Actualisé 18.01.2019 à 11:21

ManifsC'est une arme suisse qui éborgne les gilets jaunes!

Contre les manifestants, la police n'utilise plus de Flash-ball, mais un lanceur fabriqué à Thoune. Jacques Toubon demande à ce qu'on renonce à cette arme qui mutile.

par
Eric Felley
Contrairement au Flash-ball, utilisé jusqu'en 2015 par les forces française, le LBD 40 se tient à l'épaule et permet de viser jusqu'à 40 mètres.

Contrairement au Flash-ball, utilisé jusqu'en 2015 par les forces française, le LBD 40 se tient à l'épaule et permet de viser jusqu'à 40 mètres.

Valery HACHE / AFP

Les médias français ont évoqué les nombreux blessés graves atteints par des balles en caoutchouc depuis le début des manifestations des gilets jaunes. Selon les décomptes, une quinzaine de personnes ont perdu définitivement un œil après avoir reçu un projectile. D'autres ont perdu une main, et beaucoup ont été touchées au corps, où les balles provoquent des hématomes aussi douloureux que spectaculaires.

En réalité, les forces de l'ordre françaises n'utilisent pas spécifiquement l'arme appelée «Flash-ball» de fabrication française. Depuis 2016, elles se sont équipées d'une arme plus sophistiquée fabriquée en Suisse par l'entreprise Brügger & Thomet à Thoune. Il s'agit du LBD 40. LBD signifie «lanceur de balles de défense» et «40» désigne le calibre de 40 x 46 mm de toute une gamme de projectiles en caoutchouc, en mousse et aussi des lacrymogènes ou des fumigènes. A la base, il s'agit d'un lance-grenade automatique destiné à des applications militaires, transformé en une arme antiémeute «non létal».

Pour les manifestants, cela fait une sacrée différence. Le Flash-ball avait une portée d'une dizaine de mètres contre une cinquantaine pour le LBD 40. Ici, les balles tournent sur elles-mêmes grâce à un canon rayé et sont stables sur la distance. Surtout, le LBD 40, contrairement à son prédécesseur, se porte à l’épaule et s’accompagne d’un viseur électronique.

D'après une note des directeurs de la police et de la gendarmerie, les victimes risquent des lésions importantes suite à un tir de moins de 10 mètres. Le torse, les membres inférieurs et supérieurs sont les cibles autorisées. Il est interdit de viser la tête, mais les faits démontrent bien que bien des têtes sont touchées...

Le Défenseur des droits de la République française, Jacques Toubon, a réitéré hier sa demande au Gouvernement de suspendre l'utilisation du LBD 40 dans les manifestations: «Ils présentent une dangerosité qui fait que l'intégrité des personnes qui manifestent peut être atteinte». Pour lui, il en va de la préservation du droit de manifester. Le samedi 12 janvier, le dernier acte des gilets jaunes, cinq personnes ont été grièvement blessées par des tirs imputés au LBD 40.

Castaner défend le LBD

Cependant, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a défendu ce vendredi l'utilisation du LBD 40: «Si vous supprimez les moyens de défense à nos forces de l'ordre, il leur reste quoi? Il leur reste le contact physique, et il y aura certainement beaucoup plus blessés, ou il leur reste l'utilisation de leurs armes de poing qui est la solution ultime», a-t-déclaré sur Europe 1.

«Nous avons besoin de pouvoir utiliser des lacrymogènes, des outils comme le LBD»pour «continuer à protéger l'ordre public» face à une «grande violence» et à «des attaques systématiques contre nos institutions et nos forces de l'ordre», a-t-il ajouté.

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