défaite dans un tournoi: tu ne peux plus boucler ton vol et rentrer. Non, avant cela, tu dois trouver une clinique, faire le test et attendre 24 heures. Émotionnellement, on est toujours un peu sur les nerfs

D’où, inévitablement, des différends qui peuvent naître durant une saison, quand on voyage autour du monde. «On vit des trucs forts, où parfois on n’est pas d’accord, où le ton monte. Mais ce ne sont jamais des disputes, juste des tensions, car il y a des attentes. Quelle gagne ou quelle perde, mon travail ne va pas changer le lendemain. Mais j’aimerais surtout pour elle qu’elle gagne, car je sais qu’elle peut faire mieux, surtout au niveau de sa concentration.»

Pour Simona Waltert, «c’est le travail à long terme qui va payer.»

Pour Simona Waltert, «c’est le travail à long terme qui va payer.»

FRESHFOCUS

«Je suis content pour elle après une victoire, tout en sachant que le lendemain, ça recommence»

Stéphane Bohli

Avec le temps, son élève, que ce soit sur le court ou dans la vie, il la connaît par cœur. «Plus elle va me parler, plus j’aurai des infos sur elle, mieux ce sera pour tout le monde pour travailler le plus précisément possible», poursuit un Stéphane Bohli qui est toujours d’humeur égale, qu’elle remporte un match ou pas. «Je suis content pour elle après une victoire, tout en sachant que le lendemain, ça recommence, que cela ne sert à rien de rester dans l’euphorie. Je ne suis pas de mauvaise après une défaite, moi je men contrefous, c’est ce qu’on a appris aujourd’hui et ce qu’on va faire le lendemain qui m’intéresse. C’est ma philosophie de vie. C’est le travail sur le long terme qui va payer. Il n’y a pas de timing, ça viendra quand elle sera prête.» Elle n’a en effet que 20 ans…

Pour l’instant, Simona Waltert avance un pas après l’autre. Pour jouer un jour dans la lumière. Quand elle n’aura plus peur du vide…

Simona Waltert avance pas à pas…

Simona Waltert avance pas à pas…

VANESSA CARDOSO

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