Actualisé 12.11.2015 à 12:45

DiplomatieBurkhalter veut renforcer le rôle de la Suisse

Le conseiller fédéral a salué jeudi à Berne l'importance croissante de la Suisse dans la médiation de conflits, «une priorité de notre politique extérieure».

Didier Burkhalter a appelé à améliorer la formation des médiateurs et à promouvoir davantage de femmes à ces postes.

Didier Burkhalter a appelé à améliorer la formation des médiateurs et à promouvoir davantage de femmes à ces postes.

Keystone

«La médiation est un potentiel rayon de soleil dans les ténèbres des crises», a affirmé le conseiller fédéral, selon la version écrite de son discours, lors de la conférence annuelle de la Division Sécurité humaine du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). «Nous voulons renforcer la bonne position de la Suisse dans ce domaine» et «être à la toute pointe au niveau mondial», a-t-il ajouté.

Et le ministre des affaires étrangères de rappeler le rôle d'hôte et de «facilitateur» joué par la Suisse lors de récentes conférences internationales, comme au cours des négociations sur le nucléaire iranien, entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ou lors des discussions sur la Syrie. Des événements qui ont contribué à affermir la réputation de la Suisse comme médiatrice de choix.

Expertise à renforcer

Or pour répondre à ces attentes, Berne peut mieux se préparer, a souligné M. Burkhalter. Le DFAE a élaboré un concept afin de renforcer l'expertise en médiation internationale de la Suisse d'ici à cinq ans.

Ces progrès passent notamment par une meilleure formation des médiateurs et la création à proprement parler de carrières spécialisées pour la relève.

Sans compter que «pour mieux réussir dans de nombreuses médiations, il faut aussi davantage de femmes», a fait remarquer le chef de la diplomatie helvétique. «Les femmes sont trop souvent exclues de ces dialogues, ce qui réduit les chances de paix.»

La Division Sécurité humaine (DSH) est d'ailleurs dirigée par l'ambassadrice Heidi Grau. La diplomate a insisté sur l'importance et la nécessité de la médiation et a affirmé que la Suisse présentait «toutes les qualités requises pour assumer cette tâche», selon un communiqué du DFAE.

Comme un médecin

Un avis que partage un des invités de marque de la conférence, Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie. «Berne nous aide énormément en faisant des entraînements remarquables et en utilisant des facilitateurs», a-t-il dit dans un message vidéo retransmis à Berne, que l'ats a pu visionner.

Le diplomate italo-suédois, 68 ans, était justement retenu au Moyen-Orient par son intense activité autour de la crise syrienne. A l'instar d'autres spécialistes et médiateurs expérimentés, il a partagé sa longue expérience - 44 ans, 19 conflits - de travail au sein des Nations unies.

Comme un médecin, le médiateur doit trouver un moyen, un médicament pour soulager la crise en attendant de trouver la solution pour mettre fin à la maladie, a-t-il dit en substance. Même si la médecine préventive reste la meilleure, dans la santé comme en politique internationale.

Passer par l'humanitaire

Comme exemple d'une «technique» de médiation, M. de Mistura a rappelé - sans le nommer - un conflit en Amérique latine à l'époque de la guerre froide: «Personne ne voulait accepter une médiation. Mais les deux parties ont accepté une offre de vaccination pour leurs enfants.»

Les combats ont donc cessé, les parties en conflit ont discuté de questions médicales et logistiques. «Ils ont vu qu'ils pouvaient arrêter de se battre sans perdre la face», raconte le diplomate. «Ca a marché, c'était le début de la médiation de paix».

Mais «comme pour tous les médicaments, il y a des résistances», sourit Staffan de Mistura, revenant à la métaphore médicale. «On ne pourrait plus utiliser cette même technique aujourd'hui en Syrie par exemple.» Il faut «toujours trouver de nouveaux médicaments, de nouvelles techniques».

La créativité est donc l'une des trois qualités essentielles d'un médiateur de nos jours, affirme-t-il. La toute première étant la crédibilité et l'impartialité, d'autant plus que les conflits sont aujourd'hui souvent multipartites. Enfin, un médiateur doit être très concentré, «focalisé» sur son seul objet de médiation.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!