Brad Pitt met le feu au Vidéoclub!

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CinémaBrad Pitt met le feu au Vidéoclub!

Dans la fameuse rubrique du média Konbini, la star, plus cool que jamais, montre son amour pour le cinéma. Interview en cuisine.

par
Christophe Pinol
Brad Pitt dans un des derniers vidéoclubs de la capitale française.

Brad Pitt dans un des derniers vidéoclubs de la capitale française.

YouTube/Konbini

On a l’impression que tous les grands auteurs du cinéma français – et international – sont déjà passés par la case «Vidéoclub» du média en ligne Konbini. Terry Gilliam, Claire Denis, Alain Chabat, Alexandre Astier, Nanni Moretti, François Ozon, Albert Dupontel, Paolo Sorrentino et même Michael Bay sont tous déjà venus déambuler entre les rayons de ce vidéoclub parisien, l’un des derniers de la capitale, pour parler avec passion et enthousiasme de leur cinéphilie.

Dans l’un, le compositeur Alexandre Desplat clame son amour pour John Williams; dans un autre, la réalisatrice Julia Ducournau, Palme d’or 2021 avec «Titane», fait de même pour «Massacre à la tronçonneuse». Dans un troisième, David Cronenberg encense «Titane». Le tout dans un format très variable, courant de 4 et 45 minutes.

Le média vient surtout de frapper un grand coup en invitant Brad Pitt en personne, dans une séquence, mise en ligne vendredi passé, où la star transpire la cool attitude, humble et passionné, aux côtés du réalisateur de «Bullet Train» (sortie mercredi prochain), David Leitch. Louis Lepron, rédacteur en chef de Konbini, et auteur de cette vidéo, nous dévoile les dessous de la rubrique.

Comment le format est-il né?

- En 2018, on avait une interview prévue avec Quentin Dupieux (réalisateur de «Mandibules», «Le daim»). Il n’était pas fan de nos formats un peu particuliers et il nous avait demandé d’en trouver un autre pour lui, d’un peu plus cinéphile… ça a été l’élément déclencheur. À partir de là, en briefing, on avait eu cette idée d’amener des gens – à l’origine, plutôt des cinéastes – dans un vidéoclub.

On est d’accord: ce n’est pas le concept le plus original du monde…

- Tout à fait. Il y avait déjà des formats de ce type chez les disquaires ou des artistes venaient parler de leur musique. Mais ça ne se faisait à l’époque pas dans le cinéma… J’ai cherché le vidéoclub le plus proche de nos bureaux, c’était l’un des derniers qui restait à Paris, et je leur ai proposé l’idée. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un autre, en dehors de celui-ci.

Qu’est-ce qui a fait le succès de la rubrique, selon vous?

- Désormais, les gens sont tous sur des plateformes de streaming et beaucoup se contentent de suivre les recommandations de leur algorithme. Alors qu’avec notre format, ce sont non seulement de vrais gens qui nous recommandent leurs films favoris, mais surtout des cinéastes à la passion extrêmement communicative. Ils se retrouvent dans cette petite bulle hors du temps, dans laquelle ils ne sont pas entrés depuis longtemps, parce que la plupart ont connu les vidéoclubs dans leur jeunesse… Il y a un côté Madeleine de Proust. Et là, avec des films tout autour d’eux, ils sont comme des enfants dans un magasin de bonbons! Certains perdent même totalement la notion du temps durant l’interview. Julia Ducournau, la réalisatrice de «Titane», avait passé 3 h à parler de films d’horreur.

Comment préparez-vous l’émission?

- Lors de la première, Quentin Dupieux devait lui-même retrouver les films dont il voulait parler, parmi les 50’000 références du vidéoclub. On perdait beaucoup de temps. Alors depuis, on demande aux invités de nous fournir au préalable une liste de films dont ils veulent parler et on les leur prépare, en les disséminant en évidence dans les rayons. Comme ça, on sait qu’au moins avec ces titres, ils vont pouvoir en parler avec passion. En parallèle, on fait un travail de recherche sur ce qu’ils ont pu dire en interviews à propos de leurs films ou acteurs favoris, ce qui nous permet de rajouter quelques DVD… Et puis on compte sur le hasard: leur regard peut se porter sur un titre auquel ni eux, ni nous n’avons pensé. Rien ne nous empêche, aussi, de partir sur des associations d’idées, comme avec Brad Pitt quand je le relance sur Jackie Chan alors qu’on parlait de Bruce Lee.

Brad Pitt, c’est votre plus gros coup?

- Oui, clairement. En termes de popularité et de ce qu’il transmet dans l’imaginaire collectif, c’est la star par excellence. Incomparable! Alors on a eu un peu peur quand on a reçu sa liste de films: il n’y en avait que pour sa filmo… Du coup, on a redoublé d’efforts pour retrouver quelques-uns de ses longs métrages préférés, comme «Fitzcarraldo», de Werner Herzog, ou «L’exorciste», de William Friedkin.

