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Compte rendu«Ça m'a rendu fou qu'elle me traite de connard»

Le meurtrier d'Assens a éclairé le tribunal sur les circonstances exactes qui l'ont poussé à commettre ce meurtre.

par
Anne-Florence Pasquier
L'arrivée du prévenu ce matin au tribunal.

L'arrivée du prévenu ce matin au tribunal.

Jean-Guy Python

Le regard fixe sur une feuille, le prévenu tient un stylo entre ses grandes mains. Mécaniquement, il le tourne, sans cesse. Avec un grand calme, T.G., 46 ans, décrit les circonstances exactes du drame. Ce soir du 27 octobre 2012 où dans sa maison d'Assens, il a étranglé son épouse, puis l'a enterrée dans un bois.

L'acte d'accusation supposait que T.G. avait étranglé sa femme alors qu'elle dormait. Lors de son audition, le prévenu est resté fidèle à sa première version, soit «suite à une dispute qui a dégénéré».

La peur de la voir partir

Deux semaines que le couple ne se parle presque plus. A l'automne 2012, avec la fatigue, le stress de la naissance de leur fils en juillet et une belle-famille envahissante, le prévenu passe un week-end sur deux chez ses amis «pour décompresser, souffler», alors qu'il est candidat à un poste supérieur. Son épouse profite de passer du temps avec sa sœur jumelle.

Il est prévu que le 2 novembre sa femme parte en Roumanie avec leur fils pour le présenter à sa belle-famille. Le jour du drame, le prévenu revient d'un dîner. Chez lui se trouve ses belles sœurs et son beau-frère. «J'étais fâché de les trouver là, j'étais épuisé et je voulais rester tranquille et me reposer.» Rapidement, il appelle l'un de ses meilleurs amis, lui confie que sa belle-famille est à nouveau là. Son ami, qui connaît le contexte tendu du couple, l'invite à passer la soirée chez lui à Saint-Légier. Il décide d'y rester dormir. «Après un film et quelques bières, je suis allé me coucher. Je ne pouvais pas rentrer car il y avait de la neige, les routes étaient mauvaises, explique le prévenu. Je n'arrivais toutefois pas à dormir, j'ai repensé au fait que ma belle-famille était arrivée à notre maison avec deux voitures. Les affaires dans la chambres étaient prêtes. J'ai ruminé cela. Je me suis convaincu que mon épouse allait partir le lendemain en Roumanie, il fallait que je me lève, que j'aille la voir. Je ne pouvais pas la laisser partir alors qu'on était brouillé», raconte le meurtrier.

Il lui caresse une dernière fois la joue

En pleine nuit, il part alors discrètement retrouver sa femme à Assens. «J'ai essayé de la réveiller en douceur en lui caressant la joue. Est-ce qu'elle dormait vraiment? Je ne sais pas», commence-t-il par décrire. Selon lui, alors qu'il réussit à la réveiller, elle lui répond de «façon agressive, c'est trop tard, tire-toi connard va te bourrer la gueule chez tes copains». Elle aurait ensuite à nouveau évoqué le divorce. «J'ai explosé, c'était inimaginable. Qu'elle me traite de connard, ça m'a rendu fou. J'étais à bout, je n'avais plus l'énergie de me contrôler et là, je me souviens que je voulais la faire taire. Je l'ai secoué et lui ai dit: tu t'es bien foutu de ma gueule salope!» Et puis, le trou noir.

Conscient qu'il vient de tuer sa femme avec ses propres mains, il n'a qu'un objectif en tête, gagner du temps. «Je devais mettre mon fils en sécurité et terminer mes projets au travail», argumente-t-il. Il déshabille le corps, puis le transporte pour l'enterrer dans un bois."«C'était horrible, une solution terrible et choquante, mais c'était la seule», déclare-t-il.

Malgré les soupçons de préméditation du tribunal et du procureur, le prévenu nie avoir eu l'idée d'agir ainsi.

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