Interview: Bryan Cranston: «Si j’étais juge, je serais impartial»
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InterviewBryan Cranston: «Si j’étais juge, je serais impartial»

L’acteur de «Breaking Bad» et «Malcolm» revient sur le petit écran en incarnant un juge dans «Your Honor» dès le 28 janvier sur Canal+. L’occasion de lui parler de politique américaine avec la cérémonie d’investiture, mercredi, du président Joe Biden.

par
Henry Arnaud, Los Angeles
«Le pire ennemi de toutes les démocraties est la corruption. Nous avons eu suffisamment d’exemples ces derniers temps et j’espère que le nouvel occupant de la Maison-Blanche va réussir à apaiser les divisions profondes entre Américains», dit Bryan Cranston.

«Le pire ennemi de toutes les démocraties est la corruption. Nous avons eu suffisamment d’exemples ces derniers temps et j’espère que le nouvel occupant de la Maison-Blanche va réussir à apaiser les divisions profondes entre Américains», dit Bryan Cranston.

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Il est l’un des acteurs les plus respectés de Hollywood mais aussi les plus appréciés pour sa gentillesse sur un plateau et pour son professionnalisme.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Bryan Cranston a toujours alterné entre feuilleton comique et série dramatique. Surtout connu pour «Breaking Bad» et «Malcolm», il revient sur le petit écran en incarnant un juge dans «Your Honor» dès le 28 janvier sur Canal+. L’occasion pour LeMatin.ch de lui parler de politique américaine avec l’investiture, mercredi, de Joe Biden et son arrivée à la Maison-Blanche.

Comment est né le concept de cette série?

Comme tous les parents, je me suis un jour posé la question de savoir jusqu’où je serais prêt à aller pour protéger mes enfants. C’est cette interrogation fondamentale qui m’a donné envie de m’impliquer dans «Your Honor». J’incarne un homme honorable et respecté. Son fils fait une grave erreur et sa première réaction est de faire ce qui est juste en voulant emmener son fils à la police pour qu’il confesse. Mais, en l’espace d’un instant, il se demande ce qui est honorable: dénoncer son fils ou le sauver? Est-ce qu’on peut devenir un criminel pour sauver la vie de son enfant. Ma réponse est oui.

Le juge Desiato (Bryan Cranston) voit sa vie basculer le jour où son fils adolescent (Hunter Doohan) est reconnu coupable d’un délit de fuite.

Le juge Desiato (Bryan Cranston) voit sa vie basculer le jour où son fils adolescent (Hunter Doohan) est reconnu coupable dun délit de fuite.

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La force de «Your Honor» est que vous incarnez un juge…

Absolument. Je suis Michael Desiato qui, depuis trente ans, a été avocat avant d’être juge et a toujours défendu les droits civils. Il sait donc comment manipuler le système pour détruire des évidences par exemple. C’est fascinant.

Puisque vous incarnez un juge, quelle est votre réaction sur Donald Trump et les attaques contre la démocratie aux États-Unis?

Le pouvoir en soi n’est pas diabolique. Un juge se doit d’être impartial et de connaître par cœur les lois. Le problème est lorsque le pouvoir tombe entre les mains de personnes sans scrupule et prêtes à tout pour défendre une seule cause: la leur. Je crois à la force des lois. Le pire ennemi de toutes les démocraties est la corruption. Nous avons eu suffisamment d’exemples ces derniers temps et j’espère que le nouvel occupant de la Maison-Blanche va réussir à apaiser les divisions profondes entre Américains.

Après «Breaking Bad», vous incarnez de nouveau un personnage trouble. Qu’est-ce qui vous attire vers eux?

J’aime les rôles tourmentés et plein de défauts. Je m’ennuie vite à la lecture d’un scénario, si le personnage connaît toutes les réponses et prend les bonnes décisions. Je ne sais pas qui peut s’identifier avec un gars parfait. Ce qui m’attire, ce sont les histoires d’hommes bons mais qui se sont perdus dans la vie. J’ai envie de suivre leur lutte pour retrouver le droit chemin et se sortir d’affaires. C’est ça qui fait une bonne série.

Est-ce que vous feriez un bon juge?

J’ose le penser. Je serais impartial. Dans mes recherches à La Nouvelle-Orléans avant la production, j’ai rencontré des juges. J’ai découvert qu’ils sont souvent restreints par ce que dicte la loi, ce qui est acceptable ou pas. Les juges n’ont pas la place pour leur sensibilité dans un procès. Un procès est souvent quelque chose d’imparfait car les lois sont faites par des humains. Et nous sommes loin de la perfection comme on le sait. Quelle que soit la décision d’un juge, cela peut toujours amener à des commentaires pour ou contre.

Comment voyez-vous la Cour suprême des États-Unis et les nominations successives de Donald Trump avant son départ de la Maison-Blanche?

Les États-Unis étaient les champions de la séparation entre l’Église et l’État. C’était quelque chose de fondamental dans la conception de mon pays… et c’est exactement la manière dont cela doit exister. La Cour suprême n’est pas une entité politique. Les décisions des juges ne doivent pas être prises en fonction de leurs opinions politiques. Chaque juge est libre de sa croyance sur la peine de mort ou l’avortement par exemple mais la Cour suprême doit respecter le désir du peuple sans chercher à modifier des lois pour le bénéfice d’une personne ou d’un parti politique. Il va être intéressant de voir ce qui va se passer dans mon pays avec les décisions rendues par la Cour suprême dans les prochaines années.

«Your Honor» est l’adaptation d’une série israélienne du même titre. Vous êtes-vous inspiré de l’original?

J’ai refusé de voir la série israélienne pour ne pas être influencé dans mon jeu d’acteur. L’idée de cet homme puissant qui est prêt à remettre en question toutes ses valeurs pour sauver son fils est quelque chose d’universel. Notre version, écrite par Peter Moffat, incorpore d’autres éléments comme le racisme, toujours présent en Amérique. Je suis certain qu’on pourrait en faire une adaptation française aussi un jour. Je vois bien Jean Reno dans cette version-là. (Rires.)

Au premier abord, le juge Michael Desiato ressemble à Walter White de «Breaking Bad» puisque tous deux sont des hommes bons qui deviennent mauvais. Qu’en pensez-vous?

Ce qui est certain c’est que ces deux gars se ressemblent beaucoup physiquement. (Rires.) Le point de départ du gars droit qui devient tordu, c’est exactement la même chose. Mais la ressemblance s’arrête là.

Reste-t-il toujours une part de «Breaking Bad» en vous?

Walter White est en moi pour toujours. Au fil des années, il est juste de moins en moins présent en moi. Walter est devenu un proche ami que je n’ai pas revu depuis longtemps. Durant les années de «Breaking Bad», il était dans ma tête en permanence car je me demandais toujours comment Walter réagirait dans diverses situations.

Est-ce que «Your Honor» pourrait avoir une seconde saison?

Oui, c’est une possibilité mais je ne compte pas bousculer les choses. J’ai 64 ans et je peux vous dire que le tournage des épisodes a été une épreuve durant cette pandémie avec toutes les restrictions imposées par le Covid. Je compte prendre le plus de temps possible en 2021 pour me reposer et lire. Et nous verrons ensuite si le virus de la comédie me démange à nouveau. (Rires.)

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