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SantéCannabis: l'étude implacable

Une étude choc revient sur vingt ans de recherches sur les effets néfastes du cannabis. Effrayant et instructif.

par
Renaud Michiels
L’expérience clinique a montré que diaboliser un produit ou dramatiser ses effets est contre-productif.

L’expérience clinique a montré que diaboliser un produit ou dramatiser ses effets est contre-productif.

Keystone

Dans le monde anglo-saxon, elle est présentée comme une «étude choc» sur les ravages possibles du cannabis. Dépendance, accidents, dégâts psychiques et physiques: tout y passe. Publiée dans la revue Addiction, cette recherche a été menée par le professeur Wayne Hall, expert en addictions au King’s College de Londres et conseiller de l’OMS. Elle ambitionne de mettre à plat toutes les connaissances accumulées depuis vingt ans. Par chapitres. Voici les principaux.

DÉPENDANCE

Un consommateur régulier sur dix risque de devenir dépendant. Un sur six parmi ceux qui ont débuté à l’adolescence. «Si le cannabis n’est pas addictif, alors l’héroïne et l’alcool ne le sont pas non plus!» a tranché le Pr Hall dans le Daily Mail. L’étude précise qu’en cas de sevrage les symptômes sont les mêmes que pour d’autres drogues: anxiété, insomnies, perte d’appétit, dépression. Mais note que les conséquences «sanitaires et sociales» d’une dépendance au cannabis «semblent moins sévères que celles rapportées pour l’alcool ou des opiacés».

OVERDOSE

Des chercheurs ont pu le croire il y a vingt ans, c’est fini: le cannabis n’engendre pas d’overdose, aucun cas n’a jamais été répertorié. Pour risquer le décès il faudrait ingérer «entre 15 et 70 grammes» de THC. «Même un très gros fumeur ne pourrait pas consommer une telle quantité en un jour», lit-on.

AUTRES DROGUES

«L’usage régulier de cannabis dans l’adolescence est fortement associé à celui d’autres drogues», selon l’étude. Alcool, tabac, cocaïne, héroïne, etc. Selon la recherche, il n’y a pas de liens de causes à effets. Ceux qui abusent de marijuana ont simplement davantage accès à d’autres substances.

SCOLARITÉ

Le THC entraîne des problèmes pour apprendre, mémoriser, s’exprimer. Résultat: à l’adolescence, fumer régulièrement des joints «double le risque d’abandonner sa scolarité rapidement».

CERVEAU

Selon la recherche, une consommation de marijuana sur des années débutée dès 13 ans «peut engendrer une perte de Q.I. de 8 points». Récupère-t-on toutes ses facultés en cas d’arrêt? Pour l’étude «ce n’est pas clair».

IMPACTS PSYCHIQUES

L’usage régulier à l’adolescence double le risque d’être diagnostiqué schizophrène ou de développer des symptômes psychotiques. L’étude note cependant qu’aucun lien de causes à effets n’est démontré.

IMPACTS PHYSIQUES

Un usage régulier du cannabis implique une possibilité de bronchites chroniques. Pour les adultes, le risque d'infarctus du myocarde est «probablement» plus élevé. Le THC n’est pas cancérigène. Mais le seul fait de fumer peut causer des cancers de la bouche, de la langue et de l’œsophage. L’impact sur les cancers du poumon n’est pas vérifié car les amateurs de joints fument également souvent des cigarettes.

GROSSESSE

Si la mère consomme durant sa grossesse, le bébé aura en moyenne un poids un peu plus léger. Mais il semble qu’il n’y a pas d’effets durables sur la future intelligence ou santé de l’enfant.

ACCIDENTS

Le cannabis tue: il «double le risque d’accidents de la route». L’étude relève par exemple que 2,5% des accidents mortels en France seraient liés à la marijuana (29% pour l’alcool).

CONCLUSION

Que penser de cette étude? «Le cannabis est dangereux au volant, oui. Il peut rendre dépendant, oui. Il existe un lien avec des troubles comme la schizophrénie, oui – d’ailleurs le même lien existe avec le tabac ou l’alcool. C’est une compilation. Pour les spécialistes il n’y a ici rien de vraiment nouveau», réagit Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA).

Selon lui, l’étude est sérieuse. Mais il se montre sceptique sur le message induit, qui sonne comme le procès d’une substance. «Quand on a fini de lire l’étude, on peut arriver à la conclusion simpliste que le THC, c’est mal… Or l’expérience clinique a montré que diaboliser un produit ou dramatiser ses effets est contre-productif. Pour lutter contre les consommations problématiques des ados, il faut un discours de vérité et être plus nuancé. Si on lui dit que s’il fume un joint il va finir schizophrène puis mort avec une seringue dans le bras, il ne va pas le croire. Ne va pas parler. Et va s’isoler. On ne pourra donc pas l’aider, l’accompagner.» Et de noter que «la France est l’un des pays qui a le discours le plus diabolisateur envers le cannabis». Or on y trouve aussi plus de jeunes accros aux joints.

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