Granges-Marnand (VD): «Ca doit être dur pour le mécanicien»

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Granges-Marnand (VD)«Ca doit être dur pour le mécanicien»

Le conducteur CFF accusé d'homicide par négligence suite à la collision frontale de 2013 ne s'est pas présenté à son procès. Réactions.

par
Benjamin Pillard
Les parents de la victime se sont rendus à la salle d'audience cantonale vaudoise en espérant enfin rencontrer le mécanicien qui avait grillé un feu le 29 juillet 2013.

Les parents de la victime se sont rendus à la salle d'audience cantonale vaudoise en espérant enfin rencontrer le mécanicien qui avait grillé un feu le 29 juillet 2013.

Maxime Schmid

Ils avaient pourtant déclaré publiquement n'éprouver aucune haine ou animosité à son encontre. Au contraire: cela fait près de 4 ans que Brigitte et Bernard Bourdon souhaitent rencontrer Richard*, le mécanicien CFF de 58 ans qui avait provoqué l'accident mortel de Granges-Marnand (VD), le 29 juillet 2013, après avoir grillé un feu rouge.

Leur fils cadet, Jonathan (24 ans), aux commandes du RegioExpress qui circulait normalement en sens inverse, n'avait pas survécu à la violente collision frontale qui avait fait 26 blessés dont six graves. «J'aimerais pouvoir l'aider à trouver sa paix intérieure», confiait dans nos colonnes la maman endeuillée.

«Pas en état» psychologique

Mis au courant par «Le Matin» que Richard se retrouvait finalement seul sur le banc des accusés et que son procès devait se tenir hier, les parents de Jonathan ont fait la route depuis leur région du Pays de Gex (F) jusqu'à la salle d'audience cantonale vaudoise, à Renens. Pour rien: en arrêt maladie, le quinquagénaire lausannois ne s'est pas présenté. «Son médecin a considéré la semaine dernière qu'il n'était pas en état – pour des raisons psychologiques», a indiqué son avocate, Me Tiphanie Chappuis. «J'avais prévenu le Tribunal de la Broye et du Nord vaudois, qui a souhaité néanmoins maintenir l'ouverture des débats…»

«Une Cour ne peut jamais savoir si un accusé va quand même se présenter; en l'occurrence le certificat médical ne date que de quelques jours – l'intéressé aurait pu se sentir mieux», réagit pour sa part le procureur Stephan Johner. «Je comprends, ça doit être vraiment dur pour lui», lâche Brigitte Bourdon. «Nous aurions préféré le rencontrer aujourd'hui, que les choses avancent, et que cet homme puisse aussi être déchargé de ce poids qu'il porte, complète son mari, Bernard. Je pense qu'il ne pourra pas tourner la page tant que ce jugement n'aura pas eu lieu.»

Le premier juge de la Broye et du Nord vaudois, Éric Eckert, a fait savoir que l'audience se tiendrait après l'été. Quitte à ce que Richard soit jugé par défaut.

«Rien à reprocher aux CFF»

Le couple Bourdon s'en contenterait: «Nous tenons à prendre connaissance des réquisitions du procureur pour voir s'il va vraiment aller jusqu'au bout de son raisonnement, à savoir ne pas mettre les CFF en cause de quoi que ce soit. C'est un peu ce qui nous inquiète.» Une position déjà assumée par Stephan Johner. «L'enquête et l'expertise ont démontré que les CFF avaient respecté toutes les normes en vigueur, que ce soit en matière de sécurité des installations ou de formation du personnel – notamment du mécanicien en cause», commente le représentant du parquet. «On ne peut rien leur reprocher du point de vue pénal.»

* Prénom d'emprunt

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