Burkina Faso: Bras-de-fer entre armée et putschistes
Actualisé

Burkina FasoBras-de-fer entre armée et putschistes

Détenu puis en résidence surveillée, le président de transition a recouvré la liberté lundi soir. Dans la nuit, l'armée a marché sur la capitale et espère mettre un terme au coup d'Etat.

Photo d'archives.

Photo d'archives.

AFP

Le général Gilbert Diendéré, chef de la junte militaire en place depuis le coup d'Etat du 17 septembre au Burkina Faso, a ignoré mardi l'ultimatum que lui avait lancé l'armée loyaliste pour déposer les armes. Il a dit vouloir attendre le résultat d'un sommet africain qui se tenait à Abuja, au Nigeria.

Le chef des putschistes ne s'est pas montré impressionné par l'arrivée à Ouagadougou de plusieurs colonnes militaires parties lundi de province. Il les a mis en garde contre toute initiative contre ses soldats de la garde présidentielle retranchés dans le camp Naaba, près du palais présidentiel.

Lors d'une conférence de presse, l'officier a dit qu'il ne cherchait pas à gagner du temps mais qu'il agissait dans le temps qui lui était, selon lui, imparti, avant la réunion d'urgence des chefs d'Etat et de gouvernement de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) au Nigeria.

Le chef d'état-major de l'armée avait dans un premier temps enjoint les putschistes à déposer les armes avant 12h00 sous peine d'être attaqués. Il a assuré dans l'après-midi vouloir éviter toute violence et être en contact à cette fin avec le général Diendéré comme avec la Cédéao.

Les présidents du Sénégal, du Togo, du Bénin et du Nigeria devaient se rendre mardi dans la soirée à Ouagadougou pour que soient prises en compte les négociations en cours, a indiqué la présidence burkinabé. Les dirigeants devaient quitter le sommet régional d'urgence organisé à Abuja au Nigeria pour arriver dans la capitale du Burkina vers 21h, accompagnés par l'envoyé des Nations unies dans la région.

Dissolution de la garde?

Dans le même temps, le président du parlement de transition a ajouté à la confusion en ordonnant par décret la dissolution de la garde présidentielle. Moumina Cheriff Sy s'est autoproclamé dirigeant par intérim du Burkina Faso après l'arrestation par les putschistes du président par intérim, Michel Kafando, et de son Premier ministre, Yacouba Isaac Zida.

Les deux hommes ont depuis été relâchés, le second ayant regagné sa résidence officielle dans la capitale mardi matin, a dit son aide de camp Boris Nadie. Le président par intérim Michel Kafando a trouvé refuge lundi à la résidence de l'ambassadeur de France à Ouagadougou.

Ces gesticulations militaires et politiques ont provoqué l'agacement du président nigérian. Il a dénoncé à l'ouverture de la réunion d'Abuja les initiatives qui sapent les efforts des médiateurs.

«Les récents événements dans notre pays frère, le Burkina Faso, vont à l'encontre de nos attentes et des efforts déployés jusqu'ici (par l'Union africaine et les Nations unies) pour rétablir l'ordre constitutionnel et la démocratie», a déclaré Muhammadu Buhari.

Les médiateurs tentent de remettre sur les rails le délicat processus de transition mis en place après la chute du président Blaise Compaoré en octobre 2014. Le plan prévoit la tenue d'élections présidentielle et législatives le 11 octobre.

Le chef des putschistes s'excuse

Lundi soir, des soldats venus de plusieurs bases de province sont entrés dans la capitale, Ouagadougou, sans rencontrer de résistance. Leurs chefs ont entamé des discussions sur la reddition des 1200 hommes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

Le général Gilbert Diendéré a publié au même moment un communiqué dans lequel il annonçait son intention de libérer le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, ce qui a été fait mardi matin. Il promettait aussi de remettre les clés du pouvoir à un gouvernement provisoire.

«Nous promettrons de travailler à la cohésion de l'armée (et) présentons nos excuses au pays et à la communauté internationale», a-t-il dit à la télévision.

(AFP)

Votre opinion