Vaud: Capverdien criminel: le procureur général s'en mêle
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VaudCapverdien criminel: le procureur général s'en mêle

Le chef de file du Ministère public vaudois désavoue l’un de ses subordonnés, en demandant le renvoi au Portugal du père de famille condamné en avril pour tentative de meurtre.

par
Benjamin Pillard
Condamné à 3 ans de prison dont la moitié avec sursis, le Capverdien de 27 ans était ressorti libre du tribunal de Lausanne, ayant déjà purgé ses 18 mois ferme.

Condamné à 3 ans de prison dont la moitié avec sursis, le Capverdien de 27 ans était ressorti libre du tribunal de Lausanne, ayant déjà purgé ses 18 mois ferme.

Sébastien Anex

«Un appel a été déposé dans cette affaire que j’ai reprise, conformément à la loi sur le Ministère public», annonce Éric Cottier. Procureur général vaudois, le magistrat a dessaisi son collègue Pascal Gilliéron du dossier «Eduardo*». Le représentant du Parquet de Lausanne avait renoncé courant avril à requérir l’expulsion de ce Capverdien de 27 ans vers son Portugal natal, alors que ce dernier était accusé de tentative de meurtre. Un délit synonyme de renvoi obligatoire depuis octobre 2016, date de l’entrée en vigueur de l’initiative populaire prônant le refoulement des étrangers criminels.

Trois juges du tribunal d’arrondissement étaient allés dans le même sens, tout en concédant avoir «fait une faveur» à celui qui avait perforé l’intestin d’un compatriote, 18 mois plus tôt, sur le dancefloor d’une disco de la ville. Afin de «favoriser sa réinsertion», et lui permettre de «s’occuper de sa famille». Si bien qu’Eduardo avait recouvré la liberté à l’issue de son procès, la Cour lui ayant accordé le sursis pour le solde de condamnation à 3 ans de prison (lire notre édition du 12 avril).

Le Conseil d'Etat devra aussi de prononcer sur l'affaire

Une «faveur» qui n’avait pas manqué de faire réagir le monde politique. La clause de rigueur prévue par la loi ne devrait pas devenir la règle, nous confiait en substance le vice-président du PLR Christian Lüscher. Son homologue écologiste Lisa Mazzone qualifiait ce jugement de «justifié», arguant que le Capverdien aurait «un droit à la vie de famille» en Suisse, dès lors que l’individu «s’est construit comme adulte dans notre pays». Pour mémoire, Eduardo – au bénéfice d’un CFC de peintre en bâtiment depuis son arrivée en terres vaudoises à l’âge de 18 ans – s’était rapidement retrouvé au chômage, puis à l’aide sociale, et avait eu un enfant en 2015, avec une compatriote domiciliée en France voisine. Ses démarches pour un regroupement familial à Bex (VD) avaient été interrompues par son incarcération préventive.

«Il est normal et humain pour quiconque de vouloir rester dans le pays où l’on vit depuis dix ans», réagit l’avocat du condamné, Me Simon Perroud. «Cela étant, cet appel du procureur général change objectivement la donne: le Tribunal cantonal sera amené à revoir l’appréciation des premiers juges.»

Le Conseil d’État devra aussi se prononcer sur l’affaire, le député UDC Thierry Dubois ayant déposé une interpellation début mai. Un texte qui demande formellement au gouvernement cantonal s’il «cautionne» le verdict de première instance.

* Prénom d'emprunt

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