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FootballBusacca: «Le terrain me manque, c'est vrai»

Massimo Busacca aurait pu officier en 2014 au Brésil, où il n'y aura pas d'arbitre suisse. Le terrain manque au Tessinois, devenu responsable à la FIFA.

par
Renaud Tschoumy
Keystone

Massimo Busacca, aucun Suisse n'est présent cette semaine à Zurich, où vous dirigez un séminaire destiné aux 52 arbitres présélectionnés pour le Mondial 2014. Vous sentez-vous triste ou coupable?

Coupable? Pourquoi coupable?

Parce que vous avez stoppé votre carrière l'an dernier, alors que vous auriez eu un âge (45 ans) vous permettant d'arbitrer au Brésil en 2014…

Ah, pour ça! Alors oui, vous avez raison, je me sens coupable. Mais je suis surtout désolé de cette situation.

Pourquoi avoir arrêté, alors?

Parce que la proposition de la FIFA est venue, et que même si je ne l'attendais pas, elle méritait d'être étudiée. J'ai vécu deux Mondiaux, j'ai dirigé une finale de Ligue de champions et j'étais heureux dans mon costume d'arbitre. Cela étant, la possibilité de diriger le département arbitrage de la FIFA était une occasion à saisir. Il m'a fallu faire un choix de vie, et j'ai opté pour cette nouvelle orientation. J'en suis fier. «Crois en ce que tu fais»: tel a toujours été mon principe. Et avec mon expérience, je crois pouvoir apporter quelque chose à mes ex-collègues.

Depuis l'édition 1934, il y a toujours eu au moins un directeur de jeu suisse en phase finale de la Coupe du monde. En 2014, il n'y en aura pas. Pourquoi, selon vous?

C'est une période comme cela, il faut savoir l'accepter. Et puis je nuance votre propos: le contingent est encore ouvert. La sélection définitive des arbitres interviendra début 2014, et d'ici là, il peut se passer beaucoup de choses.

Tout de même, on voit mal un des arbitres actuels réaliser une ascension à ce point phénoménale qu'elle le propulse en Coupe du monde…

L'arbitrage suisse est peut-être dans le creux de la vague. Mais c'est aussi le cas de pays comme la Russie, le Belgique ou l'Autriche, qui ne sont pas davantage représentés à ce stage zurichois. Pour revenir au constat de base, je dois admettre que tout semble indiquer qu'il n'y aura pas de referee suisse au Brésil dans deux ans.

Et si vous décidiez de revenir à la compétition?

A vous entendre, j'ai les poils qui se dressent sur les bras. (Il les montre.) Le terrain me manque, c'est vrai. Le public, l'adrénaline qui t'envahit avant un grand match, l'odeur du gazon des stades immenses: oui, c'est dur de vivre sans tout cela quand on l'a connu. J'ai dû et j'ai pu m'y faire, mais depuis que j'ai pris mon poste à Zurich (ndlr: début août 2011), cela m'est souvent repassé par la tête.

On insiste: pourquoi ne pas écouter vos sentiments et redevenir simple arbitre?

Vous savez, on ne fait pas toujours ce que l'on veut dans sa vie. L'opportunité de la FIFA s'est peut-être présentée un peu vite, mais je considère comme un grand honneur le fait d'avoir pu la saisir. Donc pour moi, la question ne se pose pas. (Il réfléchit.) Et dans le fond, vous me dites qu'il n'y a pas de Suisse ici, mais il y en a un: c'est le chef, en plus! (Il éclate de rire.)

Un chef qui n'a pas de soldat de son pays sous ses ordres…

Parce qu'il n'y a aucun arbitre suisse au niveau requis, et que pour la Coupe du monde, on choisira évidemment le top du top. Aujourd'hui, arbitrer, ce n'est plus penser à sa rencontre la veille, arriver au stade une heure et demie avant, se rechanger, prendre son sifflet et monter sur le terrain. Un match se prépare, s'anticipe, se sent aussi. On veut pouvoir disposer des meilleurs, et c'est malheureusement un cercle auquel n'appartient aucun Suisse à l'heure actuelle.

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