BD - Bonhomme dégaine encore un Lucky Luke époustouflant
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BDBonhomme dégaine encore un Lucky Luke époustouflant

Le dessinateur signe une deuxième aventure semi-réaliste du célèbre cow-boy, qui va croiser plein de vieilles connaissances et un grand péril: trois jolies femmes. Un pur régal!

par
Michel Pralong

La bande-annonce de l’album

Dargaud/Lucky Comics

Toujours chevaleresque, Lucky Luke ne peut manquer de porter secours à trois sœurs, plus belle l’une que l’autre, attaquées par des Apaches. Il va même se proposer de les escorter, elles et leur troupeau de vaches, à travers le désert, jusqu’à la prochaine ville. Le problème, c’est que la tête de notre cow-boy est mise à prix pour 50 000 dollars et que les Indiens ne sont pas les seuls à ses trousses.

Cinq après le déjà très réussi «L’homme qui tua Lucky Luke», Matthieu Bonhomme réédite son coup de maître avec ce «Wanted Lucky Luke» pour lequel il nous avoue, comme nous, avoir pris beaucoup de plaisir. «Un deuxième tome n’était pas du tout prévu. Après être parvenu à convaincre l’éditeur de me laisser faire un Lucky Luke semi-réaliste pour fêter ses 70 ans, je ne savais pas du tout comment l’album allait être reçu». Ce fut un succès public et critique. «Il y a eu une telle émulation autour de ce livre que cela m’a donné envie d’en faire un autre, ce que l’éditeur a accepté».

Tout le monde veut Lucky Luke

Restait à trouver l’idée. «En constatant le succès de ce premier Lucky Luke semi-réaliste, je me suis demandé si je n’allais pas créer des jalousies, si d’autres auteurs n’auraient pas envie de donner leur propre version. Car tout le monde veut Lucky Luke. Voilà, j’avais le sujet: Wanted Lucky Luke».

Matthieu Bonhomme va alors replonger dans le panthéon des personnages de la saga pour trouver qui en aurait après lui: il y a des bandits, qui le veulent pour se venger ou pour l’argent. Patronimo, de «Canyon apache», qui cherche à s’approprier son pouvoir, le Colonel O’Nollan, du même album qui recherche, lui, de l’avancement. Et il y a ces trois femmes, qui se mettent au défi de le séduire. «Belles, mais surtout pas nunuches: elles savent se débrouiller, conduire un troupeau et jouer du colt. J’en ai mis trois dans l’aventure et pas une, parce que Lucky Luke a souvent affaire à des fratries, comme les Dalton. Et si, dans l’album précédent, je m’étais inspiré de mes trois propres frères pour les trois frères Bone, cette fois, j’ai cherché l’inspiration chez ma femme et ses deux sœurs, qui se lancent souvent de petits défis».

La rousse, la blonde et la brune, triple tentation pour Lucky Luke.

La rousse, la blonde et la brune, triple tentation pour Lucky Luke.

Bonhomme/Lucky Comics

Une femme peut-elle avoir Lucky Luke? «Il est marié, mais à l’aventure. Cela fait partie de la tradition de la série, même s’il est réducteur de prétendre que s’il était engagé, on ne pourrait plus faire d’album: Thorgal vit plein de péripéties et il a une famille. Buddy Longway, de Derib, également. La famille est même un ressort dramatique très fort dans son cas». Lucky Luke va-t-il donc craquer pour la brune Angie, la rousse Bonnie ou la blonde Cherry? «C’est l’album de la tentation, c’est sûr. On y retrouve l’idée du désert, du serpent».

Tel un Custer assiégé

Lucky Luke affronte donc de vieux démons liés à la censure d’une BD créée pour les enfants: les femmes, qui étaient quasi absentes de ses aventures, mais aussi les morts. Car dans les premiers tomes, le cow-boy tuait, ce qu’il n’a plus fait après. Et des fantômes de ses victimes viennent, d’une certaine manière, le hanter. Bonhomme va puiser dans «Lucky Luke contre Joss Jamon» et «Phil Defer» pour peupler son aventure. Mais pour la couverture de cet album, c’est de l’histoire dont il s’inspire: «C’est Custer assiégé par les Sioux. Cela donne cette impression de harcèlement, présent dans l’album, avec Cherry qui s’accroche à sa jambe: pour se protéger ou pour se l’accaparer?».

Lucky Luke appartient-il à tout le monde ou à personne? «Dans ce récit, il va dire «Je suis tout à toi» à un seul personnage, Pete l’indécis. Morris, dans l’album «Joss Jamon», avait donné les traits de son scénariste René Goscinny à Pete. C’est une forme d’hommage».

Matthieu Bonhomme sait aller au cœur de ce personnage mythique de la BD pour retravailler à sa manière ce qui en fait l’essence, sans rien dénaturer. C’est aussi à cela qu’on se rend compte que ce personnage est indémodable: «Les grands, comme Franquin, Hergé, Uderzo, Goscinny sont tous parvenus à mettre le doigt sur quelque chose d’universel qui fait que leurs albums n’ont pas bougé». Et même si le prix à payer pour connaître de nouvelles fabuleuses aventures est, pour Lucky Luke, de rester seul avec son cheval pour appartenir à ses lecteurs, le cow-boy semble en accepter le prix.

«Wanted Lucky Luke», de Matthieu Bonhomme, Éd. Lucky Comics, 68 pages, sortie le 9 avril.

«Wanted Lucky Luke», de Matthieu Bonhomme, Éd. Lucky Comics, 68 pages, sortie le 9 avril.

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