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FootballBrésil-Uruguay: souviens-toi du Maracana... (MAGAZINE)

Par Tom WILLIAMS FORTALEZA (Brésil), 25 juin 2013 (AFP) - Le Brésil et ses presque 200 millions d'habitants a beau avoir décroché cinq Coupes du monde, un record, il ne peut évacuer un sentiment de malaise à chaque fois qu'il doit affronter l'Uruguay (à peine plus de 3 millions d'habitants), depuis le mythique match au Maracana du Mondial-1950.

Mercredi à Belo Horizonte (16h00 locales, 19h00 GMT), la demi-finale de la Coupe des Confédérations sera la 71e confrontation entre les deux voisins sud-américains. Or, si le bilan penche en faveur du Brésil (32 victoires à 19, et 19 nuls), il y a une défaite qui n'a toujours pas été digérée. En 1950, lors de l'unique Coupe du monde qu'il ait organisée à ce jour, avant celle de l'année prochaine, le pays du "futebol" comptait bien consacrer son émergence par une couronne planétaire. Et ce fut un revers monumental, resté dans les annales comme le "Maracanazo". C'était le match décisif, considéré comme la finale, même si un nul suffisait à la Seleçao emmenée par l'attaquant Zizinho pour être sacrée pour la première fois. Le 16 juillet, jour du match, un journal de Rio de Janeiro, O Mundo, titre "Voici les champions du monde!" aux côtés d'une photo de l'équipe. 173.850 spectateurs officiellement, et sans doute près de 200.000 en réalité, se massent dans la gigantesque enceinte en béton construite pour le tournoi. L'Uruguay, qui reste sur une victoire à l'arraché contre la Suède (3-2), a tout d'une victime expiatoire, ce que semble confirmer l'ouverture du score de Friaca (47e). Juan Alberto Schiaffino égalise (66e), mais la Seleçao tient son titre... jusqu'à ce que l'ailier Alcides Ghiggia surprenne le gardien Barbosa d'une frappe à ras de terre près du poteau (79e). Enorme stupeur dans le stade. "Seules trois personnes ont fait taire 200.000 personnes au Maracana d'un simple geste: Frank Sinatra, le pape Jean Paul II, et moi", dira un jour Ghiggia. Et c'est bien le capitaine uruguayen Obdulio Varela qui soulève la Coupe du monde, un épisode gravé dans la mémoire collective uruguayenne. "Les membres de la génération de 1950 sont révérés par ce groupe, et pas seulement", a noté le sélectionneur actuel, Oscar Tabarez. Guérilla sur gazon ------------------ Le gardien brésilien, qui a mal bouché son angle, devient, lui, le bouc émissaire de tout un pays plongé dans le deuil. On fait même état de suicides. En réaction, un concours est lancé par un journal de Rio, Correio da Manha, pour mettre au rancart les rayures blanc et bleu du maillot que portaient les joueurs du sélectionneur Flavio Costa durant ce maudit match. A 19 ans, un certain Aldyr Garcia Schlee remporte le concours en combinant le jaune, le vert et le bleu du drapeau national. Et pour l'anecdote, le jeune homme, né dans la ville frontalière de Jaguaro, a grandi en soutenant... la Celeste, comme il l'a dit dans le livre "Futebol: le mode de vie brésilien" (2002) du Britannique Alex Bellos. L'Uruguay, le pays, a passé les trois premiers siècles de son existence à être bringuebalé entre les empires espagnol et portugais, avant d'obtenir son indépendance en 1828 à l'issue d'une guerre contre le Brésil. Depuis lors, l'Uruguay, l'équipe nationale cette fois, n'a cessé sa guérilla sur le terrain. La plus lourde défaite de l'histoire de la Seleçao, un 6-0, lui fut d'ailleurs infligée par la Celeste en 1920. Les Uruguayens ont battu deux fois les Brésiliens en finale de la Copa America: en 1983 contre la bande à Socrates, et en 1995 aux tirs au but face aux champions du monde en titre. Le Brésil a pris une forme de revanche en battant l'Uruguay de Francescoli au Maracana dans le tour final de la Copa America 1989, d'un but de la tête de Romario (1-0). Mais rien n'y fait: le match de 1950 n'est toujours pas tombé dans l'oubli. Un succès de la Seleçao de Neymar en finale du Mondial l'année prochaine, dans ce même stade rénové, pansera-t-il la plaie ? thw/ybl/stt/dhe

(AFP)

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