Actualisé 23.08.2018 à 19:11

France«C'est un mec qui a pété les plombs»

Une attaque au couteau, revendiquée par l'EI, s'est déroulée jeudi près de Paris. On déplore deux morts et un blessé grave. L'assaillant a été tué par la police.

Un homme ayant des «problèmes psychiatriques importants» a tué sa mère et sa soeur jeudi près de Paris avant d'être abattu par la police, un acte revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), mais dont les autorités tentaient de déterminer s'il était bien terroriste.

De sources proches de l'enquête, l'assaillant âgé de 36 ans a tué sa soeur et sa mère à coups de couteau et a grièvement blessé une troisième personne de 66 ans qui se trouvait entre la vie et la mort jeudi soir.

A leur arrivée, les forces de l'ordre ont vu «deux personnes gisant au sol», a déclaré à Trappes, commune défavorisée à 30 km au sud-ouest de Paris, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

Le trentenaire qui, selon une source policière, criait «Allah Akbar» («Dieu est le plus grand») dans le pavillon où il s'était retranché, «a tué sa mère» avant de sortir de la maison «avec un couteau» et de «continuer à avancer malgré les sommations» des policiers, qui ont donc tiré et l'ont abattu, a ajouté Gérard Collomb.

Problème psychologique

Il avait «un problème psychiatrique qui apparaît important», et s'il était «fiché» pour avoir fait «l'apologie du terrorisme» en 2016, il présentait davantage le profil d'un «déséquilibré» que de quelqu'un «d'engagé» pouvant répondre aux «ordres et consignes» d'une «organisation terroriste, et de Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) en particulier», a ajouté le ministre.

L'attaque a pourtant été rapidement revendiquée par l'EI, qui a affirmé via son organe de propagande que l'assaillant avait répondu aux «appels à cibler des ressortissants des pays de la coalition» militaire menée par les États-Unis qui combat l'EI en Irak et en Syrie, et dont fait partie la France.

Fiabilité mise en doute

Si l'EI a longtemps eu la réputation de ne revendiquer que des attentats qu'il avait organisés ou inspirés, sa fiabilité a été mise en doute par des officiels et experts ces derniers mois après plusieurs revendications douteuses.

«En 2017 nous avons trois exemples de revendications farfelues de la part de l'Etat islamique : l'attaque d'une discothèque à Manille, des explosifs à Orly (aéroport parisien, ndlr) et surtout la tuerie de Las Vegas, qu'ils avaient revendiqués mais pour laquelle aucun lien n'a été établi avec l'EI», rappelle Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme.

Enquêtes en cours

Pour l'instant, le parquet de Paris «n'a pas retenu la qualification terroriste», a précisé Gérard Collomb, et dans le quartier en partie bouclé par la police, les témoignages recueillis par l'AFP semblaient renforcer l'hypothèse d'un différend familial.

Selon plusieurs riverains, l'assaillant était séparé de sa femme et n'avait pas vu ses enfants depuis longtemps.

Pascal, 59 ans, qui habite dans un immeuble voisin, dit connaître bien l'assaillant: «Je prenais souvent le café avec lui, ça faisait un mois que je l'avais pas vu». «On parle de terrorisme mais c'est pas un terroriste c'est un mec qui a pété les plombs», a-t-il estimé.

«Apparemment, c'est un drame familial, ça n'a rien a voir avec la religion», abondait Saïd, un électricien de 35 ans qui vit dans le quartier et dit avoir été au collège avec l'assaillant. «Il était séparé, il vivait chez sa mère ici dans une petite maisonnette, il était chauffeur de bus. C'était quelqu'un de super gentil, super ouvert, une personne très bien, même si c'était un petit nerveux», a-t-il ajouté.

Constante menace terroriste

Cette attaque intervient alors que la France vit depuis 2015 sous une constante menace terroriste depuis la vague d'attentats djihadistes sans précédent qui ont tué 246 personnes. La dernière victime a succombé à une attaque au couteau dans le centre de Paris le 12 mai dernier.

Trappes, commune pauvre de la grande banlieue de Paris, est réputée pour abriter une filière de l'islam radical. D'après une source antiterroriste, une cinquantaine de personnes de cette filière sont parties combattre en Irak et en Syrie.

Le gouvernement a placé cette ville de 30'000 habitants sur la liste des trente quartiers de «reconquête républicaine» impliquant des moyens et des effectifs supplémentaires pour la police.

(AFP)

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