Vaud: «C'était l'âme véritable de la Cinémathèque»

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Vaud«C'était l'âme véritable de la Cinémathèque»

Le père de la Cinémathèque suisse, Freddy Buache, a tiré sa révérence à l'âge de 94 ans, mardi.

Le fondateur de la Cinémathèque suisse Freddy Buache est décédé mardi à l'âge de 94 ans. Il avait dirigé l'institution sise à Lausanne de 1951 jusqu'en 1996. Il a rédigé nombre de livres sur le cinéma suisse. Il avait reçu un Léopard d'honneur à Locarno en 1998.

Sa mort a été annoncée jeudi par la Cinémathèque suisse sur Twitter. Né le 29 décembre 1924, ce passionné de cinéma a marqué durablement l'histoire du 7e art. D'abord critique cinématographique à la «Nouvelle Revue de Lausanne» (1952-1959) puis, dès 1959, à la «Tribune de Lausanne», devenu plus tard «Le Matin», il a également co-dirigé le Festival de Locarno de 1966 à 1972.

Rencontre décisive

Né le 29 décembre 1924, Freddy Buache grandit à Villars-Mendraz (VD). Ses parents tiennent l'auberge du village. A 7 ans, il fait sans le savoir une rencontre décisive. Un montreur de films lui révèle que les images mouvantes peuvent être émouvantes et que les étoiles ne brillent pas qu'au ciel.

Jovial, quoique timide par nature, Freddy Buache s'intéresse d'abord à l'écriture. Journaliste et critique d'art, il publie aussi des poésies. Dès 1948, il explore le chemin de l'art dramatique en fondant à Lausanne, notamment avec Charles Apothéloz, la troupe de théâtre ambulante des Faux-Nez.

Une «passion gigantesque»

Freddy Buache a été un ardent défenseur du cinéma d'auteur, et l'un des artisans du renouveau du cinéma suisse. Il défendait un cinéma exigeant et mettait une «passion gigantesque dans tout ce qu'il faisait», se souvient Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque.

«Freddy Buache a porté pendant plus de 45 ans la Cinémathèque suisse, c'était l'âme véritable de la Cinémathèque», a expliqué à Keystone-ATS Frédéric Maire. Il y a amené une collection de films «extraordinaires» et a permis de les faire connaître dans le pays. «A l'époque, il allait porter la bonne parole du cinéma d'auteur», ajoute Frédéric Maire, qui se rappelle avoir découvert certains cinéastes grâce à lui durant ses années d'école à Neuchâtel. «C'était un montreur, un passeur de films».

Cinéma suisse

Deuxième rôle «fondamental»: il a été un des artisans du renouveau du cinéma suisse. Il avait des liens avec les directeurs du festival de Cannes. C'est grâce à lui que les premiers films de Tanner, Soutter, Goretta, Reusser et Daniel Schmid y ont été montrés. «Avec les cinéastes, il a milité en faveur de la loi sur le cinéma (1963) qui reconnaissait le cinéma comme une création artistique importante».

Freddy Buache était aussi un critique cinématographique. «Il avait une vision du cinéma exigeante. Il pouvait être assez rude dans ses critiques. Il cherchait un cinéma novateur», ajoute le directeur actuel de la Cinémathèque. «Il aimait bien pousser une gueulante, mais c'était à bon escient, pour défendre le cinéma, contre la censure notamment».

D'autres chemins

«Freddy Buache était proche des surréalistes. Luis Buñuel était un de ses amis. Il aimait un cinéma qui cherchait d'autres chemins pour raconter le monde», observe M. Maire. «Il a défendu les premiers films de Jean-Luc Godard, de Theo Angelopoulos qui étaient ses amis».

Récemment, en avril, Jean-Luc Godard et Freddy Buache s'étaient croisés à la Cinémathèque, lors de la remise du Prix FIAF, la Fédération internationale des archives du film, au cinéaste. «Ils se parlaient souvent, ils se voyaient un peu moins, en raison des problèmes de mobilité de Freddy Buache», se souvient Frédéric Maire.

Un mercredi sur deux, désormais nonagénaire, il donnait toujours ses cours aux étudiants, un partenariat entre l'Université de Lausanne et la Cinémathèque. «C'était bondé en permanence», raconte Frédéric Maire. «Freddy Buache, c'était une mémoire vivante. Il a vécu la naissance des cinémathèques et a rencontré les plus grands réalisateurs du monde. Quand il parle de Milos Forman, de Buñuel et de Godard, en disant qu'il les a rencontrés, c'est unique».

Réaction de Baier

Freddy Buache avait une telle passion, une telle énergie pour transmettre le cinéma. Il vivait, il narrait l'histoire du cinéma de l'intérieur et toujours avec rigueur, raconte Lionel Baier.

«Je l'ai eu comme professeur quand j'étais étudiant à l'Université de Lausanne», relate Lionel Baier, réalisateur et enseignant de cinéma à l'ECAL. Il se souvient de Freddy Buache, assis au premier rang, dans la salle du Cinématographe, qui demandait d'un geste à l'opérateur de lancer un extrait et qui criait lorsque ce dernier se trompait: «Il connaissait les extraits, à l'image près».

Pour Lionel Baier, Freddy Buache a eu une importance majeure pour le cinéma, peut-être sous-estimée parce qu'il n'était pas un créateur. «Il fait partie des pères fondateurs des cinémathèques, comme Henri Langlois à Paris. Il a milité dès les années 40 et 50 pour qu'on se rende compte que le cinéma devait être préservé», a-t-il dit à Keystone-ATS.

(ats)

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