Rencontre - Carlos Leal: «Tourner face à Al Pacino, c’était un rêve!»
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RencontreCarlos Leal: «Tourner face à Al Pacino, c’était un rêve!»

De passage à Lausanne, le comédien romand installé à Los Angeles, jadis leader du groupe de rap Sens Unik, s’est confié au matin.ch.

par
Laurent Siebenmann
À 51 ans, installé depuis une dizaine d’années à Los Angeles, Carlos Leal mène tambour battant sa carrière de comédien.

À 51 ans, installé depuis une dizaine d’années à Los Angeles, Carlos Leal mène tambour battant sa carrière de comédien.

lematin.ch/Petar Mitrovic

Il arrive décontracté, souriant et visiblement en grande forme. Profitant de la fin du tournage d’une série allemande à Malte, Carlos Leal passe par la Suisse. Avant de rejoindre Zurich pour y participer à une avant-première, le comédien romand et ex-leader du groupe de rap Sens Unik s’est arrêté à Lausanne. Installé depuis une dizaine d’années à Los Angeles où il mène une carrière de comédien riche et variée, il est manifestement heureux de retrouver le chef-lieu du canton de Vaud où il a gardé de la famille et de nombreux potes.

Si l’on a pu voir Carlos Leal dans des productions internationales et diverses, notamment en Allemagne, en Espagne, en France ou aux États-Unis, c’est bien en Suisse que ce grand gaillard de presque 1,90 m va entamer les prises de vues d’un nouveau film, à Brunnen, au bord du lac des Quatre-Cantons.

On peut en savoir plus sur ce film, Carlos Leal?

Le hasard est parfois magique. Je devais déjà tourner un film qui est finalement tombé à l’eau avec le réalisateur de ce nouveau long-métrage espagnol. Comme je suis de passage en Suisse, et que je viens de terminer à Los Angeles la nouvelle saison de la série «The L Word: Generation Q», j’ai prolongé mon voyage pour concrétiser une envie commune de travailler ensemble. Le film va se passer dans un décor unique, un magnifique hôtel à Brunnen…

De nombreux adolescents romands rêvent à une carrière internationale. Peu la tentent réellement. Qu’est-ce qui vous a donné «le jus» pour foncer?

Quand j’ai décidé de devenir comédien, je n’ai pas voulu réitérer l’erreur commise avec Sens Unik. Nous avions, alors, beaucoup de succès, jusqu’en France. Mais, à l’époque, nous nous sommes contentés de ce succès sans prendre le risque de nous installer à Paris pour voir «plus grand». On était bien à Lausanne, avec notre public, avec nos potes Alors, cette fois, j’ai voulu réellement tenter ma chance, pousser le bouchon plus loin. Et pour ça, il fallait aller à Paris. C’est là que tout a commencé.

Ce manque de jusqu’au-boutisme avec Sens Unik, c’est un regret?

Non, l’aventure Sens Unik a été merveilleuse et cela m’a juste servi de leçon, afin de ne pas commettre la même erreur. Je suis donc parti à Paris où rien n’a été facile, voire hardcore. Venant de Suisse où l’humilité et la discrétion sont des valeurs cardinales, j’ai dû apprendre à jouer des coudes, à me faire entendre, à me «vendre». Ça a été un apprentissage qui m’a beaucoup aidé. C’est notamment à Paris que j’ai décroché un rôle lors du casting de «Casino Royale». Cela n’aurait pas pu se produire en restant à Lausanne.

«Bien bosser, être discipliné, humble - sans exagération - m’a beaucoup aidé.»

«Bien bosser, être discipliné, humble - sans exagération - m’a beaucoup aidé.»

lematin.ch/Petar Mitrovic

Votre carrière donne le sentiment que vous agissez comme un charpentier qui construit sa maison avec méthode, en s’assurant que les fondations sont solides.

Je viens d’une famille d’artisans. Mon père était tailleur, ma maman couturière. Ça vient peut-être de là. Et puis, en Suisse, la méticulosité est quelque chose d’important. Donc j’imagine que cela a un impact sur ma façon de travailler et de considérer l’élaboration d’une carrière. Tu peux réussir quelques coups d’éclat dans ton parcours mais, dans l’intervalle, tu dois fignoler et travailler les transitions avec précision.

L’esprit helvétique est donc un avantage?

Absolument. Bien bosser, être discipliné, humblesans exagérationm’a beaucoup aidé. Aujourd’hui encore, lorsque je me présente à un casting, je ne prends pas les choses à la légère. Je suis très ambitieux. (Il sourit) Heureusement, prendre de l’âge me calme. Je ne cours plus après les récompenses ou les tapis rouges. (Il rit.)

Après quoi courez-vous?

Après la qualité artistique de mon travail. Je ne veux pas me trahir, je préfère être satisfait de mes réalisations. Et être aimé, autant que faire se peut, du public. Depuis jeune, je rêve de cela. Mais je m’en détache et n’ai plus besoin de cela pour être forcément heureux. Et être heureux, qu’est-ce que ça veut dire? Les moments sombres, ça peut aussi apporter quelque chose, te faire apprécier le bonheur. Bon, soyons clair, il m’arrive de tourner des merdes où tu me vois dans deux plans tirer un coup de revolver et me faire descendre. (Il rit.) Mais ça remplit le frigo, ça permet de tenir financièrement pour pouvoir choisir de tourner dans de bons projets plus passionnels.

