FOOTBALL: Carrel: «La vidéo devrait permettre des challenges comme au tennis»

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FOOTBALLCarrel: «La vidéo devrait permettre des challenges comme au tennis»

L'ancien arbitre de Super League se réjouit de la volonté du Board de tester l'arbitrage vidéo sur les terrains de football.

par
Stéphane Combe
Damien Carrel milite en faveur de la vidéo, pour autant qu'elle n'ait pas d'influence négative sur la fluidité du jeu

Damien Carrel milite en faveur de la vidéo, pour autant qu'elle n'ait pas d'influence négative sur la fluidité du jeu

Keystone

L'instance garante des lois du jeu votera en mars sur une possible application dès la saison prochaine. Il s'agirait alors d'une phase de test à grande échelle.

Damien Carrel, avez-vous été surpris par l'annonce du Board?

Généralement, le Board veut que le football des talus soit arbitré de manière comparable au football d'élite. C'est donc un peu étonnant de le voir reconsidérer sa position à ce sujet. C'est en tout cas un grand pas en avant qui a été fait en faveur de la vidéo. Rien que le fait d'accepter l'idée de se pencher sur la question peut faire croire à une utilisation dans un avenir plus ou moins proche.

Le retrait de Platini (ndlr: opposé à la technologie sur les terrains) de la course à la FIFA peut-il avoir un lien avec cette annonce?

Honnêtement, ce serait présomptueux d'imaginer ce qui se passe dans la tête des arcanes du football. Pourtant, je pense clairement que ça a un impact. Il est probable que l'on profitera du chamboulement à l'UEFA et à la FIFA, avec des têtes qui changent, pour faire des réformes structurelles, mais aussi techniques. La vidéo pourrait en être une.

Un mot sur les 3 situations de jeu susceptibles d'être visionnées à la vidéo selon l'annonce du Board (penalties, cartons rouges et identification des joueurs fautifs)?

Disons qu'ils ne prennent aucun risque en citant les situations les plus litigieuses. Ils prennent les trois faits de jeu principaux. Il n'en manque qu'un, le hors-jeu. De fait, le travail commence maintenant. Tout a été mis sur la table, mais le vrai travail va se faire au niveau de l'application.

Un accord de principe, c'est bien. Mais comment le mettre en œuvre? Voilà la difficulté, et là le Board n'en parle pas du tout pour le moment. La vidéo dans le football en est donc encore à un stade embryonnaire.

La fédération néerlandaise, notamment, a fait part de sa volonté de tester la vidéo. Un signe d'une volonté croissante de la part des championnats européens ?

Ce que les gens veulent, c'est que le spectacle ne soit pas terni par des erreurs. Le fait de voir des fédérations qui s'intéressent à la vidéo ne m'étonne pas. Cela démontre d'une part qu'elles veulent utiliser cette technologie à moindre coût, comme elles seront en quelque sorte les «bêta-testeurs», et d'autre part qu'elles veulent être les premières à bénéficier d'un championnat plus propre, avec une potentielle baisse des erreurs d'arbitrage.

Et vous, en tant qu'ancien arbitre, quelle est votre position ?

J'ai toujours été plutôt en faveur du recours à la vidéo. Je suis par contre totalement opposé à une baisse de la fluidité du jeu. Elle est essentielle au football. Ce qui me plaît, c'est le concept de challenge comme on le voit en tennis, je le verrais bien appliqué au football. Cela permettrait d'avoir relativement peu de pauses. Ce qui est fondamental, c'est que le football garde sa fluidité. Quand on voit ce qui se passe au rugby par exemple, on sent une légère perte d'élan.

Il faudrait limiter donc la vidéo à 3-4 utilisations par match ?

Ça me semble déjà beaucoup. Il faut partir du principe qu'il y aura des matches sans vidéo du tout. Pourquoi ne pas limiter ce recours à un seul challenge par équipe et par match ?

De l'extérieur, on a l'impression que l'arbitre pourrait se servir de la vidéo pour être moins impliqué personnellement. Qu'en pensez-vous ?

Le nombre de situations litigieuses et donc potentiellement «défiables», représente peut-être moins de 2% des coups de sifflet du match. Il reste 98% des décisions qui doivent être prises par l'arbitre et uniquement par lui. Au contraire, les arbitres vont devenir meilleurs avec moins de pression de la décision cruciale.

Ils pourront prendre leurs responsabilités, et le cas échéant ils auront l'aide de la vidéo. Ce n'est pas du tout un effet pervers, mais plutôt une sécurité, une sorte de parachute de secours. On ne l'utilise pas, mais c'est toujours agréable de savoir qu'il est là.

Cet avis est-il généralement partagé par la corporation des arbitres ?

En majorité, oui. Gardons à l'esprit que la vidéo peut enlever énormément de pression sur les arbitres. Supporter autant de pression médiatique et financière pour des personnes qui font ça à titre de hobby n'est pas chose aisée. Ce serait donc vraiment tout bénéfice pour les arbitres.

Admettons que le Board approuve ces recommandations de test en mars prochain. Combien de temps faudra-t-il selon vous pour arriver à une vraie application ?

Cela peut être assez rapide. En Italie, on a testé durant six mois les matches avec deux arbitres. On a bien vu que ça ne marchait pas et on a abandonné l'idée. Concrètement, les décisions se prennent vite. Soit ça marche, soit ça ne marche pas. Je peux imaginer des tests d'une demi-saison, voire une saison. Si l'apport est vraiment concluant, on peut imaginer une application rapide. Le vrai problème sera financier, et concernera aussi l'uniformité de l'application des règles dans toutes les compétitions.

Claudius Schäfer, CEO de la Swiss Football League, redoute en effet les coûts de cette technologie. Même au simple état de test…

A mon avis, la ligue possède les moyens suffisants pour la mettre en œuvre. Mais c'est clair que la SFL compte aussi la Challenge League. Donc si la Super League l'applique, la Challenge League devra aussi le faire. Et là ça peut tout de suite devenir un peu plus problématique.

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