11.03.2015 à 14:28

natationCamille Muffat avait dit "Stop" comme d'autres grands nageurs (PAPIER D'ANGLE)

Par Sabine COLPART Paris, 11 mars 2015 (AFP) - Elle n'avait que 25 ans.

La championne olympique Camille Muffat est décédée lundi dans un accident d'hélicoptère, juste 8 mois après avoir abandonné la natation, qui l'avait trop coupée d'une vie "normale", comme d'autres grands nageurs. "Je vois des amis qui se marient, qui ont des enfants, d'autres qui ont des carrières professionnelles. J'ai aussi des amis qui sont décédés dans des accidents. Et c'est là qu'on se dit: il n'y a pas que ça dans la vie", avait confié Camille Muffat dans un entretien à l'AFP en décembre dernier pour expliquer l'arrêt soudain de sa carrière. Comme un mauvais coup du sort, Camille Muffat a trouvé la mort dans un accident. Elle avait surpris tout son monde en juillet dernier en annonçant brutalement mais pas sur un coup de tête, l'arrêt de sa carrière. Une retraite à quelques semaines de l'Euro-2014, à deux ans des jeux Olympiques de Rio. Et alors qu'elle venait de retrouver son niveau des JO-2012 de Londres où elle avait glané 3 médailles dont l'or sur 400 m libre. "Je n'aurais jamais pensé arrêter avant Rio, il n'y avait pas de raison, c'est clair. On s'entraîne pour un but précis alors pourquoi à quelques semaines du championnat d'été ? Pourquoi une saison pour rien ?" Elle avait répondu à ses propres interrogations par le ras-le-bol d'une vie de nageuse exclusive et constamment éreintante. "Il n'y a pas de plaisir constant dans ce qu'on fait. C'est intensif en permanence et on a peu le temps de goûter à autre chose. On ne peut jamais s'arrêter, on voit très peu de paysages. C'est un sport très difficile et on sort totalement vidé de chaque entraînement. Et si ce n'est pas le cas, c'est qu'on ne s'est pas bien entraîné", avait-elle raconté. Muffat a fait ses premières longueurs à l'âge de 7 ans. A 10 ans, elle montrait déjà un gros potentiel. A 15 ans, elle est "montée" en cadence; de 7 à 8 heures par jour. Les deux dernières années de sa carrière, elle nageait 15 km par jour. Et ce 7 jours sur 7 à certaines périodes. La Niçoise a été sous la coupe de Fabrice Pellerin, un entraîneur, très dur et exigeant, auquel elle est restée fidèle jusqu'au bout. Pellerin a également été le mentor de Yannick Agnel, sacré lui aussi aux JO-2012. Mais un an plus tard, Agnel quittait précipitamment Nice, arrivé à un point de rupture avec l'entraîneur. Le double champion olympique a même envisagé de tout arrêter mais il s'est trouvé une bouffée d'air en s'exilant aux Etats-Unis en juin en 2013. Après quinze mois à Baltimore, Agnel s'est posé à Mulhouse, où il profite également de la vie avec sa petite amie. Vivre une vie de couple, quand on a 20 ans, c'est ce qui a décidé Muffat à arrêter, tout comme l'avait fait Laure Manaudou. L'égérie de la natation française avait tout plaqué en avril 2007 pour aller filer le parfait amour avec son chéri italien, lassée des 18 km quotidiens que lui infligeait Philippe Lucas. La natation est passé au second plan. En janvier 2009, elle met un terme à sa saison et en avril 2010 elle donne naissance à sa fille Manon. Son petit frère, Florent Manaudou, champion olympique du 50 m libre en 2012, a lui aussi été gagné par la lassitude la saison dernière, perturbé aussi par le décès d'un ami. "Parfois ce n'est pas simple au quotidien, il y en a plein qui ont arrêté prématurément. Des fois on a envie de souffler", avait-t-il raconté. A l'opposé, on trouve cependant des nageurs dont la carrière s'étire. La Suédoise Therese Alshammar, octuple médaillée mondiale et maman l'année dernière, est toujours dans les bassins à 37 ans. Et que dire de l'Américaine Dara Torres, qui à 41 ans avait participé à ses 5es JO en 2008 à Pékin, décrochant 3 médailles d'argent. Voire du phénoménal Michaël Phelps, l'homme aux 18 titres olympiques, qui avait annoncé son retrait après les JO de Londres, avant de retrouver les bassins un an plus tard. De quoi alimenter des regrets chez les retraités prématurés ? "Un jour c'est apparu comme une évident pour moi. Je ne regretterai jamais. Je n'ai aucune raison de regretter quoique ce soit parce que je suis déjà très contente de ce que j'ai accompli", avait assuré Camille Muffat, en décembre dernier. sc/pga/jcp

(AFP)

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