On n’a qu’une critique à émettre avec cette séquence: elle est beaucoup trop courte!

- Je sais… On a eu droit à 15 minutes avec lui, pas une de plus. Mais il a été ultra-cool, faisant preuve de beaucoup d’enthousiasme, et il a surtout très vite compris le principe du format, ce qui donne à la séquence une belle énergie. Alors bien sûr, j’aurais aimé que ça dure deux fois plus longtemps mais je sais aussi qu’on a eu droit à l’un des plus longs timings de toute la presse française. Et puis en finalité, on fait une belle interview, il sort content, il nous dit même qu’il voulait rester pour choisir d’autres films et c’est son agent qui le force à conclure.

Avez-vous essayé de l’avoir sans David Leitch, son réalisateur? On se serait bien passé de lui…

- Ce n’est pas faux, mais le distributeur nous l’a imposé. Ce qui est intéressant, c’est qu’il a été la doublure cascade de Brad Pitt à ses débuts. Donc ils ont un lien en dehors de la simple promo de leur film, «Bullet Train». Et puis ça nous a permis de faire le rapprochement avec «Once Upon A Time… In Hollywood», où Brad Pitt joue la doublure cascade de DiCaprio, puis d’enchaîner sur Bruce Lee, et sur Jackie Chan… Qui savait que Brad Pitt était à ce point fan de Jackie Chan?

Ce qui est formidable avec votre rubrique, c’est qu’on sent un vrai amour du cinéma chez ces gens, et qu’on finit par avoir envie de voir ou revoir la plupart des films cités…

- On m’avait dit un jour que la meilleure façon de réaliser une interview, c’était de demander à notre interlocuteur de faire quelque chose pendant qu’on lui pose des questions. Alors qu’on interviewe d’habitude les gens assis, posés… Au vidéoclub, ils peuvent se déplacer librement, attraper le DVD de leur choix et se comporter de manière beaucoup plus naturelle. Quelque part, ce sont eux qui prennent le contrôle de l’émission en choisissant de parler d’un film ou d’un autre, et de couper court si celui qu’on leur suggère ne les inspire pas. Il y a un côté instinctif et émotionnel.

Avez-vous vécu des moments particulièrement forts?

- Oui, avec Michael Bay. On le sait extrêmement pointilleux sur la lumière, le cadrage… Et là, il avait commencé à critiquer notre éclairage. En plaisantant, hein, il était super content de se livrer à l’exercice. Et il a fini par s’emparer de notre caméra pour réaliser un plan «à la Michael Bay». Il a fait 3-4 essais avant de réussir ce qu’il voulait. Les gars de son équipe, pendant ce temps, devenaient fous parce qu’il devait partir et il leur disait «non, non, laissez-moi, j’en ai pour 2 secondes», alors qu’il y a finalement passé 4 ou 5 minutes. C’est chouette: le format devient une espèce de cour de récré avec les réalisateurs!

Est-ce que ça s’est parfois mal passé?

- Une seule fois: avec Nicolas Winding Refn (réalisateur de «Drive»). Il n’a pas du tout voulu jouer le jeu. Sa séquence est d’ailleurs la plus courte de toute la collection: 4 minutes et des poussières. Il était ultra-réticent à parler des films des autres cinéastes. Il était peut-être mal luné ce jour-là…

On constate que les femmes sont quand même peu présentes, chez vous…

- C’est vrai. Le problème, c’est qu’on dépend non seulement de l’actualité des personnalités mais aussi du fait que la parité entre hommes et femmes n’existe pas dans le cinéma. C’est un fait. Mais dès qu’on peut, on essaye bien sûr. Que ce soit des femmes ou des intervenants de toutes origines confondues puisque la question se pose aussi du point de vue de la diversité. Là aussi, c’est compliqué. Mais on peut difficilement lutter contre le système.

Le ton Konbini – montage très découpé, léger et facile à consommer sur les réseaux sociaux – a parfois été très critiqué. Quel recul avez-vous avec ça?

- Quand on a sorti notre tout premier format cinéma, «Fast & Curious», toute la profession nous regardait de travers mais ils ont vu que petit à petit ça marchait, qu’on nous parodiait, qu’on nous imitait…

Et aujourd’hui on a Brad Pitt! Mais ça a pris du temps: 10 ans! Au début, les attachés de presse nous donnaient 5 minutes d’interview parce qu’ils ne nous prenaient pas au sérieux, qu’on venait du web et qu’on ne faisait pas le poids comparé à la presse écrite ou télévisuelle. Depuis, les choses ont changé. On a montré que le web pouvait avoir son propre langage et sa propre manière d’interviewer les personnalités.

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