Construction: Canicule: la santé des travailleurs prime sur les délais
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ConstructionCanicule: la santé des travailleurs prime sur les délais

Le conseiller national Pierre-Yves Maillard estime qu’en cas de grosses chaleurs, les chantiers doivent pouvoir s’arrêter sans que les entreprises soient frappées de pénalités pour les retards.

par
Eric Felley
Selon le syndicat Unia, il n’est plus possible de travailler lorsque la température atteint 35 degrés.

Selon le syndicat Unia, il n’est plus possible de travailler lorsque la température atteint 35 degrés.

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Le début de la semaine prochaine s’annonce encore sous un ciel caniculaire. Pour les personnes qui travaillent sur les chantiers, ce sont des conditions de travail de plus en plus pénibles. Pour le syndicat Unia (voir encadré), il faut déjà prendre des mesures à partir de 30 degrés et, à partir de 35 degrés, le chantier doit être arrêté. Mais cela ne passe pas toujours ainsi pour des raisons économiques. Le conseiller national et président de l’Union syndicale suisse Pierre-Yves Maillard (PS/VD) évoque dans une interpellation à Berne un problème connexe qui n’incite pas à arrêter les chantiers.

Un choix cornélien

En effet, les entreprises de construction sont généralement tenues pas des délais assortis de pénalités financières en cas de retard. Pour le Vaudois, en cas de fortes chaleurs, «les entrepreneurs se retrouvent devant un choix cornélien. S’ils assurent la sécurité de leurs employés en fermant leurs chantiers lors de fortes chaleurs, conformément à l’article 37 de l’ordonnance sur les travaux de Construction, les pénalités pratiquées par le maître d’œuvre ou le maître d’ouvrage mettront en danger la pérennité de leurs entreprises».

Campagne de prévention

Ainsi, de nombreuses entreprises choisissent de poursuivre leurs chantiers sous un cagnard d’enfer au détriment de la santé des travailleurs. Pierre-Yves Maillard interpelle le Conseil fédéral: «Est-il envisagé par le Conseil fédéral de rappeler aux maîtres d’ouvrage que ces pratiques mettant en danger les ouvriers de la construction ne sont pas acceptables? Est-il possible pour le Conseil fédéral de mettre en place une campagne de prévention concernant les dangers liés à la chaleur sur les chantiers à destination des maîtres d’ouvrage?»

Une moyenne de 25 jours par année

Ces questions deviennent brûlantes, si l’on peut dire, car le nombre de jours caniculaires dans une année ne cesse d’augmenter: «Alors que les journées de «chaleurs tropicales» étaient exceptionnelles par le passé, note le président de l’USS, aujourd’hui, chaque année connaît des épisodes caniculaires. Selon Météo Suisse, ces journées seraient passées de maximum 10 par année à une moyenne de 25. Et la situation va, dans les prochaines décennies, continuer à se dégrader».

Risque d’hyperthermie

Pierre-Yves Maillard rappelle deux épisodes de canicule en 2019, où le thermomètre a grimpé jusqu’à 38 °C dans la région de Sion: «Des travailleurs, ainsi que des entreprises ont constaté qu’il est irresponsable de ne pas interrompre le travail en extérieur sur les chantiers lors des passages caniculaires les plus extrêmes. Le risque auquel des travailleurs qui sont exposés trop longtemps à des chaleurs extrêmes soient victimes d’hyperthermie est trop élevé».

Le Vaudois estime donc que les interruptions de chantier pour cause de canicule doivent prolonger le délai contractuel et repousser d’autant les pénalités: «Les règles du CO concernant le contrat d’entreprise stipulent que toute date limite des travaux est soumise à la condition tacite que les travaux puissent se dérouler normalement».

Les règles concernant la canicule selon Unia

  • Informer les travailleurs sur les risques du soleil, de la chaleur et de l’ozone.

  • Prévoir des moyens de protection (vêtements appropriés, crème solaire, etc.) et suffisamment d’eau.

  • Organiser des lieux de pause au frais et installer des protections contre le soleil comme des toiles.

  • Adapter l’organisation du travail selon les températures (travail dur le matin, pauses supplémentaires et plus longues, limitation des tâches les plus pénibles physiquement).

  • Lors de températures supérieures à 30 °C, organiser des pauses supplémentaires de cinq minutes par heure.

  • Arrêter complètement le travail à des températures nocives pour la santé dès 35 °C.

  • Garantir les premiers secours et une surveillance des travailleurs pour être en mesure d’intervenir en cas de besoin.

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