Comme «American Traitor: The Trial of Axis Sally» qui sort cette année et où vous jouez face à Al Pacino?

C’était un rêve d’avoir un rôle face à Al Pacino! Pour moi, ça représente plus que «Casino Royale». Cet acteur est une légende. Je joue un témoin, lors d’un procès. La scène que nous avons tournée, face-à-face, a duré 7 minutes. Tout ne sera évidemment pas gardé au montage mais quel pied. Pacino, c’est un «monstre». On a tourné sans répétition! Je suis arrivé, maquillé. On m’a indiqué ma place, face aux caméras et aux figurants. Quand Al Pacino est arrivé, tout le monde l’a applaudi. (Il sourit.) Et ça s’est bien passé. Je ne me suis pas planté, la première prise était bonne. Puis on l’a retournée une dizaine de fois, en variant les angles de caméras. Dans des moments comme ça, avoir dû, par le passé, affronter un énorme public lors des concerts de Sens Unik m’a appris à garder mon calme, à ne pas trembler.

Vous êtes-vous parlé, ensuite?

Il m’a serré la main. Et là, je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser partir sans faire un selfie avec lui. Je n’aime pas du tout faire ça mais quand je l’ai vu accepter de prendre des photos avec d’autres gens, je me suis lancé. Et il a été très, très cool. Il prend vraiment un plaisir incroyable sur un plateau, il s’amuse, joue, tente des choses à chaque nouvelle prise

Carlos Leal et Al Pacino.

Carlos Leal et Al Pacino.

Facebook/Carlos Leal

Parlez-moi également de ce film avec Mark Wahlberg et Mel Gibson que vous venez de tourner.

Si le titre de travail ne change pas, cela s’appellera «Stu». C’est l’histoire d’un boxeur venu du fin fond des États-Unis. Il ne peut plus pratiquer son sport et tombe amoureux d’une Mexicaine très croyante. Je joue le curé de l’église qu’elle fréquente et qu’il devra affronter. (Il rit.)

Mark Wahlberg et vous partagez la même passion pour la musique.

Oui, on en a parlé. C’est un homme formidable, humble. C’est lui qui produit ce long-métrage, également. Il était surpris de savoir que j’avais évolué dans le monde du rap. Lui avec Marky Mark et moi avec Sens Unik. Dans ce film, Mel Gibson joue son père. Je n’ai croisé ce dernier que sur une scène mais il a été très sympa, contrairement à ce que l’on dit.

Vous vivez depuis une dizaine d’années à Los Angeles où la famille que vous avez fondée semble être votre ciment.

Ça me nourrit. C’est important car ma femme, Joelle, et moi y avons construit une famille très fusionnelle. Avec nos enfants, Elvis et Tyger, nous sommes seuls. À Los Angeles, il n’y a pas de grand-maman, de grand-papa, ni de cousines ou de cousins. Nous avons connu des moments difficiles mais cette famille me donne beaucoup de force dans une ville très individualiste où la solitude est monnaie courante. C’est tellement grand Si tu as un ami, c’est minimum 30 minutes de voiture pour le voir. À Lausanne, il te suffit de sortir dans le bistro du coin pour croiser des potes. Pas là-bas.

Revenons à James Bond, deux secondes. Avoir tourné dans une scène mythique, dans une telle saga, c’est énorme.

Ça m’a surtout crédibilisé en Suisse. Avant «Casino Royale», je m’étais même fait massacrer dans «L’Hebdo», suite à ma prestation dans le film «Snow White». La journaliste me conseillait de poursuivre dans le monde de la musique mais d’abandonner le cinéma. (Il rit.) Ça a changé après «Bond». Ça m’a aussi apporté une crédibilité internationale et m’a aidé lors de mon arrivée à Los Angeles.

Quel souvenir gardez-vous du tournage?

Des jeux de cartes originaux du tournage, dans un tiroir. Et je me suis bien marré à Prague. J’étais bien payé, avec pas mal de temps libre durant lequel je me suis adonné à la photographie. Une passion qui m’est restée. J’ai d’ailleurs pris beaucoup de photos durant la pandémie, à Los Angeles, car je ne supportais pas de rester enfermé. C’est une expérience enrichissante, méditative. Ça m’a fait le plus grand bien.

Vous parle-t-on tout le temps de «Casino Royale»?

Ça a marqué les gens car les «James Bond» ont un énorme succès, mais en vrai, j’ai fait beaucoup d’autres rôles bien plus intéressants mais avec un moindre impact médiatique. Dans le fond, il faut un peu des deux pour construire une carrière.

Pour terminer, Carlos Leal, que reste-t-il de Lausannois en vous?

J’adore Lausanne, c’est une ville qui a su évoluer. J’ai voyagé, vu beaucoup de coins. Mais si, à 60 ans, je peux me trouver à Lausanne et boire mon pichet, sur la terrasse d’un bistro de la place de la Palud, tout ça en jouant une bonne pièce, un beau texte, avec de bons comédiens romands dans un petit théâtre, ça m’ira très bien.

Avec nos remerciements au Beau-Rivage Palace, à Lausanne, où les photos de cet article ont été réalisées

lematin.ch/Petar Mitrovic

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