Brexit: Londres et Bruxelles se tournent enfin vers leur avenir

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BrexitLondres et Bruxelles se tournent enfin vers leur avenir

Après dix mois de négociations tendues et laborieuses, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont conclu un accord sur leur future relation commerciale. Il sera appliqué provisoirement dès le 1er janvier avant le feu vert définitif du Parlement européen.

Après dix mois de négociations tendues et laborieuses, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont conclu un accord sur leur future relation commerciale (archives).

Après dix mois de négociations tendues et laborieuses, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont conclu un accord sur leur future relation commerciale (archives).

AFP

Après dix mois de négociations harassantes, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont annoncé jeudi, à la veille de Noël, un accord historique sur leur future relation commerciale. Ils ont évité in extremis un «no deal» dévastateur pour leurs économies en fin d’année.

«Cet accord protégera les intérêts européens et est aussi, je le crois, dans l’intérêt du Royaume-Uni», «un ami de longue date», s’est félicitée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse. «Nous pouvons enfin laisser le Brexit derrière nous et nous tourner vers l’avenir», a-t-elle ajouté.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a promis que son pays resterait l’«ami», «l’allié» et «le premier marché» des Européens. «Ce pays reste culturellement, émotionnellement, historiquement, stratégiquement et géopolitiquement attaché à l’Europe», a-t-il dit aux médias.

Un demi-siècle de mariage houleux

La chancelière allemande Angela Merkel s’est pour sa part dite «confiante» dans le fait qu’il s’agissait d’«un bon» accord, quand le président français Emmanuel Macron a estimé que «l’unité et la fermeté européennes» avaient «payé» dans les pourparlers.

Ce divorce à l’amiable, obtenu à l’arraché après 24 dernières heures sous haute tension, scelle près d’un demi-siècle de mariage houleux entre les deux partenaires. Quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit, l’aboutissement de ces discussions permet aux deux parties de s’épargner un «no deal» aux lourdes conséquences économiques.

La conclusion d’un texte de 2000 pages en à peine dix mois constitue aussi une prouesse pour un accord de cette envergure qui prend en général des années. Deux ans et demi avaient été nécessaires pour négocier le traité de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, un texte qui apporte une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et fournit des garanties pour le maintien de la paix sur l’île d’Irlande.

Le Premier ministre irlandais Micheal Martin, dont le pays aurait été en première ligne en cas de «no deal», a d’ailleurs salué un accord «bienvenu».

Strictes conditions

Le texte devra encore être validé par les États membres, un processus qui devrait prendre plusieurs jours. Mais il reste en théorie suffisamment de temps pour qu’il entre en application provisoire le 1er janvier, quand le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier dernier, aura définitivement abandonné le marché unique. Il sera alors validé a posteriori par le Parlement européen.

Avec ce traité commercial, l’UE offre à son ancien État membre un accès inédit sans droits de douane ni quotas à son immense marché de 450 millions de consommateurs.

Mais cette ouverture sera assortie de strictes conditions: les entreprises d’outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles évolutives au fil du temps en matière d’environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d’aides d’État. Un mécanisme permettra aux deux parties d’activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane, en cas de divergences sur ces normes.

«Au côté des pêcheurs»

Malgré son faible poids économique, l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques a constitué l’ultime point d’achoppement des discussions, en raison de l’importance politique et sociale du secteur dans plusieurs États membres, dont la France, les Pays-Bas, le Danemark ou l’Irlande. Mais les Britanniques, qui reprennent le contrôle de leurs eaux, en avaient fait le symbole de leur souveraineté retrouvée.

L’accord prévoit une période de transition de 5 ans et demi jusqu’en juin 2026, à l’issue de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25% de leurs prises, qui s’élèvent chaque année à 650 millions d’euros. L’accès aux eaux britanniques sera ensuite renégocié annuellement. Le négociateur européen Michel Barnier a promis que l’UE serait «au côté des pêcheurs européens pour les accompagner».

Il a souligné qu’il y aurait, malgré cet accord, «de vrais changements» au 1er janvier «pour beaucoup de citoyens et d’entreprises». «C’est la conséquence du Brexit», a-t-il insisté. L’UE a provisionné 5 milliards d’euros dans son budget pour soutenir les secteurs les plus touchés.

Mais sans accord, les échanges entre l’UE et Londres auraient été régis par les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane, de quotas, ainsi que de formalités administratives susceptibles d’entraîner des embouteillages monstres et des retards de livraison. Un scénario noir pour le Royaume-Uni, déjà malmené par une variante plus virulente du coronavirus qui l’a isolé du reste du monde.

Theresa May et David Cameron saluent un accord «vraiment bienvenu»

Les anciens Premiers ministres britanniques Theresa May et David Cameron, qui avaient joué un rôle dans le Brexit au Royaume-Uni, ont salué jeudi un accord commercial «vraiment bienvenu» entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

«L’accord commercial est vraiment bienvenu», constituant «une étape indispensable pour construire une nouvelle relation avec l’UE comme amis, voisins et partenaires», a tweeté David Cameron, qui avait convoqué le référendum sur le Brexit en 2016. Theresa May, qui lui avait succédé et avait démissionné faute d’avoir fait adopter par le Parlement l’accord de sortie qu’elle avait négocié avec les Européens, a de son côté souligné que l’accord apportait «de la confiance aux entreprises» et contribuait à «maintenir le flux des échanges».

(ATS/NXP)

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